NOIR SILENCE ,
par François-Xavier Verschave

Le livre : "Noir silence"
Des plaignants déboutés


Il existe un pays où, depuis son palais, le chef de l'Etat recrute librement des mercenaires et pilote des guerres civiles sur un autre continent.
Ce livre donne des noms, des dates, des témoignages.
Il existe un pays qui attise les conflits ethniques et déverse des armes sur des régions à feu et à sang, pour rester maître du seul vrai pouvoir : l'argent.
Ce livre raconte ces crimes sans tribunal.
Il existe un pays qui, pour défendre ses intérêts, autorise ses services spéciaux à s'allier, en terre étrangère, avec des réseaux mafieux et les milices d'extrême droite. Ce livre recoupe les enquêtes en France et à l'étranger pour démontrer l'engrenage.
Il existe un pays où un candidat à l'élection présidentielle, deux fois ministre de l'intérieur, peut s'appuyer, en toute impunité, sur les circuits des casinos et des ventes d'armes. Ce livre donne des clés pour comprendre son ascension et son pouvoir.
Il existe un pays qui, loin de ses frontières, truque des élections et couvre l'assassinat de ses propres coopérants. Ce livre permet de comprendre la logique de ce monde absurde.
Ce pays, c'est la France.
Le continent humilié, c'est l'Afrique.
Leur liaison incestueuse, c'est la FrançAfrique.
Comment en finir avec un aussi noir silence ? "

Le ton est donné, la question posée claire, limpide. François-Xavier Verschave auteur de "La FrançAfrique", cet autre ouvrage qui a été un grand succès de librairie, remet la sauce avec "Noir Silence" et les éditions les Arènes.

La FrançAfrique s'est nourrie des récits, des indignations de tant d'Africains rencontrés, interdits d'expression par les dictateurs que Paris leur impose. Non, ça n'est pas une histoire ancienne, avertit Verschave. Elle est toujours présente. La FrançAfrique s'est adaptée depuis pour mieux asservir l'Afrique. Pour le faire efficacement, sans éveiller le soupçon, ses "réseaux et lobbies mutent, comme les virus grippaux. Elf, par exemple, va se cacher sous l'écran Total. Bolloré prend partiellement le relais. Les réseaux se recomposent. On assiste à l'essor des vrais-faux-mercenaires. Pour en finir avec la confiscation des indépendances africaines, il fallait observer au plus près ces mutations. Le livre (Noir Silence) est né de cette nécessité".
Les 559 pages de ce livre bien documenté s'égraineront entre vos doigts à grande vitesse. Elles vous soulèveront le cur, vous feront pousser des cris de colère et même de haine contre les potentats africains qui agissent aux ordres de l'Elysée via les réseaux, les pompes à fric et autres trafics.
La situation de la plupart des pays d'Afrique noire est passée en revue. Peu ou pas de révélation, s'agissant de la République Centrafricaine. C'est bien connu : servis par une nature généreuse, les Centrafricains sont moins bagarreurs que d'autres. La FrançAfrique peut s'en donner à cur joie dans ce pays où un ex-adjudant de l'armée coloniale française conseillé et soutenu par un ingénieur agronome version tropique a pu se proclamer empereur sans gêne et où ledit conseiller a pris du galon, devenant lui-même président de la république.
En RCA donc, " l'heure est venue des élections truquées : législatives en 1998, présidentielles en 1999. A Paris, où l'on traite volontiers Patassé de paranoïaque, on va laisser la majorité des réseaux françafricains favoriser la reconduction frauduleuse d'Ange-Félix Patassé (AFP). Ces mêmes réseaux sont ravis que se poursuive la démolition de l'Etat. Le secteur stratégique du diamant par exemple, est totalement désorganisé par la multiplication des abus et la banalisation des passe-droits, au profit d'aventuriers sans scrupules".
Pour le scrutin législatif, AFP dispose de nombreux atouts : les manipulations habituelles dans la distribution des cartes d'électeur ou des bulletins de vote, la partialité de certains officiers de la Minurca et de l'ambassadeur de France, Jean-Marc Simon, les largesses de Kadhafi et des diamantaires sud-africains. Pourtant, l'alliance de l'opposition l'emporte d'un siège : 55 élus sur 109. Le jour même de l'annonce des résultats, la coalition pro-Patassé inverse les résultats grâce à la défection d'un député. L'opposant historique Abel Goumba indique le tarif : un autre député, de son parti, s'est vu proposer 15 millions de franc cfa pour rejoindre le camp présidentiel.
Jean-Marc Simon presse les "battus" d'accepter ce résultat biaisé. L'attention se concentre sur l'élection présidentielle du 19 septembre 1999. Pour éviter la fraude l'opposition demande l'adoption d'un bulletin unique, avec les noms de tous les candidats. Il suffit de cocher l'un d'eux. Cette méthode a fait ses preuves, l'ONU y est favorable, elle est adoptée par une majorité de la commission chargée de l'examen de projet de loi électorale. Mais le camp Patassé est farouchement contre, car ses experts en fraude ont été formés sur la base d'une élection à bulletins multiples. Le bulletin unique les paralyserait. Au sortir d'une entrevue avec AFP, l'ambassadeur Simon déclare que la communauté internationale n'a rien à imposer au peuple centrafricain. Ainsi Son Excellence réduit-elle l'avis de la communauté internationale à celui de la France, et l'avis du peuple centrafricain à l'humeur de son dictateur.
La propagande d'AFP est en de bonnes mains : celles du très chiraquien Jean-François Probst, qui ira ensuite diriger la campagne de Michelle Alliot-Marie à la présidence du RPR, et de l'infatigable François Blanchard. Les opposants accusent le réseau Pasqua, réputé pour son savoir-faire, de tailler un score sur mesures pour l'ami Patassé. On ne prête qu'aux riches. Ce régime, d'habitude incapable d'assurer le moindre service public, réussit à organiser un apport massif d'électeurs ambulants en provenance du Tchad et de l'ex-Zaïre. Pour payer les frais de campagne il y a toujours un coin de forêt : 150 000 hectares d'un seul tenant concédés mi-1999 à l'acrobate financier Jean-François Henin qui saute allègrement des centres de profit (et de perte) du Crédit Lyonnais au centrafrique...
Ange Félix Patassé est réélu dès le 1er tour, avec 51,6% des voix comme prévu. Une dizaine de jours avant ce scrutin mitonné aux petits oignons, il confiait au Figaro : "Je suis l'ami de la France. Mon peuple a versé son sang pour la France et celle-ci l'a aidé à organiser des élections démocratiques. La victoire de la démocratie en Centrafrique est ausi celle de la France". En résumé, AFP = la démocratie = la France. Rompez les rangs(*). Les neuf challengers ont beau dénoncer le coup d'Etat électoral", il leur faudra subir cette équation pendant cinq ans. Et comme Patassé ne peut plus compter sur les parachutistes français, il verrouille son pouvoir en renforçant ses alliances avec Idriss Déby, Muammar Kadhafi et Laurent-Désiré Kabila. Rien que de promesses de "démocratie !" "
Comment en finir avec un aussi noir silence, avec la FrançAfrique ? François-Xavier Verschave reconnaît que la tâche est difficile mais pas impossible. En tout état de cause elle ne peut-être que collective. "Chasser les miasmes coloniaux ne peut-être qu'une entreprise collective".
Pour sa part, François-Xavier Verschave participe activement en France à l'association SURVIE (**) à qui les droits d'auteur de La FrançAfrique sont versés "intégralement pour la poursuite du travail de révélation".
Noir Silence lève un coin de voile sur la chape de béton que la v ème république de Charles De Gaulle, de Jacques Foccart, de Pierre Mesmer, d'Yvon Bourges de Charles Pasqua, de Jacques Chirac et autres RPF, UNR, SAC, RPR, etc, a coulé sur l'Afrique pour mieux l'asservir avec hélas, la collaboration active de leurs âmes damnées autochtones dont Omar Bongo du Gabon.

Noir Silence est à mettre entre toutes les mains, même des mineurs.

Notes de lectures par JB PELEKET

Paris le 24 avril 2000

(*) souligné par nous

(**) selon les éditions les Arènes, M. Verschave est président de SURVIE, une association de citoyens qui milite publiquement depuis 15 ans pour des objectifs d'intérêt public par exemple : " que l'argent de l'aide publique au développement serve réellement à lutter contre la misère et la faim ; que soit mis un terme aux dérives souterraines et déshonorantes de la politique franco-africaine ; que soient prévenus les dangers d'une banalisation du génocide ".


Le Tribunal de Paris déboute les présidents du Tchad, du Congo et du Gabon
(AFP, PARIS, 25 avril 2001)

Le Tribunal correctionnel de Paris a débouté mercredi les présidents du Congo, du Tchad et du Gabon, de leur procès pour "outrage envers un chef d'Etat étranger" intenté à l'éditeur et à l'auteur du livre "Noir silence".
Le Tribunal a déclaré que la loi française instituant le délit d'"outrage envers un chef d'Etat étranger" était incompatible avec la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH).
Les présidents Omar Bongo, Idriss Deby et Denis Sassou Nguesso critiquaient ce livre publié en avril 2000, rédigé collectivement par l'association tiers-mondiste Survie, et qui dénonce certaines relations entre la France et l'Afrique.
Les magistrats ont jugé que l'article 36 de la loi de 1881 relative à la liberté de la presse, qui a institué le délit d'offense, était incompatible avec les articles 6 et 10 de la CEDH qui prévoient un procès équitable, un tribunal impartial et la liberté de communication des idées et des opinions sans considération de frontière.
Le Tribunal observe que "l'offense" n'est pas définie par la loi. Il en déduit que la "qualification imprécise et générale de l'offense" contrevient au principe d'un "tribunal impartial" exigé par la CEDH. La "formulation très générale" de la définition de l'offense "ne permet pas à celui qui envisage de procéder à une publication, d'être certain que celle-ci n'entre pas dans le domaine de l'interdit", explique-t-il.
Le jugement conclut que la loi française réprime de manière suffisante l'injure et la diffamation, et que rien n'interdit aux chefs d'Etat d'agir en invoquant ces délits, plutôt que le délit d'offense qui de plus, interdit au prévenu d'apporter la preuve de ce qu'il allègue, ce qui le place en "position inéquitable face à l'accusation".
Le livre "Noir silence" dénonce les turpitudes de certaines relations entre la France et l'Afrique. Le président congolais y est notamment accusé de "crimes contre l'humanité", le chef d'Etat tchadien d'être "un criminel invétéré" et le Gabonais, de diriger une "démocrature (pour dictature légitimée par la fraude électorale) prédatrice".
Chacun d'eux demandait un franc symbolique de dommages-intérêts. Mais le Tribunal répond à leur demande en jugeant qu'"il n'apparaît plus envisageable de reconnaître aux chefs d'Etat étrangers un statut exorbitant par rapport au principe de liberté d'expression, interdisant tout examen critique de leur comportement". "L'ordre public concernant les relations diplomatiques de la France ne saurait justifier de nos jours le maintien" de ce délit, conclut-il.
Le Parquet n'avait pas soulevé cette question de la CEDH, estimant seulement que l'auteur François-Xavier Verschave, président de l'association Survie et l'éditeur du livre, Laurent Beccaria, devaient être relaxés au vu de leur "bonne foi", c'est à dire d'une expression prudente, et d'une enquête légitime et sérieuse.


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