MISE EN GARDE A LA CLASSE POLITIQUE ET AUX COMPATRIOTES QUI AURONT LA RESPONSABILITE DE LA REDACTION DE LA FUTURE CONSTITUTION CENTRAFRICAINE : attention à la Cohabitation

Par Thierry BANGUI

 

En lisant, sur Sangonet, le bref Compte rendu du Dialogue National (DN) fait par le compatriote Crépin Mboli-Goumba, Délégué de la diaspora à ces assises, le passage suivant retient mon attention :

" La Commission Politique et Diplomatie a fait de très bonnes recommandations, dont certaines, si elles étaient traduites en actes, révolutionneraient l'histoire des institutions.
Il en est ainsi de la recommandation d'un régime semi-présidentiel avec un Premier Ministre toujours chef de la majorité parlementaire, et les Ministres passant devant l'Assemblée nationale pour être confirmés après leur nomination par le président, le but recherché étant d'écarter certaines personnes n'ayant pas l'aptitude nécessaire qui portent atteinte à la réputation de nos institutions. Même la Constitution française n'avait pas osé aller aussi loin, préférant laisser à la pratique la nécessite de la cohabitation ".

Je suis d'avis avec le compatriote, si cela se traduit en acte, ça sera un grand pas en avant. Mais cependant, la dernière observation (dernière phrase) de Crépin Mboli-Goumba, ci-dessus cité, mérite des éclaircissements : " Même la Constitution française n'avait pas osé aller aussi loin, préférant laisser à la pratique la nécessite de la Cohabitation ". Est-ce à dire que dans les recommandations de la Commission Politique et Diplomatie du DN, la Cohabitation est-elle exclue ? Si oui, c'est sage de la part des membres de cette Commission mais dans le cas échéant, c'est dresser le lit au blocage institutionnel dans le futur. Car, avec un Premier ministre, chef de la majorité parlementaire, je ne vois pas en quoi, une Cohabitation ne pourrait-elle pas un jour se produire ? Il suffirait que les partis politiques qui soutiennent le Président soient minoritaires en nombre de sièges à l'Assemblée nationale ! Le jour où ce cas de figure arrivera - avec nos hommes politiques qui sont des piètres intellectuels dont l'intérêt individuel prime sur l'intérêt général - cela conduirait à un blocage institutionnel. Chaque camp (celui du Président comme celui du Premier ministre) interpréterait les dispositions de la Loi fondamentale (la Constitution) à sa manière en tirant la couverture à soi. Les deux camps opposés utiliseraient la population majoritairement pas ou peu instruite, leurs partisans respectifs pour des manifestations et des contre-manifestations dans les rues et cela ne serait pas de nature à apaiser la démocratie, qui est déjà difficile à avoir droit de cité, dans notre pays.

Nos compatriotes qui auront la responsabilité de la rédaction de notre future Constitution doivent s'inspirer des évènements politiques de cette dernière décennie, concernant les méfaits de la Cohabitation, en Afrique et ailleurs (en France, en occurrence).

Quatre exemples suivants méritent réflexions :

En août1992, Pascal Lissouba a remporté les élections avec le soutien de Denis Sassou-Nguesso qui était 3ème au premier tour des élections présidentielles. L'UPDS (Union Panafricaine pour la Démocratie Sociale) de Lissouba et le PCT (Parti Congolais des Travailleurs) de Sassou-Nguesso ont constitué (avec quelques petits partis) la majorité parlementaire (et présidentiel) mais des désaccords ont très vite surgi pour le partage de gâteaux. Cela a conduit au retrait du PCT de la majorité parlementaire et a entraîné de facto la perte de majorité à l'Assemblée du camp de Lissouba, ce qui devait logiquement conduire à une Cohabitation mais ce dernier, ne voulant pas de cela, a opté pour la dissolution de l'assemblée nationale en novembre de la même année. La suite, on la connaît : ce pays frère, le Congo, a été dans l'instabilité politique voire la guerre civile pendant plus de 5 ans.

Le Président Mahamane Ousmane, élu en 1993, a dissout l'Assemblée nationale en 1995 pour des raisons similaires à celles du Congo. Des nouvelles élections législatives ont été organisées. Le Président Ousmane n'a, malheuresement pas pour lui, obtenu la majorité parlementaire. Il était obligé de cohabiter avec M. Hama Amadou, un Premier ministre de famille politique adverse. Conséquence : graves divergences de vue concernant les prérogatives dévolues à chacun des deux chefs d'exécutifs. Chacun revendique de larges pouvoirs au détriment de l'autre, souvent avec mépris des dispositions constitutionnelles. Cela avait créé un bras de fer entre Mahamane Ousmane et son Premier ministre Hama Amadou et donc un blocage institutionnel. La suite, on la connaît : coup d'état du général Barré Maïnassara en 1996, suivi d'une mascarade d'élections en 1997 et plus tard, d'assassinat en 1999 de ce dernier qui était pourtant accueilli trois ans plus tôt par les Nigériens comme Sauveur (" Libérateur " !!).

En 1996, après la deuxième mutinerie, Jean-Paul Ngoupandé a été nommé Premier pour diriger un gouvernement d'union nationale (GUN). Ce dernier a pris sa nomination pour une Cohabitation et a opté pour un bras de fer avec le Président Ange-Félix Patassé et particulièrement dans le limogeage et la nomination du Directeur Général de la PETROCA. La suite, on la connaît : M. Ngoupandé a été viré sans aménagement par le Président Patassé après 8 mois seulement à la tête du GUN. Ce qui l'a rendu aigri, pour toujours, vis-à-vis du Président déchu et de son entourage.

La Cohabitation Chirac-Jospin (1997-2002). Si le vote de Jacques Chirac à plus de 82% (score à la Saddam Hussein, son ami) au second tour des dernières élections présidentielles françaises était un vote contre Jean-marie Le Pen, le vent de marée aux élections législatives de l'Union pour le Mouvement Populaire (UMP), le parti de Chirac, était un vote contre la Cohabitation. En effet, les Français avaient trouvé la limite de ce drôle manière de gouverner (un pays à deux têtes), en avaient marre des querelles entre les deux chefs d'exécutifs, avaient dit alors stop ! et ont opté pour la cohérence : donner la majorité à celui qui est élu Président pour réaliser son programme.

Ces quatre exemples, chers compatriotes, montrent les limites, les méfaits de la Cohabitation. Les Centrafricaines et Centrafricains ne sont pas suffisamment éduqués pour comprendre ce type de gouvernement. Nos hommes politiques, n'ont plus, ne me paraissent pas " costauds " dans leur tête pour respecter scrupuleusement les prérogatives dévolues à l'un et à l'autre des deux chefs d'exécutifs. Si Cohabitation devait arriver un jour en Centrafrique, ça engendrerait sans doute un blocage institutionnel d'où l'appel aux rédacteurs de notre future Constitution de soit, bannir la possibilité de la Cohabitation dans notre pays ou bien, d'être le plus explicites possibles dans la description des prérogatives du Président et celles du Premier ministre pour qu'il n'y ait aucune ambiguïté dans l'interprétation des dispositions de la Constitution.

Thierry BANGUI

Marseille (France)

Actualité Centrafrique de sangonet - Dossier 17