Les présidents du Congo-Kinshasa et du Rwanda signent la paix

AP, PRETORIA, Afrique du Sud, 31 juillet 2002 05:15 - Les présidents congolais Joseph Kabila et rwandais Paul Kagame ont signé mardi à Pretoria (Afrique du Sud) un accord de paix destiné à mettre fin à quatre ans de guerre en République démocratique du Congo (RDC) et à sauvegarder la stabilité de la région des Grands Lacs. «Le sang ne doit plus couler», a ainsi lancé le fils du défunt président Laurent-Désiré Kabila en estimant qu'il était «temps de faire la paix».

L'accord négocié par le président sud-africain Thabo Mbeki et le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan stipule que le Rwanda s'engage à retirer sous 45 jours ses 30.000 soldats du Congo-Kinshasa, lequel promet en échange de rapatrier à terme les quelque 12.000 miliciens hutus rwandais basés dans l'ex-Zaïre.

Considérés comme une menace pour la sécurité rwandaise, ces anciens soldats et membres des milices Interharamwe ont pris part au génocide de 1994 au Rwanda, au cours duquel plus d'un demi-million de Hutus et de Tutsis modérés ont été massacrés. Reste qu'on voit mal comment les rebelles hutus, notamment les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) et le Peuple en armes pour la libération du Rwanda (PALIR), vont accepter facilement de revenir dans un pays où certains risquent la peine de mort.

La RDC entamera le regroupement des rebelles hutus 30 jours après la signature et le retrait rwandais commencera 15 jours plus tard pour être achevé sous 45 jours. Les deux processus seront surveillés par une force dont la composition n'a pas encore été arrêtée. En outre, Kinshasa et Kigali s'engagent à fournir à la Mission de l'ONU au Congo (MONUC) et à l'Afrique du Sud toutes les informations qu'ils possèdent sur la localisation et le nombre de miliciens hutus.

Qualifiant cet accord de «grand pas» dans la résolution du conflit, M. Kagame a par ailleurs appelé la communauté internationale à aider les deux pays à consolider la paix durablement dans la région. «S'ils viennent à nos côtés et soutiennent ces efforts, nous serons capables d'aller de l'avant». Et dans une référence à peine voilée à la France et à la Belgique, il a ajouté: «Comme certains ont, historiquement, fait partie du problème, ils ne peuvent pas échapper à leur responsabilité en faisant partie de la solution».

Dans un communiqué, le ministère français des Affaires étrangères a salué mardi cette signature et invité les parties à le mettre en oeuvre au plus vite «dans un esprit constructif». Paris a promis de suivre «avec attention» cette mise en oeuvre.

De son côté, le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan a lui aussi salué l'accord «destiné à réaliser des progrès concrets en faveur de la paix dans la région», a déclaré à New York le porte-parole de l'ONU Fred Eckhard.

«Les Nations unies se tiennent prêtes à soutenir l'application de l'accord et attendent de discuter des modalités pratiques avec les parties concernées», a ajouté le porte-parole.

La guerre a commencé en août 1998 lorsque le Rwanda et l'Ouganda ont appuyé une offensive de la rébellion congolaise pour renverser le gouvernement de Kinshasa, accusé de donner asile aux miliciens hutus responsables du génocide rwandais en 1994. Le président Laurent-Désiré Kabila a rapidement perdu le contrôle du nord et de l'est du pays, mais a reçu le soutien militaire du Zimbabwe, de l'Angola et de la Namibie. Il devait être assassiné par un garde du corps le 16 janvier 2001.

Depuis, les négociations de paix se sont intensifiées avec son fils Joseph. A l'exception du Rwanda, les autre pays ont retiré leurs troupes ou réduit leur présence militaire en RDC. Les rebelles du Mouvement pour la libération du Congo (MLC) soutenus par l'Ouganda ont signé avec Kinshasa un accord de partage du pouvoir, qui n'a toutefois pas encore été mis en oeuvre. En revanche, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD, environ 40.000 hommes soutenus par Kigali et contrôlant 30% du territoire), a rejeté cet accord.

Mais des négociations devraient commencer avec le gouvernement le 5 août, selon des responsables de la rébellion, afin de former un gouvernement de transition qui conduise la RDC à ses premières élections libres depuis que le pays a obtenu son indépendance de la Belgique en 1960. On estime à 2,5 millions le nombre de morts depuis 1998, les victimes ayant principalement succombé à la faim et aux maladies causées par la guerre.

AP,  Dina Kraft (31 juillet 2002)


Le Congo et le Rwanda signent un fragile accord de paix
par Manoah Esipisu

Reuters, PRETORIA,  30 juillet 2002, 22h28 - Les présidents du Rwanda et de la République démocratique du Congo (RDC) ont signé mardi à Pretoria un accord qui doit mettre un terme à un conflit de quatre ans dans lequel ont péri près de deux millions de personnes.

"C'est un grand jour pour le continent africain", s'est réjoui le président sud-africain Thabo Mbeki, qui est aussi à la tête de l'Unité africaine (ex-OUA), à l'occasion de la signature.

"Plus jamais le sang ne coulera", a affirmé le chef de l'Etat congolais, Joseph Kabila, qui a signé l'accord de paix avec son homologue rwandais Paul Kagamé.

Il y a cette fois un véritable engagement des leaders politiques pour réussir à atteindre notre objectif de paix, a estimé Kabila.

"Il y a un temps pour la guerre et un pour la paix", a dit Kabila en présence d'un représentant spécial du secrétaire général de l'Onu Kofi Annan, garant de l'accord, et du président du Malawi Bakili Muluzi, chef de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC).

A Paris, le ministère des Affaires étrangères a souligné l'importance des "efforts déployés par la médiation sud-africaine" et encouragé les deux parties à "mettre en oeuvre au plus vite cet accord".

Par la voix de la présidence danoise, l'Union européenne a salué cet accord et espéré que les partis congolais saisiront cette opportunité pour mettre en place le dialogue inter-congolais.

Mais les analystes restent sceptiques quant aux chances de succès d'un accord qu'ils jugent difficilement applicable, après les échecs successifs de plusieurs cessez-le-feu.

RETICENCES DES FACTIONS HUTUS DE RDC
Aux termes de l'accord, la RDC accepte de désarmer les milices hutues "Interahamwe", accusées par Kigali d'avoir commis le génocide rwandais de 1994 et qui se sont réfugiées depuis en territoire congolais.

Le Rwanda promet en retour de retirer ses forces du territoire congolais dans les 90 jours, et de fournir sous cinq jours le calendrier de ce retrait. Ces forces s'y étaient infiltrées en 1998 afin de pourchasser les rebelles hutus et pour tenter de renverser le gouvernement de Kinshasa.

L'accord prévoit également, sous 90 jours, le rapatriement des anciens soldats rwandais opposés à leur gouvernement ainsi que des Hutus armés.

"Ils n'ont pas intérêt de nous forcer, ou nous aurons un droit légitime à résister. Nous n'accepterons pas d'être traités comme des enfants ou des criminels", a averti Christophe Hakizabera, leader des Forces de libération démocratique du Rwanda, mouvement représentant diverses factions Hutues en RDC.

Selon les Nations unies, entre 8.000 et 12.000 miliciens hutus se trouvent toujours dans les forêts de l'est de la RDC. Quelque 5.000 anciens soldats rwandais ont été intégrés dans l'armée régulière congolaise.

LE DEPART DES ARMEES ETRANGERES?
Les alliés congolais de Kigali se sont montrés satisfaits.

"C'est un bon accord car pour la première fois Kinshasa a reconnu qu'il avait recruté, entraîné et armé ces Interahamwe. Nous pensons donc que cette fois-ci, (...) ils vont contribuer à résoudre ce problème", a déclaré Bizima Karaha, un des responsables du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), soutenu par le Rwanda.

"Chaque pas en avant est le bienvenu. Mais les perspectives d'application de cet accord sont totalement irréalistes", a cependant commenté Alison Des Forges, expert du Rwanda de l'organisation Human Rights Watch.

Le conflit de l'ex-Zaïre, parfois qualifié de "guerre mondiale africaine", a entraîné les forces armées du Zimbabwe, de Namibie et de l'Angola du côté de Kinshasa, tandis que le Rwanda et l'Ouganda ont soutenu plusieurs groupes rebelles dans l'est du Congo.

Mais selon les analystes, le petit Rwanda est la clé d'une paix durable dans le conflit qui ravage l'ancienne colonie belge.

L'Ouganda, qui soutenait le Rwanda, a retiré ses troupes après l'accord de paix de Lusaka, en 1999. Parmi les alliés de la RDC, la Namibie a retiré la majeure partie de ses soldats. A en croire Kinshasa, le Zimbabwe et l'Angola feront de même dès que l'accord commencera à être appliqué.

"Cet accord est un pas dans le bon sens", déclare le Pr John Stremlau, directeur du département des relations internationales à l'université Witwatersrand de Johannesburg.

"Le conflit en RDC est l'un des plus compliqués d'Afrique. Il est complexe et implique de nombreux acteurs, nécessitant des interventions diplomatiques simultanées. Mais avoir un cadre pour les accords de paix est un élément important", explique-t-il à Reuters.

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