Combats à Bangui, la présidente accuse l'ex-n°1 François Bozizé

Par Crispin Dembassa-KetteReuters, 29 septembre 2015

La présidente de la République centrafricaine, Catherine 
Samba-PanzaBANGUI (Reuters) - La présidente de la République centrafricaine, Catherine Samba-Panza, a accusé mardi l'ancien numéro un du pays François Bozizé, chassé du pouvoir en 2013 et qui vit en exil, de vouloir déstabiliser son gouvernement, après quatre jours de violences dans la capitale Bangui.

La présidente par intérim a quitté prématurément lundi l'Assemblée générale des Nations unies à New York pour regagner son pays à la suite de ces affrontements qui ont fait au moins 37 morts.

Arrivée à l'aéroport de Bangui, elle a voulu rejoindre le palais présidentiel mais a dû faire demi-tour en raison de violents combats entre la Minusca, la force des Nations unies, et des miliciens chrétiens anti-balaka.

Des témoins ont fait état d'intenses fusillades dans la ville, et deux hélicoptères de la force de paix française Sangaris ont ouvert le feu sur des miliciens près de l'aéroport.

Des soldats de la Minusca patrouillaient mardi dans les rues de Bangui pour démanteler les barricades dressées par les manifestants.

Les affrontements intercommunautaires ont débuté samedi après l'assassinat d'un musulman par des miliciens chrétiens.

Catherine Samba-Panza a déclaré que ces violences étaient attisées par des hommes politiques qui cherchent à en profiter, parmi lesquels François Bozizé, renversé en mars 2013 par les rebelles musulmans de la Séléka venus du nord du pays.

"Nous savons que les anciens dignitaires du pouvoir en République centrafricaine ont la volonté de revenir aux affaires, ce n'est un secret pour personne", a-t-elle dit sur France 24.

"Et, sur le terrain, nous savons quels sont les éléments qui agitent, qui instrumentalisent et qui alimentent cette insécurité", a-t-elle ajouté. Priée de dire si l'ancien président Bozizé faisait partie des agitateurs, elle a répondu: "Très certainement !"

ÉVASION MASSIVE

Selon des responsables des Nations unies, les affrontements et les pillages des derniers jours ont forcé plus de 27.000 personnes à quitter leurs maisons et à se réfugier dans le camp de Mpoko, près de l'aéroport de Bangui où les vols internationaux sont suspendus.

L'ONG Médecins sans Frontières (MSF) a annoncé avoir pris en charge une centaine de personnes depuis samedi, la plupart blessées par balles ou à coups de machette.

Des entretiens sur la situation en Centrafrique doivent se tenir jeudi en marge de l'Assemblée générale de l'Onu à New York.

Dimanche soir, cinq cents détenus se sont enfuis de la prison de Ngaraba, la plus grande de Bangui, parmi lesquels de nombreux miliciens anti-balaka, ce qui fait craindre de nouvelles violences malgré l'imposition d'un couvre-feu nocturne dans la ville où patrouillent les casques bleus de la Minusca appuyés par les militaires français de l'opération Sangaris.

Les partis d'opposition ont appelé à une manifestation mercredi matin.

De son exil, François Bozizé, dont la candidature à l'élection présidentielle prévue le mois prochain a été rejetée, a réclamé l'ouverture d'un dialogue politique. "C'est la démocratie qu'on assassine au yeux de tous en République centrafricaine", a-t-il dit.

L'armée nationale - les Forces armées de la République centrafricaine (Faca) - a été mise sur la touche en 2013 après la prise du pouvoir des rebelles du Nord.

Le gouvernement de transition mis en place avec le soutien de l'Onu en 2014 refuse de réarmer les Faca dont certains officiers ont été liés aux milices anti-balaka.

Le processus de transition engagé en janvier 2014 devait aboutir à la tenue d'élections présidentielle et législatives le 18 octobre prochain mais tout le monde s'attend désormais à ce que ces scrutins soient reportés.

A New York, où il rencontrait la presse, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a souligné que le calendrier électoral pourrait connaître "un certain retard". "Mais nous pensons qu'il faut au maximum respecter les délais qui ont été fixés. Si on veut sortir de cette situation, il faut que nous ayons un pouvoir qui soit établi", a-t-il ajouté.

(Avec Daniel Flynn in Dakar, Joe Bavier à Abidjan et John Irish à New York; Jean-Stéphane Brosse et Guy Kerivel pour le service français)

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Centrafrique : le gouvernement dénonce une tentative de sabotage des élections

 

Mardi 29 septembre 2015  par Kardiatou Traoré - afrik.com

 

Mahamat KamounLe Premier ministre centrafricain, Mahamat Kamoun, a dénoncé, ce mardi, une tentative de sabotage des élections après le regain de violences à Bangui survenu depuis samedi.

En Centrafrique, la violence a fait son grand retour, particulièrement à Bangui où depuis samedi, une vingtaine de personnes ont été tuées, et 80 autres blessées dans des affrontements interethniques. Le Premier ministre Mahamat Kamoun a dénoncé une tentative de déstabilisation de la Transition et de sabotage du processus électoral en cours.

Dans une interview accordée à Xinhua, Mahamat Kamoun, a affirmé que « la situation est relativement sous contrôle, nous avons le soutien des forces de sécurité intérieure et des forces internationales ». Il a par ailleurs précisé que le regain de violences dans la capitale centrafricaine est l’œuvre de groupes d’individus cherchant à faire échouer le processus électoral destiné à permettre un retour à l’ordre constitutionnel dans le pays.

Un avis que partage Catherine Samba-Panza, la présidente de la Transition, qui va encore plus loin en incriminant les anciens dignitaires du régime déchu de François Bozizé. En visite à New York pour assister à l’ Assemblée générale de l’ONU, la président de la Transition a écourté son séjour pour rejoindre la Centrafrique et tenter de gére la situation.

Les violences ont éclaté à la suite de l’assassinat d’un conducteur de moto-taxi de confession musulmane, samedi, au quartier PK5, lieu connu pour être le théâtre de violences inter-communautaires dues au conflit ayant opposé, entre 2013 et 2014, les ex-rebelles de la séléka, et les milices chrétiennes anti-balaka, présentées comme des partisans du Président déchu, François Bozizé.

Ce climat de tension que traverse actuellement le pays met en péril le respect du calendrier électoral déjà sous le feu des critiques de certains observateurs qui préconisent un réaménagement comprenant notamment un report de la Présidentielle.

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RCA: la contestation ne faiblit pas, Samba-Panza appelle au calme

Par RFI Publié le 28-09-2015 Modifié le 29-09-2015 à 09:54

 

A l’hôpital principal de Bangui, les blessés affluent après les violences déclenchées le 26 septembre 2015
A l’hôpital principal de Bangui, les blessés affluent après les violences déclenchées le 26 septembre 2015. AFP PHOTO / EDOUARD DROPSY

Après les violences du week-end, la tension est toujours vive à Bangui, la capitale centrafricaine où, lundi 28 septembre, au moins trois manifestants ont trouvé la mort lors de la dispersion d'une manifestation près de la présidence. En fin de journée, les prisonniers de la prison de Bangui se sont échappés et, pour la deuxième nuit consécutive, dans la nuit de lundi à mardi, le couvre-feu n'a pas été respecté. Les manifestants réclament la démission de la présidente de transition. Depuis New York, Catherine Samba-Panza a condamné les violences.

Dès le coucher du soleil, lundi soir, les pilleurs ont pris d'assaut des bâtiments abandonnés. Des bureaux d'organisations humanitaires, comme ceux de l'ONG Mercy Corps, ont également été visés. Hier déjà, tout au long de la journée, les violences avaient paralysé Bangui, la capitale et dans la nuit de dimanche à lundi, plusieurs commerces et habitations ont été pillés malgré le couvre-feu instauré par les autorités.

Selon nos informations, des renforts anti-balaka seraient arrivés à Bangui depuis l'intérieur du pays en fin de journée, hier lundi, donnant ainsi un sentiment de puissance dans les rangs des manifestants. Dans la soirée, la République Démocratique du Congo a fermé sa frontière avec Bangui.

Un peu plus tôt, en fin d'après-midi, la prison de Ngaragba, située à l'est de Bangui, a été ouverte. Il était environ 17h30 lorsque, selon des informations recueillies par RFI, des gardiens des Forces armées centrafricaines auraient déserté, laissant ainsi les prisonniers libres de sortir. Une fusillade a alors éclaté entre les prisonniers et les forces internationales, stationnées à l'extérieur de la prison, mais une grande majorité des détenus est parvenue à prendre la fuite : près de 600 prisonniers se sont évadés et prmi eux, beaucoup d'anti-balaka.

Lundi soir, des hélicoptères de la force française Sangaris survolaient toujours la capitale centrafricaine et ses soldats assuraient la protection des sites d'intérêt français.

La situation est tellement tendue, que les camps de réfugiés voient affluer du monde. Il y a d'abord le camp de Mpoko, près de l'aéroport, où les civils se réfugient pour fuir les violences. Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU, en seulement deux jours, près de 10 000 personnes se sont retranchées dans ce camp.

Appel à la retenue de Samba-Panza

Depuis New York où elle participe à l'Assemblée générale des Nations unies, Catherine Samba-Panza a condamné les violences de ces dernières heures et lancé un appel à ses compatriotes.

« Je condamne, avec la dernière énergie, cette recrudescence de la violence intercommunautaire, ces destructions et ces incendies de maisons, ces pillages et ces actes de représailles qui replongent encore le pays dans l’insécurité et la désolation, en même temps qu’ils compromettent tous les efforts de cohésion sociale et de vivre ensemble harmonieux déployés avant et après le Forum national de Bangui », a déclaré la présidente centrafricaine.

« Je présente mes sincères condoléances aux familles éprouvées. J’appelle tous les protagonistes de cette énième nouvelle crise, de tous les bords, à la retenue et au respect des engagements pris devant l’opinion nationale et internationale lors du Forum national de Bangui, afin d’accorder la primauté au dialogue et à la réconciliation. J’en appelle aussi au patriotisme des Forces vives de la nation de s’impliquer sincèrement dans la recherche de la paix et dans le maintien de la cohésion intercommunautaire en évitant à tout prix de jeter l’huile sur le feu », a-t-elle ajouté.

« La présidente n’a plus de crédibilité »

Joint par RFI, Crépin Mboli Goumba, porte-parole de la Concertation des partis politiques de l'opposition, estime que la présidente Catherine Samba-Panza n'a plus de crédibilité.

« Elle a raison de condamner ces actes ; elle a tort d’y voir une manipulation de la part des politiques. Ce qui se pose ici, c’est la crédibilité des déclarations de la présidente intérimaire. La parole de la présidente intérimaire s’est perdue dans l’océan des promesses non tenues. Il y a eu des assassinats à Fatima, à Bambari et chaque fois qu’il y a eu ces assassinats, nous avons eu droit à ses promesses non suivies d’effets », a déclaré le porte-parole de la Concertation des partis politiques de l’opposition.

« Aujourd’hui, le peuple centrafricain ne peut plus croire à la parole publique simplement parce que ces paroles restent des paroles. Ce qui se passe aujourd’hui pose le problème même de la mission dévolue à la transition. Selon la feuille de route, la présidente intérimaire avait pour mission de ramener la paix et la sécurité, de réconcilier les Centrafricains et d’aller à des élections crédibles. Aujourd’hui, c’est un constat amer d’échec. Il faut donc qu’elle en tire toutes les conséquences », a estimé Crépin Mboli Goumba.

Une contestation aux multiples visages

Ces dernières heures, aucun leadership unique n'a émergé dans la contestation mais plusieurs groupes tentent de s'organiser et de fédérer les manifestants.

Il y a ceux qui réclament le départ de la force française Sangaris du pays et le redéploiement, sur tout le territoire, des Faca, l'armée régulière, « la seule force à même de les sécuriser », disent-ils.

Ces revendications sont portées par le Mouvement citoyen pour l'appropriation de la destinée du pays, né ce week-end, qui regroupe une partie de la société civile et des jeunes. Leur coordonnateur, Gervais Lakosso, se veut pacifique et assure être dans une démarche « de conciliation ». Il ne demande pas le départ de la présidente dans l'immédiat, contrairement à d'autres groupes qui revendiquent eux aussi la paternité de la colère qui gronde dans Bangui.

Lundi matin, un collectif d'officiers avait rendu visite au président du Conseil national de transitions (CNT) pour lui demander de prendre le pouvoir. Ce que ce dernier a refusé. Ces officiers, dont le poids est difficile à évaluer, estiment quant à eux que les autorités de la transition n'ont plus de légitimité.

Sur la même ligne, on retrouve aussi des civils qui assurent avoir voulu prendre le palais présidentiel ce lundi. Une opération avortée suite à l'intervention de la force des Nations unies, la Minusca. Un représentant de ces civils assure que la mobilisation est spontanée et dit « n'être sous la coupe d'aucun autre groupe » même si les objectifs se rejoignent, c'est-à-dire obtenir le départ de la présidente Catherine Samba-Panza.