Crash au Venezuela: 160 personnes tuées dont 8 colombiens (équipage), 152 français originaires de la Martinique, et la question sur les charters.


Communiqué du Collectif

22 août, 2005

La sécurité des vols vers l'Outre-Mer en question

Chers compatriotes,

Dans le cadre de la catastrophe aérienne du Venezuela au cours de laquelle la Martinique a payé un lourd tribut, le Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais a mandaté officiellement Maître Gilbert COLLARD, pour se constituer " Partie Civile " dans le cadre de l'instruction judiciaire ouverte jeudi par le Procureur de la République de Fort-de-France Serge SAMUEL, pour des chefs d'homicides involontaires, afin que soient garantis les droits des victimes et ceux de leurs familles.

Le Collectif, qui souhaite accéder au dossier afin de s'assurer que toute la lumière sera faite sur le crash, entend également adresser un signal fort aux compagnies aériennes qui, à un titre ou un autre desservent l'Outre-Mer.

Ce drame doit permettre d'ouvrir une vraie réflexion sur les conditions de transport de l'hexagone vers l'Outre-Mer, plusieurs fois dénoncées par le Collectif. Car, ce ne sont pas uniquement les compagnies étrangères ou les charters qui posent le problème de la sécurité des passagers. Les vols entre l'hexagone et l'Outre-Mer ont connu récemment de graves incidents et les compagnies comme les pouvoirs publics, alertés par le Collectif, ont réagi tardivement et dans la plus totale opacité.

1°) Les compagnies aériennes qui desservent l'Outre-Mer, sous couvert de lignes régulières, fonctionnent en réalité comme des charters :

• Les charters utilisent des avions âgés, déjà amortis. C'est aussi le cas pour CORSAIR et AIR FRANCE dont les B 747-300 qui volent vers l'Outre-Mer ont entre 20 et 30 ans. Ceci est d'autant plus scandaleux qu'AIR FRANCE pratique une politique différente suivant les destinations : Pour l'Europe, les États-Unis ou le Japon, les avions les plus récents ont entre 6 et 7 ans de moyenne d'âge ...

Les charters réalisent des économies substantielles en terme de service aux passagers. C'est aussi le cas des deux compagnies européennes qui ont un nombre de personnels réduits en vol et offrent un service à bord de piètre qualité.

Les charters utilisent des avions réaménagés pour prendre plus de passagers. Les B-747-300 conçus pour 470 passagers sont utilisés en version 507 passagers pour Air France et 580 pour Corsair.

La seule différence réside dans les prix prohibitifs pratiqués vers l'Outre-Mer par les compagnies régulières pendant les périodes de vacances ; près de trois fois un prix charter, soit 1200 à 1500 euros alors que le seuil de rentabilité est autour de 400 euros.

2°) En cas de menace grave sur la sécurité, les compagnies aériennes comme les autorités étatiques font preuve d'opacité totale.

D'octobre 2004 à janvier 2005, des dizaines d'incidents graves et répétés, qui pouvaient présenter un danger pour la sécurité des passagers, ont affecté plusieurs compagnies aériennes, et particulièrement Corsair. Le Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais a saisi l'ensemble des ministres concernés, la DGAC, ainsi que tous les parlementaires français en décembre 2004 et janvier 2005.

Plus de 80 interventions politiques, questions écrites ou orales de parlementaires ont reçu des réponses inexactes de Gilles de Robien et de François Goulard en charge du dossier (voir notre dossier sur notre site Internet : www.collectifdom.com, rubrique Continuité et prix des billets). Ces ministres minimisaient les incidents, indiquaient qu'ils n'étaient pas liés à l'âge des avions et affirmaient que jamais ils n'avaient posé le moindre problème de sécurité.

Or la Direction Générale de l'Aviation Civile, qui avait tout d'abord tardé à réagir, fait suite aux pressions fortes du Collectif et pose un ultimatum d'un mois à Corsair pour revenir à des niveaux de sécurité acceptables sous peine de perdre l'habilitation de vol. C'est à dire que Corsair aurait pu voir cloué au sol tous ses appareils qui allaient vers l'Outre-Mer. (Corsair placée sous surveillance étroite se voyait imposer une meilleure coordination entre ses deux ateliers, des embauches de personnels supplémentaires...).

S'il s'agissait d'incidents mineurs comme l'ont prétendu ensuite les ministres, aurait-on utilisé une telle menace exceptionnelle qui n'est dictée que par des considérations de sécurité majeure ?

Il est clair qu'il s'agit de mensonge d'État par omission. Le Collectif proteste devant le parti pris des ministres et de la DGAC. En matière de sécurité, les passagers ont un droit naturel à une information objective et non manipulée. Le Collectif rappelle aux responsables en charge des dossiers qu'ils s'exposent à voir engager leur responsabilité personnelle en cas de drame aérien.

Le Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais dénonce par ailleurs les conditions de contrôle de la DGAC qui est basé sur la bonne foi des compagnies aériennes. Ces inspections ne peuvent être que succinctes et sans effet significatif car la DGAC se fie aux déclarations de révision sans pouvoir les vérifier.

Le Collectif prône l'adoption de mesures concrètes, plus volontaristes que le dispositif « Label bleu » envisagé par les pouvoirs publics qui paraît de faible impact. Celui-ci n'est en effet assorti d’aucune obligation envers les transporteurs et ne prend pas en compte les politiques différenciées des compagnies aériennes, comme Air France, suivant les destinations.

FOSS
Patrick KARAM
Président du Collectif des Antillais Guyanais Réunionnais
www.collectifdom.com

Le Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais est la plus grande association d'originaires d'Outre-Mer avec plus de 40 000 membres et sympathisants, dont de nombreux parlementaires d'Outre-Mer. Le Collectif a organisé notamment la Marche du 11 décembre 2004 contre les discriminations avec plus de 10 000 manifestants et de nombreux responsables politiques nationaux. Avec 500 interventions dans les médias et le soutien de plusieurs centaines de parlementaires, le Collectif est un lobby pour l’Outre-Mer. Pour en savoir plus : www.collectifdom.com


Crash au Venezuela: deux avions affrétés vendredi pour les familles

FORT-DE-FRANCE, AFP, jeudi 18 aout 2005, 8h30) - Les familles des 152 victimes françaises de l'accident d'avion survenu mardi dans le nord-ouest du Venezuela pourront se rendre vendredi à Maracaibo (Venezuela) depuis la Martinique, a annoncé mercredi le préfet de la Martinique Yves Dassonville à l'AFP.

Deux avions s'envoleront vendredi matin, l'un affrété par l'Etat et le second par les conseils régional et général de la Martinique, a-t-il indiqué.

Le ministre de l'Outre-mer François Baroin a précisé à l'AFP qu'il accompagnerait les familles. Elles ne devraient rester selon lui que quelques heures à Maracaibo où une chapelle ardente doit être dressée.

M. Baroin s'est envolé mercredi en fin d'après-midi (heure locale) pour une première visite éclair au Venezuela où il devait rencontrer le président vénézuélien Hugo Chavez, ainsi que ses ministres des Transports et de l'Intérieur avant de regagner la Martinique jeudi.

De son côté, le ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a annoncé à Paris qu'il se rendrait "si possible dès samedi" à Maracaibo, en compagnie de familles de victimes.

Les 152 passagers français et les huit membres colombiens de l'équipage ont été tués mardi dans le crash, près de Maracaibo (550 km à l'ouest de Caracas), d'un bi-réacteur McDonnell Douglas MD-82 de la compagnie charter colombienne West Caribbean Airways. Il assurait une liaison entre le Panama et la Martinique.

"Les dispositions sont en train d'être prises, à partir de la Martinique, pour organiser l'acheminement à Maracaibo par vol spécial des familles des victimes", a-t-on par ailleurs indiqué de source diplomatique française mercredi soir à Caracas.

"Ce déplacement interviendra dans les tous prochains jours", a-t-on précisé de même source.

Dans un premier temps, le consul de France à Caracas, Thierry Moulins, avait affirmé qu'environ 300 proches des victimes devaient arriver dès jeudi à Maracaibo, la deuxième ville du pays, située à 170 km du lieu de l'accident.

Par ailleurs, les boîtes noires de l'avion colombien qui s'est écrasé mardi "seront analysées au Venezuela, mais en présence et avec la collaboration de nos techniciens et ingénieurs du BEA" de l'aviation civile française, a précisé jeudi le ministre des Transports, Dominique Perben.

A Caracas, le gouvernement vénézuélien avait indiqué un peu plus tôt que les boîtes noires du biréacteur MD-82 de la compagnie West Caribbean seraient envoyées en France pour analyse.

"La décision prise par le Venezuela d'associer le pays d'origine de l'avion, la Colombie, le pays qui a fabriqué l'avion, c'est-à-dire les Etats-Unis, mais aussi la France, avec notre Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), envoyé là-bas dès l'annnonce de l'accident (...), est un élément de garantie très important", a estimé M. Perben au micro de RTL.

"Les boîtes noires ont été retrouvées, donc on devrait savoir très vite quelle a été l'origine du crash techniquement et ensuite on pourra aller plus loin, pour pouvoir dire aux familles ce qui s'est passé", a-t-il dit.

Le ministre s'est aussi interrogé sur la sécurité, en particulier des compagnies à bas coûts, et estimé qu'il faudra "peut-être aller plus loin lors des inspections de ces avions".

M. Perben a par ailleurs approuvé la mise en place d'une "liste noire" des compagnies aériennes au niveau européen, évoquée la veille par le Commissaire européen aux Transports, Jacques Barrot.

Pour établir une liste noire, "il faut un accord des 25 Etats, mais moi je pousse beaucoup, comme Jacques Barrot, comme l'Allemagne, comme l'Italie, comme la Grande-Bretagne... Il faut que nous y arrivions, car ce serait un élément supplémentaire de sécurité pour nos concitoyens", a-t-il conclu.


La West Caribbean montrée du doigt

West Caribbean : La West Caribbean montrée du doigt Après le crash d'un de ses appareils au Venezuela qui a coûté la vie à ses 160 occupants, dont 152 Français, la compagnie colombienne est sur la sellette. Elle a annoncé la suspension de ses vols, alors que les témoignages sur des lacunes de sécurité au sein de West Caribbean se multiplient.

Créé le 17 août 2005   Mis à jour le 18 août 2005 à 09h57  

TF1 (http://news.tf1.fr/src/scripts/imprimer.php)

Médias colombiens, association de pilotes, anciens employés : les témoignages sur les possibles lacunes de la compagnie West Caribbean en matière de sécurité affluent depuis le crash d'un de ses appareils au Venezuela, dont aucun occupant (152 Français de la Martinique et huit membres d'équipage colombiens) n'a survécu. De plus en plus soupçonnée, la compagnie colombienne a annoncé mercredi la suspension de ses vols jusqu'à nouvel ordre. Ce qui n'empêche pas la multiplication des questions.

Première question : l'utilisation de l'appareil. Le biréacteur McDonnell Douglas MD-82 qui est tombé mardi près de Maracaïbo avait été loué il y a quatre mois au Panama. L'appareil avait eu au moins trois problèmes ces derniers mois et le jour de l'accident, il avait effectué 11 rotations pendant 20 heures. Cependant, un porte-parole de Boeing a jugé peu probable que cette utilisation intensive soit à l'origine de l'accident. Selon lui, "à partir du moment où l'entretien est effectué correctement, un cycle élevé de décollages et atterrissages en une seule journée ne devrait pas être un problème", et les appareils de la série MD-80 (comme le MD-82) sont prévus pour des liaisons "court et moyen-courrier à forte fréquence".

14 infractions à la sécurité

La deuxième question est donc de savoir si l'entretien était correct. Selon le colonel Eduardo Montealegre, de l'Aviation civile colombienne (DAC), l'avion avait été examiné de fond en comble la veille du crash, en Colombie, par des experts, sans que rien d'anormal ne soit à signaler. De même, à Paris, le ministre français des Transports, Dominique Perben, a déclaré que le MD-82 avait "été contrôlé deux fois" ces derniers mois par les autorités françaises en Martinique, qui n'avaient fait "aucune observation particulière". Pourtant, selon les médias colombiens, West Caribbean avait été dénoncée pour plus de 14 infractions à la sécurité. Elle avait écopé d'une amende de 46.000 dollars en janvier dernier pour plusieurs violations des règles de sécurité, selon la DAC, citant notamment l'insuffisance de la formation donnée aux équipages, un usage incorrect des livres de bord ainsi que des problèmes de maintenance.

L'association des pilotes colombiens a indiqué avoir "à plusieurs reprises" alerté les autorités aéronautiques à propos de la compagnie. Le capitaine Alberto Padilla, président de l'association, a déclaré qu'un grave accident survenu en mars sur un petit appareil Let 410 de West Caribbean lui avait "ouvert les yeux sur le non-respect des normes de sécurité" par la compagnie. Selon lui, "il n'y avait pas d'issues de secours (dans l'avion), et beaucoup de gens sont morts pour cette raison". Le 26 mars, ce Let 410, de fabrication tchèque, s'était écrasé au décollage suite à une panne de moteur et l'accident avait fait 8 morts parmi les 20 occupants de l'appareil. En juillet, la compagnie avait été contrainte de suspendre ses vols, sur injonction des autorités aéronautiques, à la suite de l'enquête sur cet accident.

6 millions de dollars de dette

Troisième question : l'état général de la compagnie. Selon les médias colombiens, West Caribbean, créée en 1998, était au bord de la faillite avec 6 millions de dollars de dette. Le journal colombien El Tiempo, citant d'anciens employés, a indiqué que la compagnie ne payait pas ses pilotes depuis plusieurs mois et les contraignait à des heures supplémentaires en infraction avec la législation colombienne. "Les pilotes travaillaient sans s'arrêter et sous pression", a affirmé El Tiempo, qui a souligné que la compagnie avait payé  plusieurs amendes cette année pour avoir dépassé le temps de vol prévu pour ses pilotes.

Fernando Sanclemente, directeur de la DAC, a promis "une enquête exhaustive" tout en assurant que ses services effectuaient des contrôles stricts sur toutes les compagnies colombiennes. Il a tout de même été convoqué d'urgence pour s'expliquer devant le président colombien Alvaro Uribe.

Photo d'ouverture : un appareil de la West Caribbean - DR


La France se mobilise après le crash de la West Caribbean

François Baroin s'est rendu mercredi en Martinique pour rencontrer les familles des 152 passagers de l'appareil qui s'est écrasé mardi au Venezuela. "Vous n'êtes pas seuls", a-t-il lancé à la foule en deuil. 300 proches des victimes arriveront jeudi à Maracaibo.

Créé le 17 août 2005   Mis à jour le 17 août 2005 à 21h45 

TF1 (Photo d'ouverture : François Baroin à son arrivée à Fort-de-France - DR )

Le gouvernement et les enquêteurs se mobilisent après le crash d'un avion au Venezuela, qui a provoqué mardi la mort de ses 160 occupants. Les 152 passagers étaient pour la quasi totalité des Français de Martinique partis une semaine en vacances au Panama sur un vol de la West Caribbean Airways, une compagnie de charter colombienne. Deux d'entre eux étaient des Martiniquais résidant à Vauréal, dans le Val d'Oise, une commune qui comprend une importante communauté antillaise. "Seize salariés de la Caisse générale de Martinique figurent parmi les victimes, ainsi que 11 membres de leurs familles", a annoncé par ailleurs la Cnam.

Environ 300 proches des victimes arriveront jeudi à Maracaibo, depuis la Martinique, a indiqué mercredi le consul de France à Caracas, Thierry Moulins. Pour sa part, le ministre de l'Outre-mer François Baroin s'est rendu à Fort de France. Arrivé mercredi matin en Martinique pour apporter le soutien de la France aux familles et proches des victimes de la catastrophe, François Baroin les a assuré de "l'immense solidarité nationale", à l'issue d'une cérémonie religieuse oecuménique dans le hall de l'aéroport du Lamentin. "Vous n'êtes pas seuls", a-t-il lancé à la foule en deuil, avant d'annoncer à la presse qu'un "hommage national" serait rendu aux victimes mercredi 24 août à Fort-de-France. Le ministre devait rencontrer mercredi en fin d'après-midi (heure locale) à Caracas le président vénézuélien Hugo Chavez, ainsi que ses ministres des Transports et de l'Intérieur.

Le ministre de l'Outre-mer a affirmé que le gouvernement allait "s'assurer que les familles souffrent le moins possible, s'occuper des plus fragiles, des plus démunis". "La priorité, ce sont les familles. Il faut qu'elles soient informées en même temps que les élus", a-t-il déclaré. Il a indiqué encore qu'il voulait rapidement "évaluer les besoins de coordination entre actions vénézuéliennes et françaises", précisant que les corps ne pourront pas être rapatriés "tant qu'ils n'ont pas été identifiés".

La France renforce son dispositif consulaire et diplomatique

De son côté, le ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a annoncé à Paris qu'il se rendrait "si possible dès samedi" à Maracaibo, en compagnie de familles de victimes.  "Une antenne avancée de notre dispositif a été mise en place au plus près du site de la catastrophe à Maracaibo avec 3 personnes", a-t-il ajouté, annonçant "l'arrivée de renforts en provenance de Paris : 5 personnes dont 4 diplomates et un médecin-psychiatre".

Selon le ministre des Affaires étrangères, "dans les prochains jours, notre effort devra porter sur les points suivants : soutien auprès des familles (...) mise en place du processus d'identification des corps - l'élément le plus douloureux - et enfin collaboration dans le domaine judiciaire entre magistrats français et vénézuéliens pour conduire les procédures en cours en bonne harmonie".  Des réunions regroupant tous les fonctionnaires en charge du dossier (Intérieur, Outre-mer, Défense, Transports, Justice et Tourisme) sont prévues chaque jour à Paris, a ajouté Philippe Douste-Blazy.

Contacts:

Cellule de crise de la préfecture
à Fort-de-France : 05 96 39 38 92 
Cellule interministérielle de crise :
0800 174 174
Site du ministère de l'Outre-mer :
www.outre-mer.gouv.fr
Contacts pour les familles à
la West Caribbean : 
(57-4) 3625050, poste 213

311 3077823 

Emotion et solidarité après le crash qui a causé la mort de 152 passagers.
En Martinique: «La priorité, c'est de voir les corps»
Par Virginie GOMEZ


Aéroport du Lamentin envoyée spéciale, jeudi 18 août 2005 (Liberation - 06:00) - Hier, une courte cérémonie réunissant toutes les communautés religieuses de la Martinique a eu lieu dans la salle de l'aéroport du Lamentin où, la veille, à peu près à la même heure, les familles ont appris l'irréparable. En 24 heures, c'est un deuxième pic d'émotion. A nouveau, des syncopes, des évanouissements, des cris de désespoir, comme celui de cette petite fille appelant sa maman. La famille Germany fait front : André, Delphin, Rosemonde et Nelly ne sont plus. Adolescent dégingandé, Hervé erre comme une âme en peine, désormais orphelin. Pour lui, ce mot désigne seulement une peine immense.

Identification. Heureusement, ici, les familles sont soudées. Claudine Erynger-Glondu a perdu oncle et tante Germany dans la catastrophe. «Dans cette cérémonie, nous sommes unis, dit-elle. C'est un réconfort.» Pour le moment, la famille fait front. Elle ne voulait pas parler, Claudine veut pourtant se faire entendre car une seule chose lui tient à coeur : se rendre au Venezuela et ramener les proches en Martinique. «Il faut aussi qu'au moins deux membres de chaque famille partent pour qu'on puisse se soutenir les uns les autres», insiste-t-elle. Son cousin qui a perdu son père renchérit : «La priorité pour le moment, c'est de voir les corps.»

Déjà 130 familles ont fourni les éléments nécessaires pour l'identification. De son côté, le ministre François Baroin, le ministre de l'Outre-Mer, a assuré qu'il demanderait qu'une personne par victime puisse se rendre à Maracaibo, la ville du Venezuela où une chapelle ardente abrite les corps des victimes. Les lieux du sinistre en revanche risquent de rester inaccessibles, en raison de problèmes de sécurité. Sur les restes de l'épave et les corps qui ont pu être récupérés, il n'y a pour le moment, selon le ministre, aucune information précise.

François Baroin, qui a lui-même perdu son père dans un accident d'avion, a encouragé les familles. Il les a rencontrées les unes après les autres dans la grande salle de l'aéroport. Il a également annoncé qu'une journée d'hommage national sera rendue le 24 août à Fort-de-France. «Personne en France, à Paris, à Bordeaux, ne peut se sentir indifférent à la douleur des familles», a-t-il déclaré.

Rapacité. En marge de l'attroupement autour du ministre, Huguette Edmond tremble comme une feuille. Elle a perdu ses meilleures amies dans le crash, dont Ghislaine, sa camarade d'enfance, «Ghislaine, dire simplement son nom me broie les entrailles». Elle en veut à la terre entière, à commencer par «l'argent qui prime sur tout, y compris sur les êtres humains». Pour elle, il ne fait aucun doute que le crash est dû à la rapacité des compagnies aériennes. Elle est proche de familles qui comptent désormais des orphelins et s'interroge : «Comment va-t-on expliquer à des enfants de 13 ans que leurs parents sont partis en vacances et qu'ils ne reviendront jamais ?»

C'est une question à laquelle tentent de répondre les psychologues déployés, depuis hier, dans toutes les communes touchées par le sinistre. Alex Bottius est psychiatre, membre de la cellule d'urgence médico-psychologique, qui a reçu environ 250 personnes en 24 heures. «Ce qui touche particulièrement, c'est la souffrance des orphelins, il y a des adolescents qui ont perdu père et mère dans cet accident.» L'Etat a promis aux familles des victimes une aide via un fonds de solidarité, selon le psychiatre, mais ce qui compte le plus, c'est la solidarité des familles.

Une solidarité qui fonctionne depuis deux jours à plein régime dans cette petite île d'environ 400 000 habitants. «Le plus dur est à venir, le retour des corps, la chapelle ardente», estime Alex Bottius. Le suivi psychologique va durer des mois, il faudra identifier rapidement les signes cliniques inquiétants, l'insomnie, l'excitation, autant de symptômes de chagrin et de souffrance. Le drame est omniprésent, dans les postes de radio et de télévision allumés en permanence, les drapeaux en berne, la solidarité de familles qui se rendent visite et discutent jusque tard dans la nuit. Un jeune marié se retrouve veuf après quinze jours d'union, une mère pleure son fils.


Crash au Venezuela: identification des corps et hommage national le 24 août

MARACAIBO (Venezuela), AFP, mercredi 17 aout 2005, 23h10 - Un difficile travail d'identification a commencé à Maracaïbo, au Venezuela, sur les corps des 152 Martiniquais et 8 Colombiens tués mardi dans le crash d'un MD-82, qui a fait le plus grand nombre de victimes françaises de l'histoire de l'aviation.

Les passagers étaient dans leur quasi-totalité des habitants de la Martinique partis pour une semaine en vacances au Panama.

Environ 300 proches des 152 victimes françaises de l'accident d'avion arriveront jeudi à Maracaibo, depuis la Martinique, a indiqué mercredi a l'AFP le consul de France à Caracas, Thierry Moulins.

"Les familles arrivent (jeudi). On table sur 300 personnes pour la chapelle ardente" qui sera installée à Maracaibo, la deuxième ville du pays, située à 170 km du lieu de l'accident.

Le ministre francais de l'Outre-mer François Baroin qui est attendu jeudi en fin de matinée à Maracaibo, doit se rendre à Machiques où le biréacteur McDonnell Douglas MD-82 de la compagnie colombienne West Caribbean Airways s'est écrasé.

De son côté, le ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a annoncé à Paris qu'il se rendrait "si possible dès samedi" à Maracaibo, en compagnie de familles de victimes.

Arrivé mercredi matin en Martinique pour apporter le soutien de la France aux familles et proches des victimes de la catastrophe, François Baroin les a assuré de "l'immense solidarité nationale", à l'issue d'une cérémonie religieuse oecuménique dans le hall de l'aéroport du Lamentin.

"Vous n'êtes pas seuls", a-t-il lancé à la foule en deuil, avant d'annoncer à la presse qu'un "hommage national" serait rendu aux victimes mercredi 24 août à Fort-de-France.

François Baroin devait rencontrer mercredi en fin d'après-midi (heure locale) à Caracas le président vénézuélien Hugo Chavez, ainsi que ses ministres des Transports et de l'Intérieur.

Les cadavres de plus de 140 personnes, horriblement mutilés par la violence du choc, ont déjà été acheminés par camion et hélicoptère vers deux morgues de Maracaïbo, grande ville située à 550 km au nord-ouest de Caracas.

Des centaines de militaires, agents de la Protection civile et de la Croix-Rouge ainsi que des experts en aéronautique ratissaient la zone du crash, une zone marécageuse près de Machiques, à 50 km à l'ouest de Maracaïbo, pour trouver des restes humains et des indices sur les circonstances du drame.

Les deux boîtes noires de l'avion, un bi-réacteur MD-82, ont été retrouvées, a annoncé la protection civile vénézuélienne, qui a aussi estimé que "plus de 90% des corps des victimes ont été récupérés".

"Le travail d'identification est rendu très difficile par l'état des cadavres", a expliqué la police scientifique.

A Bogota, la compagnie charter West Caribbean, qui a suspendu mercredi ses vols réguliers à destination de l'Amérique centrale et des Caraïbes, était de plus en plus sur la sellette.

Le président colombien Alvaro Uribe a convoqué d'urgence mercredi une réunion avec les responsables de l'aviation civile pour vérifier si West Caribbean avait été soumise à tous les contrôles prévus en matière de sécurité.

L'association colombienne des pilotes a affirmé qu'elle avait "à plusieurs reprises" alerté les autorités aéronautiques. Selon l'association, un grave accident d'un petit avion Let 410 de West Caribbean en mars dernier, qui avait fait 8 morts, lui avait "ouvert les yeux".

De son côté, le commissaire européen aux Transports, Jacques Barrot, a indiqué que Bruxelles envisageait de publier via internet une "liste noire" des avions et compagnies aériennes ayant fait l'objet "de mesures d'interdiction" ou de "réduction de vol".

Les causes de la catastrophe, la plus meurtrière de l'histoire en termes de victimes françaises et la quatrième dans le monde depuis le début du mois d'août, demeuraient inconnues mercredi.

Le crash du MD-82, qui d'après les premiers éléments semble avoir été provoqué par des problèmes quasi-simultanés sur les deux moteurs de l'appareil, laisse différents experts penser que le carburant pourrait être à l'origine de l'accident.

Selon les autorités vénézuéliennes, le pilote de l'appareil a envoyé un signal de détresse vers 07h00 GMT faisant état d'une avarie sur un moteur, avant de reprendre contact quelques minutes plus tard en signalant une panne sur le second réacteur.

Ensuite, l'avion est descendu en piqué à très grande vitesse (2.000 mètres par minute) avant de s'écraser entre 07h30 et 07h45 GMT.

Des témoins ont vu "une immense boule de feu" avant d'entendre "une forte explosion".

©AFP - Photographies du drame


Image télé de la zone où l'avion colombien s'est écrasé le 16 août 2005 au Venezuela

Des corps de victimes du crash de l'avion de la West Caribbean, le 16 août 2005 2005 à la morgue de Maracaïbo

Les proches des passagers du vol de la West Caribbean à l'aéroport de Lamentin sur l'île de la Martinique le 16 août 2005

Localisation de l'accident d'avion au Venezuela

Des corps de victimes ont été retrouvés sur le site du crash le 17 août 2005

Le consul français à Caracas Thierry Moulins sur les lieux du drame le 17 août

Les restes de l'avion de la West Caribbean, le 17 août, qui s'est écrasé au Venezuela

Des débris de l'avion de la West Caribbean, le 17 août, qui s'est écrasé au Venezuela mardi

Les corps de quelques-unes des victimes du crash de la West Caribbean, déposés à la morgue de Maracaibo au Venezuela le 17 août 2005

Une famille de victimes du crash quitte le 17 août la cellule psychologique installée à l'aéroport du Lamentin en Martinique
   
   

Accident au Venezuela: hommage aux victimes jeudi en Martinique

FORT-DE-FRANCE (AP), mercredi 17 aout 2005, 16h56 - Serge Larcher, sénateur-maire du Diamant et président de l'Association des maires de Martinique, a annoncé mercredi à Fort-de-France qu'un hommage serait rendu jeudi aux victimes de l'accident de l'avion de la West Caribbean Airways au Venezuela.

"Nous invitons tous les Martiniquais à venir exprimer leur solidarité avec les familles endeuillées, et ceci dès demain 9h au stade de Dillon", a-t-il dit sur la chaîne France O en précisant que ce stade devrait accueillir une chapelle ardente.

M. Larcher, interrogé à l'issue de la cérémonie oecuménique organisée dans la matinée à l'aéroport du Lamentin, a ajouté que les maires martiniquais avaient décidé de mettre tous les drapeaux de l'île en berne et qu'une période de deuil de "deux mois" serait observée.

Par ailleurs, le président du conseil général de Martinique, Claude Lise, a annoncé mercredi l'envoi au Venezuela de deux élus: "un vice-président et un élu qui est plus spécialement compétent dans les affaires aériennes".

Ces conseillers généraux vont se rendre dès mercredi au Venezuela, a-t-il déclaré sur France O en ajoutant que le conseil régional avait également décidé d'envoyer deux élus. AP


Crash aérien au Venezuela: les 160 occupants tués, presque tous français

CARACAS (AFP), mardi 16 aout 2005, 23h03 - Un avion colombien transportant 152 passagers, tous des Français de Martinique, et huit membres de l'équipage colombiens s'est écrasé mardi dans l'ouest du Venezuela à la suite de problèmes mécaniques et il n'y a pas de survivants, ont indiqué les autorités de Caracas et de Bogota.

Il s'agit de la quatrième catastrophe aérienne depuis le début du mois d'août, pour un bilan total de 286 morts (la sortie de piste d'un Airbus A340 d'Air France le 2 août à Toronto, au Canada, n'avait pas fait de mort), et de la pire touchant des Français depuis au moins seize ans.

L'avion accidenté mardi, un biréacteur McDonnell Douglas MD-82 de la compagnie colombienne West Caribbean, effectuait une liaison entre le Panama et la Martinique (département français des Antilles) et s'était dérouté vers le Venezuela à la suite d'une panne de réacteur.

A Paris, l'administration de l'aviation civile a donné le chiffre de 153 passagers décédés, tous des Français originaires de l'île de la Martinique. La compagnie West Caribbean, qui avait enregistré 152 passagers, a indiqué qu'elle confrontait ses informations avec celles de Paris.

L'avion est tombé à très grande vitesse (2.000 mètres par minute) avant de s'écraser dans la zone montagneuse de la Sierra de Perija (nord-ouest du Venezuela), près du lac de Maracaibo, entre 03h30 locales (07h30 GMT) et 03h45, a annoncé le ministre vénézuélien de l'Intérieur Jesse Chacon.

Selon le directeur de l'aéronautique civile colombienne, le colonel Carlos Montealegre citant les pompiers sur place, "il n'y a pas de survivants" parmi les 152 passagers, dont un enfant, et les huit membres de l'équipage colombiens.

En juillet, West Caribbean, une compagnie fondée il y a seulement sept ans et en difficultés financières, avait dû suspendre ses vols pendant une semaine pour l'entretien de ses avions, à la suite d'un autre accident le 26 mars sur une île des Caraïbes colombiennes qui avait fait huit morts dont deux membres de l'équipage et six des 12 passagers d'un petit Let 410 de fabrication tchèque.

A Paris, le ministre français des Transports, Dominique Perben, a toutefois déclaré que l'avion avait "été contrôlé deux fois" depuis le printemps de cette année par les autorités françaises en Martinique, qui n'avaient fait "aucune observation particulière".

Le colonel Montealegre, de la protection civile colombienne, a assuré que West Caribbean était couverte par des assurances "valides" et que les familles seraient indemnisées.

Les victimes du MD-82 revenaient d'une semaine de vacances au Panama, selon la porte-parole d'une agence de voyages martiniquaise qui avait affrété le vol.

Des dizaines de proches en pleurs ont commencé à affluer à l'aéroport de Fort-de-France, où une cellule de soutien psychologique a été montée mais aucune information n'est diffusée en l'absence d'une liste définitive des victimes.

Le président Jacques Chirac a exprimé mardi sa "très vive émotion" après "l'épouvantable catastrophe aérienne qui s'est produite au Venezuela".

Selon l'aéronautique colombienne, le commandant de bord du MD-82 a lancé un signal de détresse vers 07h00 GMT.

"Le pilote a demandé l'autorisation de pénétrer dans l'espace aérien vénézuélien pour un atterrissage à l'aéroport de Maracaibo car il avait un problème avec un moteur", a déclaré le ministre vénézuélien Jesse Chacon.

"Peu après, il a indiqué qu'il avait aussi une panne sur l'autre moteur et à partir de ce moment-là, l'avion a commencé à chuter à raison de 7.000 pieds par minute (environ 2.000 mètres par minute) avant de s'écraser", a-t-il ajouté, en précisant que l'appareil avait décollé de Tocumen au Panama.

Des équipes de secours de la protection civile vénézuélienne et des hélicoptères de la force aérienne vénézuélienne ont été immédiatement envoyées sur les lieux de l'accident.

Selon le directeur de la protection civile vénézuélienne, Antonio Rivero, les autorités ont reçu un appel à l'aube signalant une explosion près du village de Machique, à 10 km de la Sierra de Perija. Des paysans ont vu "une immense boule de feu" puis ont entendu "une forte explosion", selon des sources sur place. Des images des télévisions ont montré la carlingue encore fumante de l'avion, entourée de sauveteurs en cirés jaunes, venus du Venezuela mais aussi de la région colombienne de Valledupar, située à 4 heures par la route.


Un avion se rendant en Martinique s'écrase au Venezuela

CARACAS (Reuters), mardi 16 aout 2005, 15h26 - Un avion de la compagnie colombienne West Caribbean Airways, se rendant de Panama en Martinique avec 152 personnes à bord, s'est écrasé au Venezuela à la suite de problèmes de moteurs.

Des soldats vénézuéliens recherchaient d'éventuels survivants mais leurs efforts pour atteindre le McDonnell-Douglas 80 étaient entravés par d'épais nuages et des pluies dans la zone de l'accident, proche de la frontière colombienne. Pour le ministre vénézuélien de l'Intérieur, Jesse Chacon, il y avait peu de chances de retrouver des rescapés.

L'appareil, précise le ministre, a modifié son itinéraire et demandé à pouvoir atterrir d'urgence à l'aéroport Chinita, à Maracaibo dans l'ouest du Venezuela, mais il s'est écrasé sur la Sierra de Perija près de la petite ville de Machiques.

Chacon a précisé que l'appareil avait signalé en pénétrant dans l'espace aérien vénézuélien qu'il avait un problème à un moteur, puis à un autre. C'est alors qu'il s'est écrasé, a dit le ministre.

Ce mois d'août a marqué par deux autres accidents aériens. Le 2, un Airbus d'Air France a pris feu à l'atterrissage à l'aéroport de Toronto, mais les 309 occupants de l'appareil ont survécu.

Le 14, un Boeing 737 de la compagnie chypriote Helios Airlines s'est écrasé à une trentaine de kilomètres au nord d'Athènes. Les 121 passagers et membres d'équipage sont morts dans la catastrophe.

A lire: MARTINIQUE: LISTE DES VICTIMES DU CRASH DU MD-82 DE LA WEST CARIBBEAN AIRWAYS, reliant Panama à la Martinique le 16 août 2005

Actualité internatioànale et africaine de sangonet (Revue de presse par Victor BISSENGUE)