MISE AU POINT DES PARTIS POLITIQUES D'OPPOSITION :
"s'élever contre les menaces, les contre-vérités et le ridicule"

En dépit du chaos créé par le pouvoir du Président Ange Félix Patassé, celui-ci continue éperdument sa fuite en avant et n'a pas l'air de réaliser que l'autorité qu'il est sensé incarner apparaît chaque jour de plus en plus ridicule à l'intérieur comme à l'extérieur de notre pays.

En effet, c'est l'impression que l'on peut retenir suite aux élucubrations et aux contre-vérités chargées de menaces proférées publiquement contre les leaders des partis politiques d'opposition, le mercredi 14 novembre 2001 à la Radio et à la télévision nationales par le Porte-parole de la Présidence de la République. Aussi, pour les partis politiques d'opposition, la mise au point suivante s'impose.

  1. Les partis politiques d'opposition ont condamné sans ambiguïté le coup d'Etat manqué du 28 mai 2001, parce qu'ils ont eu la preuve qu'il y avait bien eu un coup d'Etat. Cette preuve, c'est la revendication officielle de cette action par son auteur. Ils n'ont jamais remis en cause leur position. Mais cette condamnation ne signifie nullement un soutien au Chef de l'Etat. C'est avant tout l'expression d'une adhésion profonde aux valeurs républicaines car la Constitution dispose que le Peuple centrafricain " s'oppose fermement par tous moyens à la conquête du pouvoir par la force civile ou militaire et à toute forme de dictature " et que " l'usurpation de la souveraineté nationale par coup d'Etat ou par tous autres moyens constitue un crime imprescriptible contre le Peuple centrafricain. Toute personne ou tout Etat tiers qui aurait accompli de tels actes aura déclaré la guerre au Peuple centrafricain ". (Art. 18 de la Constitution).
  2. Il convient de rappeler, pour être exact, que les partis politiques avaient de la même manière condamné les agressions, assassinats et autres exactions perpétrées sur les populations civiles innocentes.

  3. La Commission mixte d'enquête judiciaire créée par Arrêté du Ministre de la Justice ne peut pas être une juridiction dans le sens de l'alinéa 1 de l'Article 58 de la Constitution qui dit ceci : " Sont du domaine de la Loi, outre les matières qui lui sont expressément dévolues par d'autres articles de la présente Constitution, les règles applicables aux matières suivantes : la création de nouveaux ordres de juridictions ... "
  4. N'étant pas une juridiction, son rôle est seulement de faire la lumière sur les circonstances du coup d'Etat en consignant son enquête dans un rapport destiné à la justice.

    Ses méthodes sont en outre contestables parce que sans être une juridiction comme nous venons de le démontrer, ses activités principales ont consisté à arrêté et à jeter en prison les citoyens, à entraver la liberté d'aller et venir, à supprimer la liberté d'expression. Elle considère en outre tous les Centrafricains comme des putschistes. Elle substitue à la présomption d'innocence la notion de présomption de culpabilité.

    C'est bien elle qui a compliqué la gestion de l'après coup d'Etat manqué du 28 mai 2001 et qui a exacerbé les tensions politiques et tribales actuelles.

    Puisqu'elle est illégale et représente en outre une menace réelle pour la cohésion dans notre pays, ce n'est que justice que de demander et détenir sa dissolution, afin de préserver l'ordre public et la paix.

  5. La demande d'amnistie formulée par les partis politiques d'opposition en faveur du Général Bozizé et ses hommes ne concerne pas le coup d'Etat manqué du 28 mai 2001 si tant est que des présomptions pèseraient sur eux. En réalité, elle concerne les faits liés aux événements de Boy-Rabé, Fouh, Gobongo, PK12 du 2 au 7 novembre 2001. Ce qui justifie cette demande c'est, d'une part, qu'une négociation avait abouti, mais elle a été volontairement abandonnée par le pouvoir, au profit de la force brutale. D'autre part, l'accusation de préparation de ce nouveau coup d'Etat n'est étayée par aucune preuve, car les partis politiques d'opposition ne demandent qu'une preuve convaincante. Par ailleurs, l'amnistie permettait de réunir l'Armée nationale déchirée et de réconcilier les populations du Nord de Bangui divisées.
  6. Les partis politiques de l'opposition exigent le départ immédiat des forces militaires libyennes qu'ils considèrent à juste titre comme des forces d'occupation, alors que la Présidence de la République justifie leur présence par le Traité de la COMESSA ratifié par notre pays et pense que cette question relèverait de la souveraineté du Chef de l'Etat.

Concernant ledit Traité, il s'agit, semble-t-il, d'un Traité à caractère purement économique qui ne saurait justifier la présence des troupes étrangères sur notre sol. Même si un tel Traité avait existé avec la Libye, il ne pourrait pas s'appliquer aux conflits intérieurs mais uniquement en cas d'agression extérieure.

Au sujet de la souveraineté, il est à craindre que le Porte-parole fasse l'amalgame, une fois de plus entre Souverain ou Monarque et Souveraineté. Car l'article 18 de notre Constitution, alinéa 2 est clair, qui dispose que : " La souveraineté nationale appartient au Peuple qui l'exerce directement par voie de référendum ou indirectement par ses représentants. Aucune fraction du Peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice ".

Or, l'Assemblée Nationale n'a jamais été consultée ni pour donner son autorisation pour la ratification d'un accord militaire avec la Libye, ni pour le stationnement des troupes libyennes sur notre sol.

Cette présence est donc illégale, une raison suffisante pour qu'elles quittent immédiatement notre pays.

Pour conclure, nous nous permettrons de rappeler très amicalement au Porte-parole de la Présidence de la République que la raison d'être d'une opposition politique n'est pas seulement, comme il a tendance à le croire, la conquête du pouvoir. L'opposition faisant partie intégrante du peuple, c'est-à-dire ceux que le pouvoir opprime, elle a la mission de défendre le Peuple, en exigeant, comme elle ne cesse de le faire, le strict respect,, par ceux qui gouvernent, des libertés et des droits du citoyen. Il conviendrait de rendre justice aux leaders des partis politiques d'opposition, car ils sont des patriotes, conscients de la responsabilité qui leur échoit en cette période précise de notre histoire, et non des putschistes et des terroristes. Les menaces, d'où quelles viennent, ne peuvent pas les décourager, parce qu'ils combattent pour une cause juste et sont déterminés, plus que jamais, à œuvrer pour notre peuple.

Fait à Bangui, le 15 novembre 2001

Pour les Partis Politiques d'Opposition,
Le Porte-parole

Paul Bellet


Actualité Centrafrique - Dossier 8