Des milliers de Centrafricains bloqués à la frontière avec la RDC

Des milliers de Centrafricains qui tentent de traverser le fleuve Oubangui pour se rendre en République démocratique du Congo (RDC) sont refoulés aux abords de Bangui en raison de la fermeture de la frontière entre les deux pays, a constaté l'AFP.

Une femme de l'ethnie yakoma à qui des soldats interdisent le passage éclate en sanglots: "mon époux se trouve à Zongo et va souffrir de famine et de maladie si je ne lui apporte pas de quoi manger. Il est totalement démuni et passe ses nuits à la belle étoile", tente-t-elle de plaider.

Ceux qui tentent de braver l'interdiction sont refoulés par des tirs de sommation.

Le ministre centrafricain de l'Intérieur Théodore Bikoo a annoncé mardi soir la fermeture de la frontière longue de plus de 1.000 km pour, selon lui, "essayer de contrôler la circulation des personnes et des biens" entre les deux pays.

Dès le lendemain, les forces navales et l'unité de sécurité présidentielle ont pris position sur la rive centrafricaine du fleuve Oubangui, qui sépare les deux pays, interdisant ainsi toute traversée.

Les candidats à la traversée se heurtent désormais au refus des soldats de les laisser passer sans "une autorisation exceptionnelle", comme le précise l'arrêté du ministre de l'Intérieur.

Avant la fermeture de la frontière, les Banguissois se rendaient en masse dans la localité congolaise voisine de Zongo où 15.000 Centrafricains ont trouvé refuge après la tentative du coup d'Etat du 28 mai contre le président Ange-Félix Patassé.

Ils sont, pour la plupart d'origine yakoma, l'ethnie de l'ex-chef président centrafricain André Kolingba.

Dans les quartiers sud de Bangui, riverains de l'Oubangui et réputés proches de l'opposition, cette fermeture des frontières est diversement interprétée.

Quelques Yakomas, affolés, ont repris dès mercredi le chemin de l'exil vers d'autres endroits de la capitale affirmant que "des rafles vont être effectuées dans nos quartiers après la fermeture des frontières pour nous arrêter".

"Cette mesure va nous permettre au moins d'être tranquilles et elle mettra fin aux rumeurs que ceux qui se rendent à Zongo colportent quotidiennement pour troubler notre quiétude", affirme pour sa part un jeune homme.

"Chaque jour, poursuit-il, ils reviennent avec des histoires: Kolingba va envoyer des véhicules pour le ramassage de ses troupes en vue d'une offensive. Dans deux jours Bangui sera attaquée. Ces rumeurs dérangent notre tranquillité, alors qu'il n' y a rien du tout".

C'est justement pour faire taire les rumeurs que les autorités centrafricaines ont décidé d'interdire la traversée du fleuve. Mais cette décision s'inscrit aussi dans une logique de dégel des relations entre Bangui et Kinshasa, relèvent les observateurs.

Le régime congolais avait vu en effet d'un très mauvais oeil l'intervention, au lendemain de la tentative de putsch, des rebelles du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba aux côtés de l'armée loyaliste centrafricaine.

Le MLC qui contrôle une grande partie de la rive congolaise de l'Oubangui est soupçonné par Kinshasa de bénéficier d'appuis en République centrafricaine. En fermant sa frontière, le gouvernement de Bangui entend faire preuve de fermeté envers les rebelles et montre ainsi un geste de bonne volonté en direction du régime congolais.

(AFP, Bangui, 19 juillet 2001 - 14h13)


Actualité Centrafrique - Dossier 5