Pour la tenue d'une Conférence nationale en Centrafrique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Centrafrique doit renaître...

 

 

 

 

Réflexion sur la Situation en Centrafrique

et

proposition d'une solution de sortie de Crise

 

 

par

Manembou Terence P.

Prolégomènes

Une Centrafrique enfin unie, résolument déterminée à éradiquer la misère et la division ethnique pour œuvrer dans le sens du progrès et l'amélioration sensible des conditions de vie de ses habitants, en prenant les moyens qui s'imposent, tel est le seul rêve que nous caressons en choisissant de nous exprimer à travers cet écrit. Loin de nous l'intention de verser dans les discours politico-politiciens ou des polémiques inutiles qui cultivent la division et l'exclusion et déterminés par intérêts personnels.

L'heure n'est plus ni à la tergiversation, ni à la passivité, encore moins au fanatisme ou à la division sur quelque base que ce soit. L'heure est à la sortie de la léthargie et de toute sorte de compromission pour s'unir dans la dynamique du Kodro oko (un seul pays), Mènè oko (un seul sang), Amolengè ti baba oko (enfants d'un seul père), Barthélemy Boganda, pour réaliser ensemble la renaissance centrafricaine. La Construction d'une Centrafrique nouvelle et prospère incombe aux Centrafricaines et Centrafricains et à eux seuls. Et cela constitue une urgence dans ce contexte de mondialisation et de la Nouvelle Initiative Africaine.

Notre écrit se veut être une invitation pressante aux Centrafricains et Centrafricaines, du Nord comme du Sud, de l'Est comme de l'Ouest, gouvernants comme gouvernés, à s'unir et à se poser enfin en acteurs et maîtres de leur destinée, par des options et des actions concrètes susceptibles de transformer radicalement la société centrafricaine longtemps marquée des maux de toute sorte.

Oui ! Il est temps d'amorcer la reconstruction sérieuse de notre nation, la République Centrafricaine (RCA). Il est temps de redonner l'espérance au peuple centrafricain, cela non plus par des discours ou des promesses, mais par des actions concrètes qui transforment les causes de sa misère en source de bonheur et de joie.

Introduction

La situation désastreuse dans laquelle se trouve la Centrafrique et sa population ne passe plus inaperçue. Elle ne fait plus l'objet d'un débat contradictoire entre centrafricains de différentes couches. En tout cas, elle n'échappe pas à l'attention de la communauté internationale qui, à travers le Secrétaire Général de l'ONU ou encore du Conseil de sécurité, a exprimé, il n'y a pas longtemps, sa profonde préoccupation devant la précarité et la détérioration de la situation politique et socio-économique de ce pays en prise à une crise qui n'a que trop duré.

Devant cette situation de tragédie humaine, un seul souhait domine les esprits: voir la Centrafrique retrouver le plus tôt possible le chemin de la paix, de la stabilité et de la croissance. Ce souhait de voir la Centrafrique renaître de ses cendres, de la violence, de la division et de la paupérisation est d'autant plus grand que sa crise commençait à compromettre la stabilité de la sous-région. Dès lors, la question qui se pose avec acuité est celle de savoir quelle est la solution la plus judicieuse à la crise centrafricaine, susceptible de sortir définitivement la Centrafrique du cycle infernal de la violence et d'amorcer ce qu'il convient d'appeler la renaissance centrafricaine.

Nombreuses sont les initiatives de la communauté internationale visant à aider la Centrafrique à mettre fin à sa longue et interminable crise. S'il est vrai qu'une synergie avec la communauté internationale est très utile et nécessaire, un fait demeure cependant incontournable : la vraie et efficace solution à la crise centrafricaine ne saurait venir que des centrafricains eux-mêmes. C'est aux centrafricain(e)s, de quelque bord que ce soit, qu'il incombe, en premier chef, de chercher et trouver les voies et moyens de sortir définitivement de cette tragédie nationale pour enfin prendre part au concert des nations, dans ce contexte exigeant de mondialisation et de nouvelle initiative africaine. C'est à eux de prendre l'initiative et de s'engager de manière responsable dans la création des conditions propices à la paix durable et au développement du pays. Le changement réel et nécessaire ne peut se produire qu'à cette condition.

Ces quelques lignes se proposent de soumettre à l'appréciation, aussi bien de la population et des forces vives centrafricaines que de la communauté internationale (soucieuse de la cause centrafricaine), ce qui semble (à notre humble avis) la voie la meilleure pour la résolution de cette longue et interminable crise. Mais au préalable, il convient de faire une esquisse de cette crise dans ses grandes lignes et de considérer succinctement les récentes initiatives visant à exorciser le mal centrafricain.

 

1. L'état des lieux

Complexe et multidimensionnelle, la crise centrafricaine s'articule essentiellement en trois points : désastre économique et financier, tragédie sociale et décrépitude politico-militaire.

1.1. Désastre économique et financier

Le drame centrafricain trouve sa racine principale dans la situation désastreuse dans laquelle se trouve son économie et avec laquelle le pays cohabite passivement depuis au moins deux décennies. Monsieur Robert Calderisi, le directeur régional pour l'Afrique centrale de la Banque mondiale, avait encore récemment qualifié la situation économique de la Centrafrique de 'dramatique'.

En dépit de ses nombreuses richesses naturelles (sol, sous-sol, faune, flore, réseau hydrographique...) et de ses exportations (diamants, bois, café, coton), la RCA semble n'avoir pour ressources financières que ses recettes fiscales. Depuis deux décennies, l'Etat centrafricain brille par son incapacité à honorer les dépenses de souveraineté, de fonctionnement et d'investissement qui lui incombent. Jusqu'aujourd'hui il n'arrive pas à faire face aux salaires des fonctionnaires, pensions des retraités, bourses des étudiants, pour ne citer que ça, consacrant ainsi continuellement une accumulation des arriérés intérieurs et extérieurs.

A cela s'ajoute la déconfiture des maigres infrastructures et structures de productions qui ont échappé à la destruction et au pillage pendant les mutineries, la quasi-absence de nouveaux investissements, la fermeture de certaines entreprises, la régulière perturbation des activités économiques par les conflits armés.

1.2. Tragédie sociale

Ce long désastre économique et financier n'a pas été sans entraîner de très lourdes conséquences sur la vie sociale, et les mots peuvent trahir quand il s'agit d'en faire sentir la portée. Le moindre qu'on puisse dire, c'est que l'on assiste à une croissance exponentielle de la misère, forçant la majorité des foyers centrafricains à vivre dans des conditions infra-humaines. Le manque cruel d'argent résultant du non-paiement des salaires, pensions et bourses et du chômage très répandu expose bon nombre de familles à la disette et à l'impossibilité de faire face aux frais de santé et de scolarité.

La situation de la jeunesse, 'avenir du pays', est plus que tragique. L'éducation des jeunes complètement bâclée. Et les établissements scolaires, pour la plupart dans un état d'extrême délabrement, sont loin d'offrir un cadre propice d'études. Mal formée ou de plus en plus analphabète, la jeunesse centrafricaine se trouve sans repère véritable, sans perspective ni confiance en l'avenir. Vouée à la dépravation, elle se livre à toutes sortes d'immoralité notamment la prostitution qui l'expose au Sida. Les centres hospitaliers, quant à eux, dépouillés de matériels, de médicaments et parfois de personnel qualifié, sont devenus de véritables mouroirs..

La crise sociale centrafricaine se traduit également par l'éclatement des familles, la division et la haine inter-régionales, l'exile ou la fuite dans les pays voisins de ceux qui craignent pour leur vie, l'insécurité et le banditisme renforcés par la dissémination des armes au sein de la population. Oui, la Centrafrique est bel et bien plongée dans une situation de tragédie sociale.

1.3. Crise politico-militaire

Si le problème centrafricain est loin de s'enraciner dans la crise politico-militaire, celle-ci constitue indubitablement un facteur d'aggravation. En effet avec les mutineries menées par des officiers, en majorité, de l'ethnie Yakoma, plus fidèles à Kolingba qu'aux institutions en place, l'on a assisté : du point de vue économique, à la destruction d'un grand nombre d'unités de production ; et du point de vue social, à une division de la population sur la base de l'appartenance ethnique, à une dissémination des armes de guerre orchestrée par le gouvernement pour faire un contre-poids à une armée pro-Kolingba, à la constitution des milices armées ethniques chargées parfois d'accomplir des assassinats politiques. Inutile de souligner que la dissémination des armes au niveau de la population civile, essentiellement dans les quartiers Nord de Bangui, a suscité la croissance du banditisme, de vols à main armée et de l'insécurité.

Toute cette situation résulte de fait d'une 'ethnocratie' (exercice du pouvoir par un seul groupe ethnique) instaurée par Kolingba mais adoptée par Patassé qui a continué dans la même logique en opérant une mainmise de son parti et des siens sur l'administration. C'est dans cette même logique que la re-fondation d'une armée nationale, au lendemain des mutineries, s'est réduite à la mise en place d'une armée et d'une gendarmerie essentiellement nordistes. Le putsch manqué du 28 mai 2001 et le conflit armé qui a fait suite à la tentative d'arrestation de l'ancien chef d'état major François Bozizé ont entraîné l'éclatement de l'armée centrafricaine au profit des milices ethniques. La garde présidentielle, pléthorique et sur-armée composée essentiellement de Saras et d'anciens rebelles tchadiens constitue, avec la gendarmerie, un instrument de répression commettant des actes de tortures, des exécutions extra-judiciaires et des éliminations physiques souvent mises au compte du banditisme. Par ailleurs, la présence des militaires dissidents en République Démocratique du Congo et au Tchad constitue pour la RCA un véritable risque de rébellion au Nord et au Sud si l'on ne s'attelle pas à créer les conditions d'une véritable réconciliation nationale et du retour des réfugiés centrafricains.

Au niveau politique, l'ignorance des règles du jeu démocratique et l'accumulation des frustrations allant jusqu'à créer des inimitiés donnent lieu à un dialogue de sourd entre la classe dirigeante et l'opposition. La première soupçonne l'opposition de vouloir exploiter la crise sociale pour renverser le régime. L'opposition de son côté ne rate pas l'occasion de réclamer la démission du Président Patassé, démission qu'elle trouve comme voie de résolution de la crise centrafricaine. Il faut aussi relever le fait que le 'dialogue politique' tourne facilement autour de la question d'un gouvernement de large ouverture qui, jusque-là, est loin de constituer une solution efficace au problème centrafricain.

Somme toute, la Centrafrique se présente comme un Etat en décadence, sans signe d'un avenir prometteur et rassurant. L'extension d'une misère de plus en plus inhumaine et déshumanisante qui contraste avec l'opulence de certains privilégiés du régime, les divisions, l'accumulation des frustrations et l'impatience devant une crise économique et financière qui semble toujours être loin de trouver une solution sérieuse font que la Centrafrique est chaque fois au bord d'une implosion sociale.

Il est donc impérieux et urgent de mettre fin à cette dérive qui ne cesse d'accabler le peuple centrafricain en prenant enfin les moyens qui s'imposent pour éradiquer le mal. La question qui peut se poser est celle de savoir quels sont ses moyens, autrement dit, quelle est la solution appropriée à la crise centrafricaine. Mais avant d'en venir à la considération de tout ce qui a été entrepris récemment en vue de résoudre le drame centrafricain et de faire état de notre proposition, il serait intéressant de chercher à repérer la ou les causes de la dérive centrafricaine.

1.4. Les causes de la dérive centrafricaine

Il faut avouer que cerner les causes profondes de cette crise multidimensionnelle et de plus en plus complexe est loin d'être une tâche facile. Et les avis pourraient diverger selon les tendances et la position sociale. D'aucuns pourraient présenter les arriérés de salaires, de pensions et de bourses comme étant la source du problème. D'autres évoqueraient le manque de confiance, l'esprit régionaliste, le goût du pouvoir et l'esprit putschiste, la régionalisation de l'armée ou encore la mauvaise gouvernance comme étant à l'origine de la dérive centrafricaine.

Cependant, au-delà des différents éléments que nous pouvons tenir pour causes, il nous semble indubitable que la racine du mal centrafricain réside dans les structures qui régissent la vie économique et la gestion des ressources financières. A l'actif de cette perception, il y a un certain nombre de situations ou d'interventions que l'on peut relever.

Il y a d'abord à souligner la page du procès de Bokassa portant sur le crime économique. Ce procès a permis de mettre en exergue les défaillances et le dysfonctionnement d'un système économique amplement ordonné aux profits personnels des détenteurs du pouvoir politique. C'est en effet cette déviation structurelle qui, ayant entraîné la situation des arriérés de salaires, a abouti au célèbre et héroïque mouvement de grève des étudiants du 18 janvier 1979 qui avait pour mot d'ordre : " Payez nos parents ".

Nous pouvons par ailleurs évoquer la recommandation des Institutions Financières Internationales qui appelle les dirigeants centrafricains à réaliser le plus rapidement possible des réformes économiques. Est éloquente cette observation d'une mission desdites institutions qui soulignait avec étonnement que le Trésor Public privilégiait le règlement des fournisseurs au détriment des salaires. (Inutile de s'attarder sur l'identité de ces fournisseurs.)

Comme autre élément pouvant permettre d'apprécier la cause principale de la dérive centrafricaine, il y a ce constat de la commission des Premières Assises Nationales de l'Economie et des Finances chargée d'étudier la question de " Bonne gouvernance et performance économique ". Constat faisant état d'une mauvaise gouvernance érigée en méthode de gestion. Ladite commission a décrié une gestion des ressources de l'Etat caractérisée par une totale opacité qu'elle présente comme une des causes profondes du mal centrafricain.

Enfin, nous pouvons évoquer les dénonciations courageuses du Président de l'Assemblée Nationale Centrafricaine, L. A. Dondon, qui a affirmé que " le Trésor public, point névralgique de l'exécution du budget, est mis en coupe réglée par une bande mafieuse qui se livre à d'épouvantables détournements et d'autres malversations financières au détriment de la nation ". Le même Président critiquait déjà en décembre la gestion chaotique des finances publiques de la Centrafrique en déclarant que " des caisses parallèles sont ouvertes pour alimenter des comptes personnels au détriment du Trésor public ". Faut-il ajouter à la liste les nombreux voyages au budget très élevé du Président Patassé alors que l'Etat semblait être incapable de faire face au règlement des salaires, des pensions et des bourses ?

Sans vouloir accuser ou incriminer qui que ce soit, tous ces propos visent à souligner que la cause principale du mal centrafricain réside dans les systèmes ou structures qui régissent la gestion du Bien commun. Systèmes qui consacrent une gestion frauduleuse et chaotique des ressources de l'Etat, forçant la majorité de la population à vivre dans des conditions infra-humaines et favorisant l'enrichissement constant d'une minorité détentrice du pouvoir politique. Le procès de Bokassa qui a dévoilé cette faille aurait pu conduire aux corrections qui s'imposent pour faire place à la bonne gouvernance. Mais l'on est forcé de noter que nul n'osera couper la branche sur laquelle il est assis ; il n'y a peut-être pas lieu de se faire trop d'illusions dans ce sens.

Précisons au passage que, personnellement, nous sommes loin de ceux qui pensent qu'il suffit de changer de régime pour voir se réaliser les aspirations les plus fondamentaux du peuple. C'est au contraire le meilleur moyen d'ajourner la réalisation des changements qui s'imposent et de pérenniser la crise, s'exposant à des déceptions plus amères. Le passage de Kolingba à Patassé doit être instructif à ce sujet. Nous devons tous reconnaître, fort de notre expérience que le meilleur moyen de résoudre définitivement nos problèmes c'est d'arracher les solutions qui s'imposent, dans toutes leurs radicalités avec le régime en place. Cela dit, plutôt que d'attendre le prochain régime ou de gaspiller de l'énergie et de semer la division en s'attaquant au régime en place, ce à quoi il faut s'attaquer, c'est l'aspect vicieux d'un système que des hommes sans sens de vertu exploitent allègrement au mépris de tout un peuple. Et il faut le faire maintenant, sans faiblesse et sans ménagement, et donc avec toute la radicalité que cela impose, sous le régime en place actuellement.

 

2. Solutions à la crise centrafricaine

2.1. Les tentatives de résolution de la crise centrafricaine

Nombreuses sont les tentatives de résolutions de la crise centrafricaine et ce, venant du gouvernement, de l'opposition ou de la communauté internationale. Nous évoquerons succinctement les plus récents et plus significatifs.

2.1.1. Initiatives du gouvernement

Au chapitre des efforts déployés par les autorités politiques pour juguler la crise centrafricaine nous pouvons mentionner, parmi les plus significatifs au lendemain des élections présidentielles de septembre 1999 et du putsch manqué du 28 mai 2001 (la liste n'est pas exhaustive) :

2.1.2. Initiatives de l'opposition

L'opposition quant à elle a brillé par ses analyses, prises de positions et propositions de sortie de crise qu'elle a rendues publiques au fil des tensions qui ont émaillé la vie nationale. A ce sujet, on peut mentionner :

2.1.3. Initiatives de la communauté internationale

Après les nombreux efforts de la communauté internationale pour aider à ramener l'ordre et la paix en Centrafrique, au lendemain des mutineries de 1996-1997, la République centrafricaine bénéficie une fois de plus de la mobilisation et de la solidarité internationale, et cela d'une manière très particulière après les événements du 2 novembre 2001 qui présentaient des risques d'une implosion sous-régionale. Allusion est ainsi faite aux tensions qui ont suivi la tentative d'arrestation de l'ancien chef d'état-major, François Bozizé, et son refuge au Tchad.

Nous saisissons cette occasion, en tant que centrafricain soucieux et sensible au bien être de son peuple, et au nom des heureux récipiendaires des gestes salutaires de la communauté internationale, pour exprimer notre profonde reconnaissance et notre gratitude à toutes les hautes personnalités qui n'ont pas hésité à intervenir de quelque manière que ce soit en faveur de la RCA. Nous citerons particulièrement le Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, et avec lui, les membres du Conseil de sécurité ; les présidents Omar Bongo, Muammar Kadhafi, Sassou Nguesso, Idriss Débi, Omar El Bechir, Paul Biya, Blaise Compaoré, Alpha Conaré et le Secrétaire général de l'OUA, Amara Essy, pour nous en tenir qu'à ceux-là.

Pour en venir directement aux interventions de la communauté internationale encore d'actualité nous pouvons évoquer :

2.2. Appréciation des initiatives

Toutes ces initiatives sus-évoquées ont certainement contribué à prévenir la RCA du pire. Tout au moins, elles présentent en certains points quelques bruns d'espoir de voir la Centrafrique amorce le chemin de la paix et de la renaissance. Mais, à notre humble avis, les orientations les plus déterminantes dans l'immédiat, quoiqu'étant positives et utiles, semblent être loin de constituer une voie de sortie définitive de crise de la Centrafrique. Les critiques que nous aimerions porter à ces initiatives sont de trois ordres.

D'abord la question économique. Les actions menées dans ce domaine sont essentiellement les Premières Assises Nationales de l'Economie et des Finances (PANEF) et les réformes économiques et de l'assainissement des finances menées par le Premier ministre Martin Ziguélé. Nous tenons à émettre un doute quant à la qualité et à l'efficacité des démarches entreprises par le gouvernement en vue de réaliser les réformes escomptées et améliorer la gestion des ressources du pays.

A l'actif de ce doute, il y a cette interpellation du Président de l'Assemblée nationale adressée au Premier ministre : " Comment prétendre assainir avec efficacité les finances publiques ou maîtriser les dépenses publiques pendant qu'au trésor, des cadres et agents ont installé un puissant système qui empêche les bonnes volontés d'assurer une saine gestion des deniers publics ? " Cette question est d'autant plus pertinente que ces cadres tenus pour 'intouchables' jouissent de l'inamovibilité et d'une certaine impunité.

Par ailleurs, les PANEF auraient pu servir de cadre pour la réalisation des corrections qui s'imposent à l'économie centrafricaine (réformes économiques et création des conditions d'une bonne gouvernance). Mais l'orientation donnée à cette rencontre et le temps qui lui a été impartie (deux jours avec cérémonies officielles d'ouverture et de clôture comprises) sont loin d'apportés une solution intéressante à cette grave crise économique et financière que connaît la RCA.

Ensuite la question de la force de maintien de la paix. Le redéploiement d'une force d'interposition est de toute évidence la solution privilégiée par le gouvernement pour résoudre la crise centrafricaine. Certes avec la dislocation d'une armée jusque-là ethnique et plus fidèle à des individus qu'aux institutions, la présence d'une telle force pourra être utile pour la consolidation de la paix et la prévention d'une rébellion au nord et au sud de la Centrafrique. Cependant, il y a tout à craindre que cette force ne serve plus la cause du régime Patassé que la nation centrafricaine. Et cela peut constituer une pesanteur dans la résolution profonde et sérieuse de la crise centrafricaine, étant entendu que la solution militaire ne touche en rien le problème de fond.

Par ailleurs en dépit du respect, de l'amitié et de la reconnaissance à l'endroit du Soudan nous avons des réserves à émettre quant à la rectitude de sa participation à la composition la force de maintien de la paix. Il faut déjà dénoncer au passage ce vice de procédure qui se traduit par le fait que le Soudan ait envoyé à Bangui une cinquantaine de militaires, en " précurseurs d'une force de maintien de la paix ", avant même que le Conseil de sécurité des Nations Unies n'ait donnée une réponse à la demande de l'OUA.

Les raisons qui motivent notre réserve et notre objection à sa participation sont les suivantes. Primo ce pays voisin est confronté à une rébellion dans sa partie australe. Et les bombardements sur la population civile sont encore d'actualité. Il est donc à craindre que la RCA serve de base arrière à cette fin. Secundo, comme la Libye, le Soudan vit dans la dynamique de l'intégrisme religieux musulman. Et personne bien informée ne saura faire fi de la rigidité de la relation entre musulmans et chrétiens au Tchad suite à l'arrivée des soudanais avec la prise de pouvoir de Débi en 1990. La Centrafrique est composée dans sa majorité de chrétiens et aussi d'un nombre non négligeable de musulmans que nous souhaitons à l'abri de tout intégrisme.

En somme, pour garantir une paix à long terme, aussi bien en Centrafrique qu'au Soudan, il est hautement souhaitable que ce dernier pays n'entre dans la composition de la force de maintien de la paix. Une force de la paix qui ne doit pas éclipser le devoir pressant de mettre en place une armée centrafricaine nationale et non plus régionale comme on l'a connu jusqu'ici.

Enfin la question du dialogue national. Si la force de maintien de la paix a été la solution privilégiée par le gouvernement pour résoudre la crise centrafricaine, le dialogue national, lui, est ce que réclame à cor et à cri l'opposition centrafricaine. Comme la requête du gouvernement, la recherche du dialogue entre les forces vives de la nation à un écho auprès de la communauté internationale qui n'a cessé de lancer des appels dans ce sens. C'est dans ce sens que le Bureau de l'ONU en Centrafrique (BONUCA) a initié récemment un dialogue réunissant la classe politique.

Ce dialogue a le mérite de mettre à nu la peur qu'éprouvait la classe dirigeante suite aux frustrations et aux blessures générées par les prises de position des deux camps au plus fort des tensions sociales. Il a également permis de prendre conscience de l'attitude à bannir et qui consiste à transformer une telle rencontre en une " tribune où chacun viendrait se blanchir et rejeter toutes les fautes sur l'autre " ainsi que l'a souligné le ministre des Finances Eric Sorongopé.

Cependant, faut-il attendre de cette rencontre d'être le cadre dans lequel le problème centrafricain devrait être discuté à fond en vue des solutions appropriées ? Nous pensons, pour ce qui nous concerne, qu'il est très important que la classe politique, pouvoir et opposition, transcende toute sorte de rancœur et soit à mesure de se produire dans un dialogue respectueux les uns des autres et constructif pour la politique à mener pour le plus grand bien du peuple centrafricain. Mais le dialogue national auquel la nation centrafricaine est en droit d'aspirer pour pouvoir sortir définitivement de sa longue crise multidimensionnelle est loin de se réduire au type de dialogue initié par le BONUCA. Dès-lors la question se pose de savoir : quel dialogue pour la crise centrafricaine ?

 

3. Jalons pour la renaissance centrafricaine

Le dialogue que la situation chaotique de notre pays la RCA exige de nous porte un nom : conférence nationale. Pour avoir osé employer cette expression qui est loin de faire bonne presse aujourd'hui et que beaucoup s'efforcent d'effacer de leur mémoire, quelques élucidations préliminaires s'imposent à nous.

3.1. Une lecture de l'expérience de la conférence nationale en Afrique

Les conférences nationales qui ont marqué le début de la démocratisation des années 90, dans beaucoup de pays africains, découlent essentiellement de l'expérience inédite et prolifique du Bénin. La conférence nationale du Bénin était née dans un contexte de crise profonde caractérisée par la banqueroute économique et financière et de très fortes tensions sociales, avec à la clef la paupérisation de la population.

Proposée par le président béninois Mathieu Kérékou en réponse aux nombreux appels à l'ouverture d'un dialogue à l'échelle nationale impliquant toutes les couches sociales, la conférence nationale du Bénin constituait pour ce pays alors en déliquescence la voie de sortie de crise et l'occasion d'un nouveau départ sur des bases neuves et solides. Elle a été pour le peuple béninois l'occasion de fixer courageusement les yeux sur les vraies causes du désastre national et de les corriger en prenant des mesures concrètes susceptibles de guérir le pays de ses maux. Le rapporteur de la conférence nationale béninoise, monsieur Albert Tévoédjré, présentait cette expérience comme étant pour le peuple béninois : " une reconquête de soi, de sa dignité de manière à reprendre l'initiative historique, la responsabilité de son destin, dans l'amitié avec les autres peuples et nations. "

Mais nombre de peuples africains ne seront davantage séduits que par la chute du régime militaire qu'à favoriser cette conférence. Soumis dans leur majorité aux méfaits et exactions des régimes de parti unique essentiellement dirigés par des militaires, et animés de l'espoir de faire tomber ces régimes autoritaires et de bâtir une véritable démocratie, ils vont très vite faire de la revendication de l'organisation d'une conférence nationale le fer de lance de leur combat.

Devant une mobilisation de plus en plus pressante de la population, parfois pilotée par des groupes hommes aspirant au pouvoir, les stratégies de survie de la part des dirigeants ne se sont pas fait attendre. Tous les moyens ont été mis en œuvre pour politiser, canaliser et téléguider les travaux des conférences nationales là où leur rejet n'était plus possible. Il en est résulté des résultats tellement mitigés et pas moins décevants que la perception positive d'une conférence nationale n'est plus de mise. L'on préfère tout simplement inscrire ce cadre de dialogue tout à fait original dans le livre de l'oubli, avec le sentiment d'un raté.

Cependant, les entraves qu'on a voulu placer au bon fonctionnement de cette instance inédite et les contingences qui ont servi à édulcorer sa perception ne doivent pas éclipser la valeur intrinsèque et la pertinence de ce rendez-vous des peuples africains avec leur histoire. Expérience rénovatrice et redynamisante pour tout un peuple, la conférence nationale, palabre africaine des temps modernes, garde toute sa valeur et sa richesse pour peu qu'on accepte de transcender les peurs, les appréhensions, les frustrations et les déceptions pour faire la part des choses de manière objective.

Chaque fois que les circonstances historiques l'exigeront, la conférence nationale devrait constituer pour les peuples africains l'occasion de faire corps, dans un élan patriotique, pour analyser avec beaucoup de sérieux les problèmes qui gangrènent la vie nationale et de rechercher les solutions concrètes et drastiques susceptibles de garantir un avenir stable et meilleur.

La conférence nationale rapproche de ce cadre consensuel garant de la suprématie de l'intérêt général sur les intérêts privés et que le penseur américain John Rawls a dénommé 'position originelle' dans sa Théorie de la Justice. Elle est en effet un cadre dans lequel les décisions prises, les solutions adoptées, plus facilement déterminées par l'intérêt suprême de la nation, subissent moins les effets de la pesanteur des privilèges et des intérêts personnels. Dans ce sens, elle se présente comme le cadre d'un changement total et profond prometteur d'une véritable évolution.

3.2. La Conférence nationale dans le contexte centrafricain

Il nous paraît donc clair que la conférence nationale constitue aujourd'hui le moyen le plus approprié, la voie la meilleure pour remettre réellement sur les rails la Centrafrique laminée par sa longue crise économique et financière, ses nombreuses tensions politico-militaires, la division de sa population en proie au désarroi et à une misère déshumanisante. Elle est le cadre idéal d'écoute, de débats, d'analyses, de corrections et d'interpellations mutuelles et patriotiques, de décisions salvatrices.

La profondeur, la complexité et la gravité de cette crise centrafricaine sans solution sérieuse jusque-là, exigent des Centrafricain(e)s, du sommet à la base, de renoncer aux moyens qui consistent à rafistoler ou à lâcher du lest tout en sauvegardant les germes du mal, pour enfin attaquer le mal à la racine et l'éradiquer. Tous les Centrafricains doivent s'accorder pour admettre que l'heure n'est plus à la médiocrité, au laxisme ou au minimalisme. L'heure n'est plus à l'adoption d'une attitude qui revient à se contenter de couper les feuilles de l'arbre du mal ; c'est désormais à la racine de l'arbre du mal qu'il faut s'attaquer. Et la conférence nationale constitue un cadre idéal et efficace pour cela. Elle offre au peuple l'occasion de cerner les causes de ses problèmes et de prendre les dispositions concrètes qui s'imposent pour les supprimer définitivement.

Cependant, pour que cette rencontre nationale réussisse et réponde efficacement à sa mission dans le contexte centrafricain, il est impérieux de tracer un certain nombre de lignes de conduite qui tiennent compte de l'expérience des autres Etats africains. Pour notre part, nous pensons que l'éventuelle conférence nationale centrafricaine doit remplir au moins deux conditions, si elle veut réellement servir au salut du peuple centrafricain.

Primo. Cette rencontre doit se produire dans le strict respect des institutions démocratiques, notamment du mandat présidentiel en cours. Pour ainsi dire, il ne devra en aucun cas être question ni d'une remise en cause de la légitimité du régime en place, ni de l'organisation de nouvelles élections présidentielles. Il sera encore moins question de déposition ou de démission du président pour quelque raison que ce soit.

En effet, prendre cette route serait déclencher une vague de stratégie auto- protectionniste au risque de compromettre définitivement la qualité du travail qui est escompté dans un tel cadre et les chances de doter la Centrafrique des structurelles qui lui faut amorcer le chemin de la paix et de la croissance. L'on devra garder présent à l'esprit qu'il est inutile de nous incriminer mutuellement sans reconnaître notre part de responsabilité et de complicité, à différentes échelles, dans la situation dramatique que connaît notre pays. Nous sommes tous coupables. Que l'on ne se trompe pas : la racine de la dérive centrafricaine réside plus dans les structures que les personnes. Aussi est-il illusoire de s'imaginer que c'est en changeant les présidents (sans corriger les défaillances structurelles) que l'on va obtenir des résultats meilleurs.

Secundo. Les décisions prises au niveau de la conférence nationale doivent être exécutoires. L'urgence de la situation et nos nombreuses expériences en matière de large consultation consensuelle exigent de nous de nous mettre à l'abri des situations où l'application des résolutions est abandonnée à la discrétion et à la bonne volonté du gouvernement qui jugerait de son opportunité et qui en choisirait les moments et les modalités. Cette dernière approche est le meilleur moyen de contourner les changements quand ils remettent en cause les intérêts personnels, et de susciter des frustrations génératrices de violence.

La conférence nationale centrafricaine doit se produire dans la dynamique du passage des paroles aux actes, du vouloir au faire. Il ne devrait pas s'agir d'une spéculation vide sur les problèmes centrafricains mais d'une approche qui se concrétise par un changement sur le terrain pour le bien de tous et la renaissance de la nation centrafricaine. Cette rencontre à l'échelle nationale ne devra donc pas être consultatif, chargé simplement de proposer une plate-forme politique consensuelle.

Elle devra être un cadre de décisions directement opérationnelles issues des échanges constructifs et des travaux soutenus et rationnels qui vont à la racine des choses. Les résultats de cette conférence devront jouir d'une suprématie sur le programme politique du parti au pouvoir, fût-il celui sur lequel le peuple dans sa majorité avait porté son choix. Somme toute, il devrait être question d'une Conférence Nationale Partiellement Souveraine.

3.3. Mission de la conférence nationale centrafricaine

Les tâches que nous sommes en droit d'attendre d'une telle rencontre nationale sont certainement nombreuses. Elles peuvent être déterminées avec précision par un comité ad hoc suffisamment représentatif des différentes couches sociales. Mais nous pouvons déjà esquisser un certain nombre d'éléments auxquels l'on ne saurait se dérober sans compromettre sérieusement la pertinence et l'efficacité de ce rendez-vous de l'histoire centrafricaine.

L'économie qui constitue indubitablement le nerf de la longue tragédie centrafricaine doit occuper une place prépondérante et incontournable. Il s'agira fondamentalement de mettre la Centrafrique à l'abri d'une 'réforme chirurgicale' des structures et du mode de gestion des ressources économiques, c'est-à-dire d'une réforme sur mesure qui ménage les intérêts personnels, pour faire place à une réforme profonde, vraie et radicale mettant en place les gardes-fous qui consacrent une véritable bonne gouvernance.

Prenant donc en main les réformes économiques et financières entamées par le Premier ministre ainsi que les acquis des assises de l'économie et des finances de septembre 2001, la conférence nationale centrafricaine devrait créer les conditions d'une bonne gestion et d'une redistribution équitable des ressources du pays, et poser les nouvelles bases d'une économie dynamique.

Du point de vue social, la conférence nationale devrait relever le défi d'une véritable réconciliation nationale : réconciliation du peuple divisé par les tensions sur fond d'appartenance ethnique, relançant la volonté de vivre et de travailler ensemble pour une Centrafrique nouvelle et prospère; réconciliation du peuple avec ses dirigeants et le rétablissement de la confiance et du civisme. Elle pourrait également permettre la revalorisation du travail, la re-dynamisation des travailleurs du secteur public et la réhabilitation du secteur éducatif et sanitaire.

Sur le plan politico-militaire, la conférence nationale pourrait créer les conditions de la mise en place d'une armée authentiquement nationale et veiller à l'éradication de l'ethno-cratie (exercice du pouvoir sur fond de tribalisme). Une des tâches importantes sur le plan politique serait de consolider le processus démocratique en réglant la question du statut de l'opposition et de son accès aux médias, et en veillant à mettre en place une machine électorale fiable, garant de la transparence.

C'est au prix d'un tel effort mené dans un élan patriotique avec beaucoup de sérieux que l'on peut restaurer la stabilité et une paix durable, ramener la confiance des investisseurs, et donner à la Centrafrique la chance de sortir définitivement du cercle infernal dans lequel il est enfermé depuis longtemps pour prendre résolument le chemin du progrès économique et social au plus grand bien du peuple centrafricain.

 

 

Pour clore...

Le calme qui règne aujourd'hui en Centrafrique, après les nombreuses tensions sociales et militaires qui ont marqué l'an 2001, est loin d'être synonyme de la fin de la crise centrafricaine. Les différentes activités que mènent actuellement le gouvernement, le dialogue politique initié dernièrement par le BONUCA, l'imminence de la mise en place d'une force de maintien de la paix, les éventuelles aides financières ou les promesses de financement de nombreux projets de développement sont indubitablement des bouffées d'oxygène ou des bruns d'espoir d'une amélioration de la situation ; mais ils sont loin de constituer l'amorce sérieuse d'une sortie définitive de la Centrafrique de son bourbier.

L'épongement des arriérés de salaires, ardemment et désespérément souhaité, en dépit du bien qu'il puisse faire à nombre de foyers centrafricains, ne saura constituer une sortie de tunelle si l'on s'en tient à ça. Le devoir de mémoire exige de tout centrafricain de se souvenir de la revendication " payez nos parents ! " du 18 janvier 1979 - revendication légitime mais tragique pour la jeunesse centrafricaine - et de prendre conscience de la persistance de la même cause, les arriérés de salaires, de pensions et de bourses, à travers les régimes qui se sont succédés à la tête de l'Etat centrafricain et qui est à l'origine d'une grande tragédie sociale aujourd'hui.

Pour ainsi dire, la crise centrafricaine est encore là dans sa discrète violence, entretenue continuellement par les subtiles et complexes causes qui lui ont donnée naissance, et se traduisant par la disette dans les foyers, l'insécurité, la division sociale, l'éducation boiteuse, l'incapacité d'accéder aux soins de santé requis... Quelle que soit sa forme ou son expression, cette crise qui affecte durement et durablement la vie économique, sociale et politique est essentiellement structurelle. Et tant que nous ne nous sommes pas attaqués à la racine du mal, tant que nous n'avons cherché avec précision les défaillances structurelles qui sont à l'origine de nos maux et ne les avons pas corrigées de la manière la plus sérieuse et radicale, le problème centrafricain demeurera toujours.

La Centrafrique doit renaître et elle doit renaître urgemment. L'enlisement dans le gouffre du mal développement, la cohabitation passive et complice avec la situation désastreuse, la tergiversation avec les moyens à prendre, tout cela n'a que trop duré. Les Centrafricain(e)s doivent enfin reprendre l'initiative. Ils doivent... nous devons rapidement donner un écho favorable aux cris silencieux qui jaillissent de la détresse et de l'indigence grandissante de notre peuple, le peuple centrafricain. Une Conférence Nationale se présente la voie la meilleure pour le moment.

Nous devons avoir le courage de nous arrêter et de réfléchir. De réfléchir aux vraies causes de notre dérive et à notre part de responsabilité sans succomber à la tentation de s'accuser les uns les autres gratuitement. Nous avons le devoir devant l'histoire de nous lever et de nous rassembler, dans un élan patriotique, pour aller à la racine du désastre actuel et en extirper les germes profonds pour que 'les mêmes causes de continuer à produire les mêmes effets'. Nous avons le devoir de dépasser nos rancœurs et nos peurs pour dialoguer, prendre des mesures concrètes et poser des actes susceptibles de transformer le malheur centrafricain en bonheur. L'instabilité ne doit pas servir de prétexte pour prolonger un ordre défectueux. Mettons-nous au travail et osons creuser l'abcès.

La Conférence Nationale Partielle Souveraine est une nécessité incontournable et urgente. Espace de dialogue et de concertation entre toutes les forces vives de la nation, elle constitue à ne point en douter le lieu propice d'un renouveau national, c'est-à-dire d'une réconciliation sincère et d'un redressement socio-économique de la RCA. Cela devant passer par le sérieux dans les analyses, la conscience des vrais problèmes et la ferme volonté de les résoudre. Nous devons le rendre possible et nous disposer à créer les conditions favorables à sa réalisation et à son bon déroulement.

Nous terminerons notre propos en lançant un appel vibrant :

Cette rencontre, vécue dans la dynamique d'une synergie nationale et qui exige de tout un chacun abnégation, patriotisme, respect, tolérance et pardon, devrait marquer un tournant décisif dans l'histoire de notre pays et la prise en main de notre destinée. Ce n'est plus sur des promesses que le peuple centrafricain doit fonder son espoir mais sur des actions judicieuses et efficaces qui consacrent la transfiguration de sa réalité. Et nous sommes déjà très en retard. La tâche est là qui nous attend : améliorer les systèmes socio-économique, politique et administratif en en corrigeant les défaillances. Le 29 mars ou le 28 mai de cette année, avec tout le symbolisme qu'elles peuvent comporter, seront-elles des dates décisives pour ce rendez-vous avec l'histoire ?

 

 

Epilogue

Nous avons peut-être donné l'impression de dramatiser la situation de la Centrafrique et de faire de la Conférence nationale un absolu pour sortir définitivement la Centrafrique de sa crise. Mais notre conviction est la suivante : la situation que connaît présentement notre pays, loin de nous laisser indifférent et passif, exige de nous une approche radicale. Elle est une invite à agir et de la bonne manière. L'on ne peut être sensible au sort de la population centrafricaine et de sa longue souffrance sans vouloir prendre les moyens qui conduisent véritablement et rapidement à l'éradication des causes de son malheur.

Non, nous ne pouvons plus, nous ne devons plus nous contenter des solutions minimalistes qui ménagent nos intérêts personnels. Nous ne pouvons plus souscrire aux exclusions et aux accusations mutuelles. L'heure est à une collaboration nationale pour la renaissance de notre cher et beau pays, la Centrafrique. L'heure est à la réalisation de notre devise, héritée de Barthélemy Boganda, le Père de la nation : Unité - Dignité - Travail. C'est pourquoi, nous pensons fermement que une Conférence Nationale Partiellement Souveraine, ainsi que nous l'avons présentée plus haut, constitue la voie la plus sérieuse.

Une conférence nationale nous engage dans un même élan national ; elle peut alors aider à ressouder les liens brisés par les crises et réaliser la réconciliation tant souhaitée. De part son caractère souverain et radical, mettant l'intérêt général au-dessus des intérêts personnels, elle favorise la réalisation des profondes réformes structurelles dans la Centrafrique a besoin pour une économie dynamique profitable à tous. Dans ce sens, elle peut favoriser la confiance et le retour des investisseurs. Une conférence nationale, de part sa souveraineté, peut renforcer le processus démocratique en RCA en corrigeant les erreurs connues et en mettant les balises pour le futur. Elle peut aussi servir à résoudre l'épineux problème de l'armée centrafricaine en veillant à la mise en place d'une armée non pas régionale, comme cela a été jusqu'aujourd'hui, mais d'une armée authentiquement nationale. La liste des atouts d'un tel cadre de dialogue national peut, à notre sens, être longue.

Le chemin que nous proposons est peut-être mauvais. Mais la considération de l'expérience des autres, sans consacrer un pur et vide mimétisme, nous donne à penser qu'il pourrait être bon. Il n'y a pas d'autre moyen de le savoir avec certitude si ce n'est l'essayer. Oserons-nous ?

Fait à Koudougou, le 2 mars 2002

Manembou Térence P.


Regards et points de vue