L'ancien président malien Moussa Traoré et son épouse graciés

AFP, Bamako, 29 mai 2002 - 21h36 - L'ancien président malien Moussa Traoré (1968-91) et son épouse Mariam, condamnés à la peine de mort commuée en prison à perpétuité, ont été graciés par un décret pris mercredi par le président Alpha Oumar Konaré, a-t-on appris de source officielle.

L'ancien couple présidentiel, qui purgeait sa peine à Markala (270 km au nord de Bamako), est désormais libre de ses mouvements, a-t-on ajouté de même source.

Renversé le 26 mars 1991 lors d'une insurrection populaire parachevée par un coup d'Etat militaire, après plus de deux décennies de pouvoir sans partage, Moussa Traoré, aujourd'hui âgé de 65 ans, avait été condamné à mort, pour crimes "politiques" en 1992, puis pour crimes "économiques" en 1999.

Son épouse avait également été condamnée à la peine capitale pour crimes "économiques", avant que les sentences ne soient commuées en prison à perpétuité par Alpha Oumar Konaré, hostile à la peine de mort.

M. Konaré, à la tête du pays depuis 1992, quittera le pouvoir le 8 juin prochain. Il sera remplacé par le vainqueur de la présidentielle d'avril-mai derniers, l'ancien général Amadou Toumani Touré, un des artisans de la chute de Moussa Traoré.

Amadou Toumani Touré, "ATT", devenu chef d'Etat après la chute du général Traoré, avait cédé le pouvoir en 1992 aux civils et permis l'avènement du multipartisme.

Dans un récent entretien accordé à l'hebdomadaire Jeune Afrique-l'Intelligent, M. Touré affirmait qu'il ferait libérer Moussa Traoré si son prédécesseur ne le faisait pas. Selon lui, le général Traoré pourrait avoir un rôle en matière "humanitaire".

Interrogé en mars dernier par le correspondant de l'AFP, le général et son épouse, seul ex-couple présidentiel détenu en Afrique, avaient dit être membres du Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR). Le MPR, l'un des principaux partis de l'opposition malienne, se réclame de l'héritage de Moussa Traoré.

Le responsable de cette formation, Choguel Maïga, avait annoncé lors d'une rencontre avec la presse qu'en soutenant ATT au deuxième tour, il espérait oeuvrer en faveur de la réconciliation nationale, et par conséquent la libération du couple Traoré, une des attentes du MPR.

La plupart des 24 candidats à cette élection présidentielle avait également, avec plus ou moins de fermeté, promis la libération de Moussa Traoré, comme gage de leur volonté d'oeuvrer à la réconciliation nationale, un des grands thèmes de la campagne électorale.

Moussa Traoré, tout en demandant la révision de ses procès, se disait aussi prêt pour la réconciliation nationale, prêt à se justifier et "à pardonner".

En octobre 2000, un ancien ministre de l'Intérieur sous le régime du général Traoré, Sékou Ly, avait été gracié pour des raisons "humanitaires" et libéré. Il avait lui aussi été condamné à mort en 1992 au procès pour "crimes de sang" des membres de l'ancien régime.


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