Côte d'ivoire, Conseil de Sécurité de l'ONU et achoppement


DECLARATION A LA PRESSE DU PRESIDENT DU CONSEIL DE SECURITE SUR LA SITUATION EN COTE D’IVOIRE

Communiqué de presse - SC/7558 31 octobre 2002

Vous trouverez ci-après la déclaration faite aujourd’hui à la presse par le Président du Conseil de sécurité, M. Martin Belinga-Eboutou (Cameroun), sur la situation en Côte d’Ivoire:

 

Le président du Conseil de sécurité, Martin

 Les membres du Conseil de sécurité ont condamné avec la plus grande fermeté la tentative de prise de pouvoir ou de renversement du Gouvernement démocratiquement élu de Côte d’Ivoire.  À cet égard, ils ont appelé au plein respect de l’ordre constitutionnel dans ce pays et marqué leur plein appui au Gouvernement légitime de Côte d’Ivoire.

Les membres du Conseil de sécurité ont demandé à toutes les parties de résoudre la crise actuelle par des voies pacifiques et de s’abstenir de toute action, déclaration ou manifestation susceptible de compromettre ou d’entraver la recherche d’une solution négociée.  Ils ont demandé au Gouvernement de Côte d’Ivoire et autres parties au conflit de reconnaître que seule une solution politique peut permettre de résoudre la crise ivoirienne.

 

Les membres du Conseil de sécurité ont également demandé que toutes les parties respectent les droits de l’homme, en particulier eu égard aux populations civiles, et de traduire en justice toutes les personnes responsables de violations de ces droits.

Les membres du Conseil de sécurité ont exhorté la communauté internationale à appuyer le prochain appel éclair des Nations Unies, en fournissant une aide humanitaire d’urgence aux populations nécessiteuses de Côte d’Ivoire et des pays de la sous-région touchés par la crise ivoirienne.

Les membres du Conseil de sécurité ont loué les initiatives et les activités entreprises par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en vue d’un règlement pacifique du conflit.  À cet égard, ils ont exprimé leur plein appui aux efforts déployés par le Groupe de contact de la CEDEAO sur la Côte d’Ivoire et lancé un appel à la communauté internationale afin qu’elle soutienne la CEDEAO et qu’elle fournisse l’assistance nécessaire au déploiement immédiat de la Force de l’ECOMOG dont est convenu le Groupe de contact à sa réunion le 23 octobre 2002.

Les membres du Conseil de sécurité prennent note de la décision de l’Organe central du Mécanisme de prévention, de gestion et de résolution des conflits de l’Union africaine adoptée le 29 octobre 2002 à Addis-Abeba.

Les membres du Conseil de sécurité se sont félicités des efforts entrepris par la France, à la demande des autorités légitimes de Côte d’Ivoire et à titre provisoire, pour empêcher la poursuite des combats dans le pays en attendant le déploiement de la Force de l’ECOMOG.


Les discussions sur la Côte d'Ivoire achoppent sur l'essentiel

par Anne Boher

LOME (Reuters), 31 octobre 2002 - 22:24  - Emissaires du gouvernement ivoirien et rebelles nordistes réunis sous l'égide de la Cedeao à Lomé ont décidé de consolider le cessez-le-feu décidé il y a 13 jours, mais éprouvaient toujours des difficultés à surmonter leurs divergences pour mettre fin au conflit.

Au lendemain de la reprise des discussions, les deux parties devaient entrer à Lomé dans le vif du sujet: le désarmement des insurgés pour les émissaires du gouvernement, l'organisation d'élections "libres" pour les rebelles.

Mais, selon une source proche de la présidence togolaise, les deux parties n'ont même pas pu discuter en tête-à-tête, se contentant de signer un document où elles promettent d'éviter tout acte menaçant de violer le cessez-le-feu, tels que les exécutions extra-judiciaires, le recrutement d'enfants-soldats ou le recours à des mercenaires.

Selon des sources militaires étrangères, le président Laurent Gbagbo a fait appel à des mercenaires sud-africains, les rebelles sont soupçonnés d'enrôler des enfants dans leurs rangs et les deux parties s'accusent mutuellement d'avoir perpétré des exécutions sommaires.

"C'est lent mais nous avançons", a déclaré Mohamed ibn Chambas, haut responsable de la Cedeao.

Une autre source proche des pourparlers s'est montrée moins optimiste. "Il n'y a eu aucun progrès, on s'est contentés de consolider la trève", a-t-elle dit.

Les parties ont signé le 17 octobre un accord de cessez-le-feu, dont la surveillance a été provisoirement confiée à l'armée française, qu'une force d'interposition régionale de quelque 2.000 soldats doit remplacer d'ici une dizaine de jours, selon la Cedeao.

Le Sénégal a refusé jeudi de prendre le commandement de cette force d'interposition, repoussant la demande de la Cedeao d'augmenter le contingent de 250 soldats promis par Dakar. Le commandement de la force devrait donc revenir à un autre pays fournisseur d'un plus grand nombre de soldats. La Guinée-Bissau, petite nation elle-même confrontée à une guerre civile, a promis 380 hommes et le Togo 300.

LE QUAI D'ORSAY CONDAMNE LE RECOURS A DES MERCENAIRES

L'ouverture des pourparlers a coïncidé avec l'annonce de l'arrivée en Côte d'Ivoire d'un premier groupe de 40 mercenaires sud-africains venus assurer la sécurité du président Laurent Gbagbo.

Mais Toussaint Alain, conseiller du président Gbagbo à Paris, a démenti jeudi tout recours à des mercenaires étrangers, ajoutant que ces accusations visaient à torpiller les négociations de Lomé.

Les autorités françaises, sans confirmer l'arrivée de mercenaires, ont de leur côté demandé jeudi que des poursuites judiciaires soient engagées contre toute personne ayant une activité de ce type.

Selon le Quai d'Orsay, "les actes liés au recrutement, à l'utilisation, au financement et à l'instruction de mercenaires français ou étrangers" doivent être poursuivis et Paris ne saurait "en aucune façon admettre que le territoire français puisse être utilisé à cet effet".

Le Quai d'Orsay a rappelé que c'est à la demande du président Gbagbo que la France participe à la sécurisation du cessez-le-feu, en attendant la mise en place des forces de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest.

Il a souligné en outre les principes de la présence française en Côte d'Ivoire: appui aux autorités légitimes, démocratiquement élues; respect des frontières actuelles, de l'unité, de la souveraineté et de l'intégrité des Etats africains; appui aux efforts de médiation conduits par les Africains eux-mêmes; condamnation ferme de toute entreprise de déstabilisation menée par des rebelles; protection des ressortissants français et étrangers menacés par les combats en cours.
(Reuters)


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