L'opposition accuse Patassé d'avoir choisi "l'option militaire"

BANGUI, 7 fév (AFP) - 9h23 - Alors que la Centrafrique est divisée en deux par la rébellion, l'opposition accuse le président Ange-Félix Patassé de parler de dialogue pour résoudre les problèmes politico-militaires récurrents de la RCA, mais d'avoir en fait choisi "l'option militaire".

Le président "Patassé parle de dialogue, mais il a choisi l'option militaire", a assuré, dans un entretien avec l'AFP, le professeur Abel Goumba, député et figure respectée de la classe politique centrafricaine.

Pour étayer ses propos, le président de la Coordination des partis politiques de l'opposition (CPPO) souligne qu'à ses yeux, le chef d'Etat centrafricain fait tout pour retarder la tenue de ce dialogue national qu'il a lui-même promis fin novembre.

"Si le président (gabonais Omar) Bongo n'avait pas envoyé un avion pour les chercher, les coordonnateurs du dialogue seraient toujours à Bangui", a indiqué M. Goumba, en référence au voyage effectué cette semaine au Gabon et au Congo-Brazzaville par les deux émissaires centrafricains chargés de préparer ce forum de réconciliation.

"Patassé essaie de gagner du temps", assure le Pr Goumba, ancien compagnon de route du père-fondateur de la République centrafricaine (RCA), Barthélémy Boganda.

"Le chef de l'Etat, poursuit M. Goumba, multiplie les obstacles à ce dialogue. Il ne veut pas d'une amnistie préalable alors que ce dialogue, censé mettre un terme définitif aux crises qui minent le pays, n'a de sens, dit-il, qu'avec la participation des principaux acteurs dont certains sont condamnés à mort par contumace".

Enfin, le président Patassé a déjà énoncé qu'il ferait le tri parmi les décisions de ce dialogue. "Or, s'insurge M. Goumba, si nous sommes aujourd'hui dans cette situation dramatique, c'est parce que les recommandations des précédents +accords+ ou +états-généraux+ n'ont jamais été appliquées. S'il fait fi des décisions qui seront prises, ce dialogue bat déjà de l'aile avant d'avoir commencé".

Les signes que le pouvoir "a choisi manifestement la voie de la force" s'accumulent, considère le président de la CPPO, qui regroupe une douzaine de partis d'opposition.

Il en veut pour preuve l'appel du président Patassé demandant à la France d'envoyer des militaires pour défendre la RCA contre "l'agression tchadienne", ou ses déclarations laissant entendre que le calendrier initial de départ des miliciens congolais venus à son secours lors de la dernière tentative de coup d'Etat n'est plus d'actualité.

Au contraire, souligne M. Goumba, dont les propos sont confirmés de sources indépendantes, de nouveaux contingents de rebelles congolais, ainsi que des éléments rwandais, sont arrivés à Bangui ces derniers jours et ont été envoyés vers le front.

De même, l'ex-capitaine de gendarmerie français Paul Barril, reconverti dans la sécurité privée et ayant conclu depuis plusieurs années un contrat de sécurité avec la présidence centrafricaine, recrute depuis plusieurs jours des jeunes gens désoeuvrés à Bangui.

"Je croyais que la France avait réglé le problème de Bob Denard et compagnie. Pourquoi pas celui de Barril?", demande M. Goumba, s'étonnant de "voir un chef d'Etat qui ne s'entoure que de forces non-conventionnelles".

Pour cet opposant historique, "Patassé n'a pas pris la mesure de la situation. Il continue de louvoyer, de pratiquer le double langage. Il ridiculise la rébellion, mais il a tort. Celle-ci est déjà en train de mettre en place des intitutions, une nouvelle administration dans les zones qu'elle contrôle".

"Les rebelles sont déterminés. S'ils arrivent à Bangui, ce sera un bain de sang, comme l'a dit Mgr (Paulin) Pomodimo", coordonnateur du dialogue, estime M. Goumba. "C'est une question de temps. Et le temps ne joue pas en faveur de la paix".

Depuis la dernière tentative de coup d'Etat, fin octobre, les rebelles tiennent, principalement dans le nord-ouest et le centre, des régions entières du pays désormais divisé en deux. Tout l'est, bien qu'échappant à leur contrôle, est coupé de la capitale et n'est plus accessible que par avion.


Actualité Centrafrique de sangonet - Dossier 14