Les trois révisions constitutionnelles : le Parlement réuni à Versailles adopte les textes voulus par Chirac

 

Le Parlement entérine trois textes voulus par Jacques Chirac

VERSAILLES (Reuters), lundi 19 février 2007, 18h45  - Le Parlement réuni lundi en Congrès à Versailles a entériné trois projets de loi constitutionnelle voulus et souhaités par Jacques Chirac, dont le mandat présidentiel s'achève dans deux mois.

 

Pour la troisième fois depuis le début de la XIIè législature, en juin 2002, députés et sénateurs ont été convoqués lundi à Versailles pour entériner trois réformes de la Constitution.

 

Comme le prévoit l'alinéa 3 de l'article 89 de la Constitution, les textes, votés dans les mêmes termes par l'Assemblée et le Sénat, ont recueilli à Versailles la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

 

Le Premier ministre, Dominique de Villepin, qui était accompagné de trois de ses ministres, est intervenu sur chacun des textes.

 

Premier texte entériné, celui sur le corps électoral en Nouvelle-Calédonie. Le chef de l'Etat et le Premier ministre, Dominique de Villepin, aidés par François Baroin, ministre de l'Outre-mer, ont réussi à imposer ce texte traduisant un engagement pris par la gauche dans le but d'apaiser les tensions dans le territoire.

 

Malgré la réticence de nombre d'élus UMP et notamment de Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, président de l'UMP et candidat de cette formation à l'Elysée, le projet de loi a pu être adopté sans problème avec le soutien de la gauche.

 

Il a été adopté par 724 voix contre 90 parmi lesquels 63 députés et 20 sénateurs UMP.

 

Ensuite, le projet de loi modifiant le statut pénal du chef de l'Etat. Il s'agissait là d'une promesse faite par Jacques Chirac lors de sa campagne présidentielle en 2002. Malgré les réserves de certains élus UMP, le texte a lui aussi été entériné.

 

Les parlementaires UDF ont voté contre. Les socialistes se sont finalement abstenus tout comme les communistes et apparentés. Le groupe PS de l'Assemblée avait voté pour alors que les sénateurs PS avaient voté contre. Le sénateur Robert Badinter a réussi à imposer l'abstention des socialistes.

 

Il a été adopté par 449 voix contre 203 parmi lesquels plusieurs députés "sarkozystes" comme Patrick Devedjian et 13 sénateurs UMP mais aussi 41 députés et 17 sénateurs socialistes dont Robert Badinter.

 

Le texte inscrivant l'abolition de la peine de mort dans la Constitution a lui été entériné sans peine, seuls 20 députés et trois sénateurs UMP ainsi que trois autres élus ayant voté contre ce projet de loi. Il a été adopté par 828 voix contre 26.

 

BADINTER APPLAUDI

 

La peine de mort avait été abolie en France en 1981.

 

Le sénateur socialiste Robert Badinter, qui en tant que garde des Sceaux présenta l'abolition de la peine capitale en 1981 devant le Parlement, fut applaudi par tous les députés et sénateurs debout à l'issue de son intervention.

 

Ce fut l'une des premières mesures de François Mitterrand élu quelques mois plus tôt président de la République.

 

Jacques Chirac et d'autres élus de droite avaient joint leurs voix à celles de la gauche pour voter la loi abolissant la peine capitale, loi qui fut promulguée le 9 octobre 1981.

 

Les députés Ségolène Royal et François Bayrou, absents pour cause de campagne électorale, avaient laissé des délégations et ont respecté les consignes de leur groupe.

 

Comme le prévoit la Constitution, c'est le président de l'Assemblée, Jean-Louis Debré, un fidèle parmi les fidèles de Jacques Chirac, qui a présidé cette réunion du Congrès à Versailles.

 

C'est dans l'aile du Midi du prestigieux château de Versailles que les 574 députés (trois sièges sont vacants) et les 331 sénateurs, soit en tout quelque 900 parlementaires, ont été convoqués à cette journée un peu spéciale.

 

Depuis les débuts de la Cinquième République en 1958, le Parlement n'a été que quatorze fois convoqué en Congrès à Versailles. Outre que le cadre y est particulièrement solennel, les députés et sénateurs peuvent lors de chaque pause faire quelques pas dans les jardins fermés au public ou bien faire la queue devant le bureau de poste installé spécialement pour apposer sur des enveloppes le traditionnel cachet "Congrès du Parlement" daté du jour.

 

Les députés ont déjeuné de leur côté en présence du président de l'Assemblée populaire nationale algérienne, Amar Saadani, invité de Jean-Louis Debré. Les sénateurs ont pris leur repas entre eux.

 

Jean-Louis Debré a probablement achevé sa carrière d'élu en présidant un Congrès du Parlement. Il pourrait en effet être nommé dès mardi par Jacques Chirac à la présidence du Conseil constitutionnel en remplacement de Pierre Mazeaud dont le mandat arrive à expiration.

 

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Le Parlement inscrit l'abolition de la peine de mort dans la Constitution 

Par Béatrix BACONNIER-MARTIN

 

 

VERSAILLES (AFP), lundi 19 février 2007, 18h55 - Le Parlement, réuni en Congrès à Versailles, a voté lundi l'inscription de l'interdiction de la peine de mort dans la Constitution, un quart de siècle après son abolition en France.

 

La révision a été approuvée à la quasi-unanimité des parlementaires, avec 828 voix pour et 26 contre.

 

Le Parlement avait auparavant voté l'insertion dans la Constitution de la réforme du statut pénal du chef de l'Etat, qui confirme l'immunité temporaire du président et instaure une procédure de destitution.

 

Députés et sénateurs avaient commencé par entériner, à une large majorité, le gel du corps électoral en Nouvelle-Calédonie à son niveau de 1998 pour les élections territoriales de 2009 et 2014, conformément à l'accord de Nouméa.

 

Pour la troisième fois depuis le début de la législature, députés et sénateurs sont réunis lundi en Congrès à Versailles pour une triple révision de la Constitution sur le gel du corps électoral de Nouvelle Calédonie, la réforme du statut pénal du chef de l'Etat et l'interdiction de la peine de mort.

 

Peu avant 11H00, les 574 députés (3 sièges sont vacants) et 331 sénateurs se sont assis, par ordre alphabétique, dans le grand hémicycle de l'aile du Midi du château de Versailles.

 

Le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, qui préside le Congrès, a pénétré à son tour dans l'aile du Midi en compagnie du Premier ministre Dominique de Villepin.

 

M. Debré a ouvert la séance, puis le Premier ministre a présenté le texte sur la Nouvelle Calédonie. Il a appelé les parlementaires à "tenir la parole donnée à nos compatriotes" calédoniens.

 

Le projet de loi, visant à inscrire le gel de l'électorat néo-calédonien à l'article 77 de la Constitution, a été approuvé par 724 voix pour, 91 voix contre et 55 abstentions, soit une majorité supérieure à celle des 3/5es requise.

 

Les voix manquantes l'ont été principalement dans les rangs de l'UMP, les groupes PS, PCF, UDF et la majorité des sénateurs radicaux du RDSE ayant apporté un soutien quasi unanime au texte, défendu lundi par le Premier ministre Dominique de Villepin.

 

Ce texte gèle le corps électoral pour les élections territoriales et provinciales dans l'archipel à la date du 8 novembre 1998.

 

Le texte la réforme du statut pénal du chef de l'Etat a été adopté par 449 voix contre 203 et 217 abstentions. La barre des 3/5e des suffrages exprimés, nécessaire à une révision constitutionnelle, a donc été franchie.

 

Cette réforme, promise par Jacques Chirac en 2002, comporte un volet juridique confirmant l'immunité temporaire du président pendant son mandat et un autre, politique, instaurant une procédure de destitution "en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat".

 

Ensuite, vingt cinq ans après son abolition par François Mitterrand, les parlementaires devaient inscrire dans la Constitution l'interdiction de la peine de mort.

 

Seuls les ministres concernés par ces révisions, François Baroin (outre-mer), Pascal Clément (Justice) et Henri Cuq (relations avec le Parlement) - sont présents à Versailles.

 

Pour chaque texte, le scénario est le même. Après une intervention d'une dizaine de minutes du Premier ministre, chaque groupe - les cinq du Sénat et les quatre de l'Assemblée - dispose de cinq minutes pour ses explications de vote.

 

Le vote proprement dit se déroule ensuite durant une demi-heure dans huit bureaux, situés à proximité de l'hémicycle.

 

Pour que ces textes soient définitivement adoptés par le Congrès, il faut qu'ils recueillent chacun les 3/5èmes des suffrages exprimés.

 

Le président de l'Assemblée devait déclarer la réunion du Congrès close vers 18H30.

 

Invité d'honneur de M. Debré, le président de l'Assemblée populaire nationale algérienne Amar Saadani, est venu assister au Congrès.

 

Révisée déjà 19 fois depuis 1958, la Constitution l'aura été 22 fois avec l'adoption définitive de ces trois projets de loi, qui correspondent à trois promesses de Jacques Chirac, à trois mois de l'expiration de son mandat.

 

Aucune surprise n'était à attendre, le vote des trois textes étant acquis, même s'il fallait s'attendre à des défections dans le camp de l'UMP.

 

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Les trois révisions constitutionnelles entérinées par le Congrès

 

PARIS (AP), lundi 19 février 2007, 18h30 - Voici les trois révisions constitutionnelles -les 20e, 21e et 22e révisions de la Constitution de 1958- entérinées lundi lors de la réunion du Congrès à Versailles:

 

STATUT PENAL DU CHEF DE L'ETAT

 

Promesse de Jacques Chirac en 2002, cette réforme inscrit dans la Constitution l'immunité totale du président de la République durant son mandat. Il ne pourra pas être convoqué par un juge ou poursuivi devant une juridiction judiciaire ou administrative. Pendant ce temps, la prescription sera suspendue et le président pourra être traduit par la justice comme un citoyen normal à l'issue de son mandat.

 

Pour éviter tout sentiment d'impunité, la réforme instaure une procédure proche de "l'impeachment" américain: le président pourra être destitué par le Parlement, siégeant en Haute Cour, en cas de "manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat".

 

Les parlementaires ont ajouté des verrous afin d'empêcher une utilisation de la procédure à des fins partisanes. Ainsi, il faudra l'accord des deux-tiers des parlementaires pour lancer la procédure et approuver la destitution, et non la majorité comme prévu initialement. Les parlementaires ne pourront pas déléguer leur vote à un collègue. Enfin, le chef de l'Etat n'aura pas à céder temporairement sa place au président du Sénat si une procédure de destitution est enclenchée, comme c'était envisagé.

 

NOUVELLE-CALEDONIE

 

Le nouvel article de la Constitution vise à lever une ambiguïté de l'accord de Nouméa du 5 mai 1998, qui ne précisait pas qui pourra voter aux élections provinciales et territoriales de 2009 et 2014 dans l'archipel. La révision constitutionnelle stipule donc que seules pourront voter à ces scrutins les personnes installées depuis dix ans, à la date de 1998. Quelque 7.700 personnes seraient privées du droit de vote, mais uniquement pour ces scrutins et pas pour la présidentielle.

 

ABOLITION DE LA PEINE DE MORT

 

Ce texte insère dans l'article 66 de la Constitution un premier alinéa qui stipule que "nul ne peut être condamné à la peine de mort". Cette réforme a été voulue par le président Jacques Chirac pour rendre irréversible l'abolition de la peine de mort, effective depuis la loi du 9 octobre 1981. En inscrivant l'interdiction de la peine capitale dans sa Constitution, la France rejoint les 16 pays européens qui l'ont précédée et devient le 45e Etat au monde à avoir accompli cette démarche. AP