Mémorandum sur la situation politique, économique et sociale de la République Centrafricaine


REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE
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UNITE - DIGNITE - TRAVAIL

COORDINATION DES PARTIS POLITIQUES D'OPPOSITION

MEMORANDUM
sur la situation politique, économique et sociale
de la République Centrafricaine

A la très haute attention des chefs d'États
réunis à l'occasion du sommet France-Afrique
Yaoundé, 17-19 janvier 2001

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Au moment où s'ouvre le 17 janvier 2001 la Conférence au sommet des chefs d'Etats de France et d'Afrique, les partis politiques de l'opposition centrafricaine regroupés au sein d'une coordination, voudraient saisir l'opportunité qu'offre cette grande rencontre pour alerter la communauté et l'opinion internationales sur les violations des droits de l'homme, la grande misère, et l'oppression que vit le peuple centrafricain à la lumière d'un examen de la situation politique, économique et sociale du pays.

 

SITUATION POLITIQUE

Depuis l'accession au pouvoir de M. Patassé, sa politique est dominée par l'exclusion et la haine; la confiscation des libertés fondamentales, la violation des droits de l'homme et la répression; la mauvaise gouvernance et le refus du dialogue; la violation constante de la Constitution et la manipulation des résultats des élections.

Il a inauguré son régime par une implacable chasse aux sorcières contre les militants et cadres des autres partis politiques: tracasseries administratives et policières à leur encontre, arrestations et détentions arbitraires pendant de longs mois ou pendant plusieurs années pour certains d'entre eux.

Très rapidement, tous les postes de responsabilité dans la fonction publique, le secteur parapublic et dans l'armée furent confiés à des personnes choisies uniquement en raison de leur appartenance politique au MLPC ou à ses partis alliés, ou de leur origine ethnique ou régionale, et non en raison de leur mérite, de leur compétence, qualification et expérience.
Des discriminations intolérables et une inégalité devant la loi étaient ainsi introduites par le régime entre les centrafricains, en violation de la Constitution et des instruments internationaux en matière des droits de l'homme, ratifiés par notre pays.

Cette mauvaise gouvernance du régime de M. Patassé a entraîné dès avril 1996 un mécontentement social, des mouvements de grève dans le secteur public et trois mutineries dans les forces armées centrafricaines.

A travers la Conférence France-Afrique de Ouagadougou de décembre 1996, et les chefs d'Etats africains ont délégué quatre de leurs pairs: leurs Excellences El Hadj Omar Bongo, président du Gabon, Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, Idriss Deby, président du Tchad et Alpha Oumar Konaré, président du Mali, et ensuite les Nations Unies, la Communauté Internationale s'était impliquée dans le règlement de la crise centrafricaine, pour aider les centrafricains à y trouver une solution par le dialogue, pacifiquement et consensuellement.

La France, les Etats africains francophones puis les Nations Unies ont encouragé la tenue des réunions de concertations nationales successives suivantes, regroupant les représentants du pouvoir et ceux des partis politiques, de la société civile et de l'armée:

A la cérémonie de clôture, fut signé solennellement le Pacte de Réconciliation Nationale dont le Comité de Suivi et d'Arbitrage est resté jusqu'ici paralysé du fait de M. Patassé.

M. Patassé a systématiquement fait échec à la mise en ouvre des mesures arrêtées de commun accord entre les représentants du pouvoir et ceux des forces vives de la nation du seul fait qu'elles remettaient en cause le mode de gouvernance de son régime fondé sur le
maintien et le renforcement de la politique d'exclusion et de division, la main-mise de son parti, le MLPC sur l'appareil de l'Etat et la tribalisation des services publics et para publics et de l'armée.

Si la politique de M. Patassé a amené à la grave crise socio-économique de 1996 et 1997, les actions qu'il a développées depuis lors l'ont aggravée:

De telles pratiques n'ont plus rien à voir avec la démocratie. Elles tiennent du brigandage politique.

 

SITUATION ECONOMIQUE ET SOCIALE

Depuis l'avènement du régime Patassé, la RCA n'a pas connu de prospérité économique, ce qui sur le plan social se traduit par une aggravation des conditions de vie de la population.

Le pays a globalement régressé, s'est enfoncé dans la misère et la pauvreté. Le dernier rapport du PNUD indique que la RCA est passée pour l'indice du développement humain du 142ème rang en 1993 au 166ème sur 174 pays en 1999.

Au plan économique et financier, les centrafricains constatent aujourd'hui avec amertume à quel point le pays est tombé.

L'agriculture est sinistrée. Le régime Patassé n'a jamais conçu et mis en ouvre une quelconque politique de développement rural. Les paysans sont abandonnés à eux-mêmes, faute d'encadrement. La mévente du coton, en raison de la politique inefficace et intéressée de M. Patassé, notamment la fixation arbitraire des prix sur des bases électoralistes a plongé les producteurs dans le plus grand désarroi.

Les structures d'élevage sont quasiment ruinées par l'incompétence, les détournements et la mauvaise gestion. La Banque mondiale a supprimé ses financements dans le secteur à cause des détournements impunis des crédits par les hommes que le président Patassé a placés.

Les entreprises publiques sont quasiment en cessation de paiement du fait de la mauvaise gestion et des détournements impunis des cadres du MLPC qui se sont succédés à leur direction depuis 1993. Alors qu'une loi de privatisation a été votée depuis 1995, aucune entreprise industrielle et de service n'est privatisée à l'heure actuelle.

Le tissu industriel est fortement réduit et le commerce est en baisse.

Les richesses nationales qui auraient pu soutenir l'économie, à savoir le diamant et le bois, font l'objet d'un pillage systématique, organisé par les dirigeants du pays eux-mêmes, devenus trafiquants et contrebandiers, liés à la mafia.

Le pouvoir est ancré solidement dans le système de la mafia internationale en témoigne l'affaire des 325 milliards de FCFA décelée par la BEAC et le nombre important des hommes d'affaires liés à la mafia à Bangui.

Plusieurs scandales financiers organisés par le pouvoir privent le pays des recettes fiscales en particulier Zongo-Oil et Centrafrican Airlines. Cette gestion chaotique de l'économie nationale et les scandales financiers ont provoqué une crise financière sans précédent, ce qui place le pouvoir dans l'incapacité de payer régulièrement les salaires.

Les fonctionnaires et agents de l'Etat ont à ce jour accumulé 30 mois d'arriérés de salaires, les retraités, 8 trimestres, soit 24 mois d'arriérés de pensions, les étudiants, 10 mois d'arriérés de bourse.

Les fonctionnaires et agents de l'Etat en grève depuis octobre 2000 réclament le paiement d'au moins 12 mois d'arriérés de salaires sur 30, pour reprendre le travail. L'administration est paralysée et l'école court le risque d'une année blanche.

Dans le même temps, M. Patassé déclare sa disponibilité à faire un don de 10 millions de dollars US sur sa cagnotte personnelle au Trésor public, alors qu'en 1993, il a fallu une quête pour honorer sa caution de 5 millions de FCFA exigée pour se présenter à l'élection présidentielle.

Les secteurs sociaux se dégradent régulièrement.

Les interventions financières de la Communauté internationale sont détournées.

Les hôpitaux sont devenus de véritables mouroirs par manque de médicaments de première nécessité. Les maladies qui avaient disparu ont refait leur apparition. Le taux de mortalité a augmenté. La pandémie du sida est devenue inquiétante surtout que certaines aides internationales ont été suspendues à cause des détournements impunis.

Le nombre des écoles et des maîtres reste nettement insuffisant par rapport à la demande. Le taux de scolarité baisse constamment depuis ces dernières années. Les grèves successives des enseignants liées au non paiement des salaires ont un effet négatif sur le fonctionnement du système éducatif. La corruption dans le système qui entraîne la délivrance des vrais faux diplômes concourt à baisser davantage le niveau de l'enseignement.

 

CONCLUSION

Cette brève analyse de la situation politique, économique et sociale du pays explique pourquoi aujourd'hui plus que jamais, le peuple centrafricain réclame le changement.


M. Patassé et son régime ont définitivement fait la preuve de leur incapacité à conduire valablement les destinées de la nation et à lui assurer le bien-être qu'elle est en droit d'attendre de ses dirigeants.

M. Patassé qui n'a jamais gagné les élections de 1999, s'est définitivement disqualifié par sa mauvaise gouvernance, sa mauvaise gestion et sa mauvaise moralité.

Devant la montée du mouvement populaire, M. Patassé dont la base s'est aujourd'hui énormément rétrécie et se limite à des groupes de fanatiques, ne peut plus compter sur ses mensonges habituels. Ceux-ci ne passent plus. Son régime est nu. La tentation est grande pour lui de faire recours au seul argument qui lui reste, face à la détermination du peuple à reprendre ses droits et de se libérer de l'oppression: la force et la violence contre des populations sans armes. Il s'est préparé à cela en faisant l'acquisition d'importants lots d'armements à l'étranger, en continuant la distribution d'armes de guerre à ses partisans et en recrutant des mercenaires, notamment les Codos en provenance du sud Tchad.

Son objectif est de briser par les armes les revendications populaires, d'asseoir définitivement dans le pays un régime d'oppression et de dictature pour continuer à régner sans partage, par la terreur.

M. Patassé s'organise pour faire subir de nouvelles épreuves douloureuses au peuple centrafricain.

Celui-ci est, quant à lui, déterminé à s'opposer par tous les moyens démocratiques et de toutes ses forces à l'oppression d'un régime brutal, empêtré dans l'affairisme et corrompu.

Aussi, les partis politiques de l'opposition centrafricaine demandent-ils à la communauté internationale de réévaluer avec objectivité la situation en RCA pour reconnaître:

Fait à Bangui, le 14 janvier 2001

ONT SIGNE :

ADP, ASD, CNP, FND, FC, FODEM, FPP, MDD, MDI/PS, MESAN-BOGANDA, MNR, PUN, RDC, UNDD, UPR

Regards et points de vue des partis politiques et mouvements centrafricains