Sorciers, voleurs et la justice sommaire

Qu'est-ce qui poussent des populations à faire justice elles-mêmes par lynchage sur la place publique ? C'est à imaginer que plus personne ne croit au rôle de l'Etat. Les difficultés sociales poussent aussi à des règlements de compte faciles; croit-on que le mauvais sort n'arrive jamais seul. Les cas de maladies et de décès sont souvent mis sur le même compte.
Face à la recrudescence des racketeurs et des truands qui courent librement les rues, des groupes de populations s'organisent. Alors, malheur à celles ou ceux qui sont présentés comme sorciers ou voleurs. Devenues des proies toutes désignées, ce groupe d'individus font souvent les frais du lynchage et ils y laissent parfois leur peau si aucune autorité publique (un chef de groupe, un agent de police, un gendarme) n'intervenait à temps.
Des populations qui ne se sentent plus protégées pensent que la justice n'est plus affaire de tout le monde - alors des dérapages commencent. Les individus soupçonnés, désignés ou indiqués deviennent très vite victimes au nom de la réparation d'une certaine injustice ou de dommages causés; ces auteurs supposés sont exposés sur la place publique. Il leur est imputé sans autre forme de procès la responsabilité d'une maladie, d'une mort (d'un enfant par exemple), ou d'une métamorphose. En tout état de cause, une amorce possible de ce problème passe par la restauration et la reconnaissance de l'autorité des chefs de villages, des chefs de quartiers; puis l'assurance de la sécurité publique et de l'égalité devant la loi.


Multiplication de lynchages de "sorciers" en Centrafrique
(AFP, Bangui, 13 avril 2001 - 11h34)

Soupçonnées d'être responsables de décès "suspects", une trentaine de personnes présentées comme des "sorciers" ont été lynchées depuis le début de l'année en Centrafrique, où les familles des défunts croient plus en la sorcellerie qu'en la justice des hommes.

Dans des quartiers populaires de Bangui ou des villages isolés de brousse, certains Centrafricains éprouvés par la mort d'un proche n'hésitent pas à tuer sans autre forme de procès le "sorcier" qu'ils pensent avoir démasqué.

La police centrafricaine, qui arrive souvent trop tard pour sauver les présumés "sorciers", a recensé dans le pays plusieurs centaines de victimes de cette vindicte populaire entre 1997 et 2001, dont une trentaine rien que dans les premiers mois de l'année en cours.

Le quotidien centrafricain Le Citoyen, qui évoque cette "montée en puissance de la justice populaire" dans deux récentes éditions, relate plusieurs cas de lynchage à Bangui même.

Ces meurtres touchent souvent des personnes âgées, explique le journal qui cite le cas de Marie, une vieille dame du quartier "Bruxelles" massacrée mardi par des habitants qui l'accusaient d'avoir "envoûté" un jeune homme.

"Marie est battue à coups de barre de fer, de hache, de coupe-coupe, et elle rend l'âme sous les décombres" de sa maison, ajoute le journal.

Parfois, le sorcier est un membre de la famille du mort, ce qui n'empêche pas cette dernière de rendre elle-même sa "justice", comme cette habitante de Bangui de 60 ans, "rouée de coups" par ses neveux et nièces qui "avaient constaté de multiples cas de morts dans leur lignée", assure le quotidien.

"Malgré l'existence de juridictions compétentes, la justice populaire prend de plus en plus une proportion inquiétante en République centrafricaine", déplore Le Citoyen, qui se refuse toutefois à nier la véracité des actes de sorcellerie.

Dans ce pays d'Afrique centrale, où les croyances ancestrales restent encore vivaces, il est en effet considéré comme dangereux de mettre en doute publiquement l'existence des sorts, envoûtements, "gris-gris" et autres pratiques occultes.

Il ne se passe non plus une semaine sans que la presse locale ne rapporte des affaires de "Likoundou" ("sorcier" en sango, la langue nationale), quand ce ne sont pas les "Ouroukouzou", ces sorciers de l'est de la Centrafrique qui envoûtent et tuent de paisibles villageois pour dompter leurs fantômes réduits à l'état d'esclavage ou métamorphosés en bétail.

Dans ce contexte, l'apparence douteuse d'un vieillard aux "yeux rouges", les "pratiques nocturnes" d'un habitant du quartier ou son absence aux veillées funèbres des voisins trahissent à coup sûr le "sorcier", expliquent des Banguissois, dont la plupart sont persuadés que derrière toute mort se cache un maléfice.

Mu par la soif du mal ou la jalousie, le sorcier mérite toujours la mort, estiment les proches des "victimes" qui vont parfois jusqu'à le brûler vif ou l'enterrer vivant.

Les bourreaux n'ont guère confiance en la justice de leur pays, d'autant plus que cette dernière, non seulement n'applique plus la peine capitale, mais défend aussi la présomption d'innocence.

"La population ne comprend pas l'exigence de la loi", souligne un magistrat du tribunal de grande instance de Bangui qui, fort de son expérience professionnelle, se dit pourtant convaincu de l'existence de la sorcellerie.

"Parfois, il nous est difficile de prouver les faits. Mais des circonstances précises peuvent aussi démontrer sans ambages la culpabilité d'un individu", ajoute le magistrat qui préfère garder l'anonymat.

"La justice ne fait rien", s'exclame de son côté Benoît, un père de famille persuadé que son jeune fils est en train de mourir parce qu'un sorcier l'a envoûté.

"On va l'arrêter aujourd'hui et demain il sera libre", affirme-t-il, ajoutant d'un air déterminé et sans appel: "la solution, c'est de le tuer".


Analyse : Problématique et l'éducation de la population centrafricaine

Il me semble que la vrai question qui se pose à nous ici n'est pas celle de l'impuissance de l'état (ce qui serai trop facile), mais réellement une problématique lié à l'éducation.

En effet, pour moi ce genre de comportement traduit le retard que notre pays accuse et accumule dans la formation et ou l'instruction de sa population (les enseignants et autres formateurs me reprendront sur la véritable distinction entre instruction et formation).

Un jour un wakodro avait signalé les différentes possibilités qu'offraient les programmes des nations unies quand aux projets dans nos pays. Il a même dit avoir bénéficier à une époque d'un tel programme qui lui a permis d'intervenir en centrafrique (excuser mon imprécision car je n'ai malheureusement pas garder le texte de ce frère).

A ce jour aucunes initiatives pour proposer de mettre en place un programme visant à soutenir l'éducation dans notre pays sous quelques formes que ce soient (sinon corrigé moi).

Nous faisons montre de grandes capacités intellectuelles à disséquer et ressasser différents sujets hautement politiques, mais rien de concret. Il suffit de voir notre silence lorsqu'un des nôtres nous propose d'agir concrètement (je ne vous citerais pas tous les projets avortés ici et là).

Bref, l'environnement lié au likoundous ou autres ourkouzous n'est pas nouveau mais ce que nous devons combattre c'est cette justice personnelle aveugle qui ne trouve pas d'excuses. Car elle nous ramène au rang de barbares ce qui n'est un sujet de fierté pour personne.

Pour ma part, il nous faut continuer les actions d'informations par des actions de terrain même de petites envergures, on en récoltera les fruits plus tard.

Dans la situation actuelle je ne vous fais pas de propositions car je cherche encore le meilleur moyen de fédérer le maximum de personnes autour d'un projet novateur et porteur. Alors, peut-être à bientôt autour de cette idée. Joyeuse Pâques.

E. ZOKOEZO
(origine KODRO , 14 avril 2001 - 16:20:26)


Les nouvelles brèves de Centrafrique (suite 1)