Au lendemain de la prise de Bagdad


Les objectifs américano-britanniques en Irak

WASHINGTON (AP), jeudi 10 avril 2003, 17h05 - Les objectifs que doivent atteindre les Américains et les Britanniques avant de pouvoir proclamer la victoire, tels qu'ils ont été définis mercredi par le secrétaire d'Etat à la Défense Donald Rumsfeld:

- sécuriser entièrement Bagdad, ainsi que les autres villes irakiennes prises par la coalition ;

- retrouver la trace, capturer ou s'occuper d'une quelconque autre façon du président irakien Saddam Hussein, de ses fils et des responsables irakiens ;

- retrouver les Américains ou autres personnes détenues comme prisonniers de guerre, qu'ils aient été arrêtés lors de ce conflit, ou durant la précédente guerre du Golfe, en 1991 ;

- sécuriser les zones pétrolifères du nord de l'Irak ;

- retrouver et sécuriser les installations d'armes de destruction massive que le régime aurait pu posséder ;

- sécuriser les frontières irakiennes pour empêcher le transfert d'armements et le départ à l'étranger de responsables irakiens ;

- déterminer de quelle manière l'Irak a pu se procurer des armes de destruction massive et quels pays l'ont aidé ;

- localiser les scientifiques irakiens informés des programmes d'armes de destruction massive ;

- capturer ou tuer les terroristes opérant en Irak et faire en sorte qu'ils n'aient pas accès aux armes de destruction massive ;

- localiser les membres du parti Baas, les archives et les caches d'armes du pays ;

- localiser les archives des services de renseignements irakiens, de l'Organisation spéciale de sécurité, de la milice Fedayin et de la Garde républicaine ;

- localiser les richesses du gouvernement irakien à l'intérieur et à l'extérieur du pays et les redistribuer à la population irakienne ;

- commencer le travail de reconstruction avec les Irakiens libérés et exilés pour la mise en place d'une administration transitoire et ouvrir la voie à un nouveau gouvernement irakien. AP


Les combats se poursuivent à Bagdad et dans le Nord
Par Khaled Yacoub Oweis et Sean Maguire

BAGDAD (Reuters), jeudi 10 avril 2003, 15h24 - Les combats se poursuivent dans plusieurs secteurs de Bagdad au lendemain de l'entrée des chars américains dans le centre de la capitale irakienne.

Dans le nord de l'Irak, les combattants kurdes ont en grande partie pris le contrôle de la ville stratégique de Kirkouk tandis que des chars américains ont pris la direction de Mossoul, troisième ville du pays.

Malgré le renversement symbolique d'une statue de Saddam Hussein devant les caméras de télévision en plein coeur de Bagdad la veille, les autorités américaines et britanniques ont souligné jeudi que de nouveaux combats étaient à attendre, non seulement dans la capitale irakienne mais également dans le Nord, où les forces fidèles au président irakien semblent se rassembler autour de Tikrit et Mossoul.

A Bagdad, des avions de chasse américains ont attaqué des positions tenues par des groupes de volontaires arabes dans le quartier d'Al Mansour, à proximité du QG de la police secrète, sur la rive occidentale du Tigre.

Ces combattants y ont érigé des barrages et patrouillaient dans les rues de deux autres quartiers, Aadhamia et Ouaziria. Les troupes au sol américaines, qui semblent s'être retirées de plusieurs quartiers qu'elles occupaient mercredi, étaient invisibles, de même que les forces irakiennes.

 

VIOLENTS COMBATS AUTOUR D'UNE MOSQUEE

Au 22e jour de guerre, un Marine a été tué et plus de 20 autres ont été blessés dans de violents affrontements autour de la mosquée Imam al Adham située dans le centre-nord de Bagdad, a annoncé l'armée américaine.

"Nous disposions d'une information selon laquelle des membres de la direction du régime essayaient d'organiser (...) une réunion. Les combats dans et autour du complexe de la mosquée n'ont pu être évités car les forces ennemies tiraient à partir de cette zone", a déclaré la capitaine Frank Thorp, porte-parole du commandement central américain basé au Qatar.

A l'aéroport international de Bagdad, le commandant Rod Legowski, de la Ière division de Marines, a dit ne pas savoir si Saddam Hussein se trouvait dans le secteur de la mosquée. Mais les Marines ont visé des cibles d'une "valeur militaire certaine", a-t-il ajouté, précisant que les combats avaient duré plus de quatre heures.

Les combats sont terminés mais les soldats américains sont "toujours en train de nettoyer le chantier", a-t-il affirmé.

Pendant la nuit, les Marines ont occupé le quartier chiite de Saddam City, dans le nord-est de la capitale, non sans résistance. Des tirs d'artillerie, de mortier et de mitrailleuse ont été signalés. Des batteries de DCA irakienne ont également tiré sur des appareils américains. A l'aube cependant, seules quelques rafales de mitrailleuses ont été entendues.

 

LES KURDES DANS KIRKOUK

Dans le Nord, des centaines de combattants kurdes de l'UPK (Union patriotique du Kurdistan) ont pénétré en nombre dans le centre pétrolier stratégique de Kirkouk, abandonné par les forces gouvernementales, rapporte Mike Collett-White envoyé spécial de Reuters dans cette région.

Un commandant "peshmerga", Mam Rostam, lui a ensuite affirmé à que la ville, bombardée dans la matinée par des B-52 américains, était désormais "contrôlée" par les combattants kurdes, mais la Turquie a immédiatement fait savoir qu'elle n'accepterait pas de présence permanente des Kurdes à Kirkouk, où elle enverra bientôt des "observateurs" militaires.

Des habitants sortant de la ville ont indiqué que les soldats irakiens avaient soit déposé les armes soit fui plus au Sud vers Tikrit, la ville natale de Saddam Hussein où se regrouperaient des éléments de la garde républicaine, d'après l'armée américaine qui a pilonné la ville dans la matinée.

D'après un journaliste de Reuters, des chars américains ont pénétré jeudi dans Arbil, la principale ville du Kurdistan autonome. C'est la première fois que les blindés américains sont aperçus aussi près de la ligne de front du nord de l'Irak.

Plus à l'est, près de la frontière syrienne, les forces américaines ont indiqué qu'elles étaient en train de s'emparer de la ville de Kaïm.

En dépit de cette ambiance de fin de règne, les autorités américaines se sont gardées de tout triomphalisme.

Le capitaine Thorpe a ainsi estimé que "l'objectif de renversement du régime n'a toujours pas été atteint" et que "de violentes batailles (étaient) à venir" car la résistance irakienne se poursuit.

 

POLEMIQUES SUR L'APRES-CONFLIT

Même tonalité à Londres où le ministre de la Défense, Geoff Hoon, a mis en garde contre tout "excès d'optimisme" quant au temps nécessaire aux forces américaines et britanniques pour contrôler l'Irak. "Nous devons encore nous attendre à de violents combats", a-t-il prédit.

La guerre n'est pas terminée, d'après Washington et Londres, mais des polémiques sur l'après-conflit se font déjà jour.

Chef de file d'un "camp de la paix" quelque peu destabilisé par le déroulement de l'offensive anglo-américaine en Irak, Jacques Chirac s'est réjoui jeudi "de la chute de la dictature de Saddam Hussein" mais a appelé à l'acheminement "sans délai" de l'aide humanitaire.

L'Allemagne, par la voix du chancelier Gerhard Schröder, s'est dite prête à contribuer à la reconstruction de l'Irak à condition que la gestion en soit confiée aux Nations unies.

Au Caire, le président égyptien Hosni Moubarak a souhaité que les Irakiens puissent dès que possible prendre en mains l'administration de leur pays, après l'effondrement du régime de Saddam Hussein.

A Bagdad même, à la liesse suscitée dans la capitale par la destruction de la statue du raïs ont succédé des interrogations des Bagdadis sur leur avenir face à une situation chaotique.

Dans un entretien diffusé par CNN, Ahmad Chalabi, dirigeant du Congrès national irakien, une alliance d'opposition soutenue par Washington, s'en est même pris aux futurs administrateurs américains pour leur reprocher ce qu'il qualifie de lenteurs dans l'acheminement de l'aide humanitaire et logistique.

Au Koweït, le porte-parole du Bureau de reconstruction et d'assistance humanitaire, organisation de Washington qui devrait prendre les rênes du pays dans un premier temps, a souligné que le début de ses travaux dépendrait de l'évolution de la situation en termes de sécurité.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé jeudi la reprise de ses opérations dans la capitale, suspendues la veille.


Les inspections auraient pu faire tomber Saddam Hussein, selon la ministre suédoise des Affaires étrangères

STOCKHOLM (AP), jeudi 10 avril 2003, 16h37 - La ministre suédoise des Affaires étrangères Anna Lindh a accueilli avec satisfaction la chute du régime de Saddam Hussein, mais elle a affirmé jeudi que la poursuite des inspections de l'ONU aurait probablement permis d'arriver au même résultat.

Anna Lindh a maintenu la position de la Suède selon laquelle aller en guerre sans le feu vert de l'ONU constituait une violation de la législation internationale qui pourrait causer une forte instabilité au Proche-Orient.

"Aujourd'hui, il est facile de penser qu'il est merveilleux que la guerre soit finie et que Saddam Hussein soit parti, mais il faudra probablement plusieurs années avant que l'on puisse évaluer ce qui se passe dans la région", a-t-elle dit.

Elle a ajouté que la reconstruction de l'Irak devait être dirigée par les Nations unies. AP


Irak: Powell pour associer l'Onu, mais Washington garde le rôle principal

WASHINGTON (AFP), jeudi 10 avril 2003, 16h28 - Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a affirmé que des décisions de l'Onu seront nécessaires pour aider l'Irak après la chute de Saddam Hussein, mais a souligné que les Etats-Unis entendaient garder le rôle principal dans cette transition.

Dans un entretien au Los Angeles Times de jeudi, M. Powell a laissé entendre que le rôle des Nations Unies devait, aux yeux des Etats-Unis, être avant tout humanitaire, repoussant implicitement les appels à ce que l'Onu ait un rôle "central", sur le plan politique notamment.

"Peut-être plus d'une" résolution sera nécessaire pour aider l'Irak à affronter la période post-Saddam Hussein, a indiqué le chef de la diplomatie américaine au grand quotidien de la côte ouest, indiquant que Washington n'entendait pas court-circuiter l'Onu.

"Nous avons besoin d'un aval d'autorité, d'un aval pour ce que nous allons faire afin de recommencer à vendre du pétrole à un moment donné et pour faire en sorte que l'aide humanitaire continue à arriver dans le cadre du programme Pétrole contre nourriture", a déclaré M. Powell.

Ce programme avait été mis en place par les Nations Unies du temps de Saddam Hussein pour que l'Irak puisse utiliser ses revenus pétroliers pour acheter des produits de première nécessité via l'Onu.

Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a affirmé que des décisions de l'Onu seront nécessaires pour aider l'Irak après la chute de Saddam Hussein, mais a souligné que les Etats-Unis entendaient garder le rôle principal dans cette transition.
• Karim Sahib (AFP -
jeudi 10 avril 2003, 16h28)


Actualité Internationale et africaine - Dossier 5