Bambari - Pour une nouvelle capitale de la République Centrafricaine (Version dans le format "pdf")
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BAMBARI
Jean-Bosco
PELEKET
Parler peu mais
travailler beaucoup
Travailler pour
produire, produire pour bâtir notre pays
Tel est le sens
de mon engagement et la raison de mon existence.
Quand
Quand donc
cesseras-tu d’être le jouet sombre
Au carnaval des
autres
Ou dans les
champs d’autrui
L’épouvantail
désuet.
Les tracés des
limites des états africains témoignent du dépeçage du continent noir aux XIX ème
et XX ème siècles et marquent la balkanisation de ce continent. Quarante ans
après l'accession de l'essentiel des territoires coloniaux à la souveraineté
internationale ces tracés font couler encore l'encre tant l'opposition entre les
tenants de l'unité, sinon d'une confédération africaine et les partisans des
micros "états faciles à gouverner" ou à manipuler est rude. Dans ce débat qui
prend, à bien des égards, l'allure d'un combat inégal où les tenants de la
seconde thèse détiennent tous les leviers de pouvoirs alors que les premiers ont
tout au plus le droit à la parole et encore dans des enclos, les Africains
comptent pour peu. Nulle part en Afrique centrale le débat est véritablement
envisagé. Même la thèse de Kwamé KRUMA, exhumée par Muammar KADHAFI lequel s’est
empressé de la coiffer de burnous libyen comme pour bien la neutraliser, n’a pas
suscité de réelles discussions dans le microcosme.
Dans les rares
pays d'Afrique de l'Ouest ou australe où l'opposition est perceptible et quelque
peu crédible, la lutte pour le pouvoir y compris au plan local est si rude
qu'elle laisse peu de place aux débats d'idées en général et plus singulièrement
celui de l’unité africaine.
En Afrique
centrale les populations sont si préoccupées par la lutte pour la survie
quotidienne que le débat sur l'union africaine ou tout autre approche
panafricaniste paraît surréaliste. Le néocolonialisme qui y sévit plus
qu’ailleurs, s'arroge le droit de parler au nom de ces Africains, considérés
avant tout comme des victimes de l’indépendance. Nous ne nous attarderons pas
sur cette question même si elle interpelle. En effet, comment s’intéresser au
continent africain alors que son propre pays est en bute à des manœuvres de
division de toute sorte, échafaudées la plupart du temps par l’étranger avec le
concours actif des supplétifs locaux ?
Pourtant malgré
tous les poids et les malheurs sous lesquels ploient les Centrafricains, c’est
encore parmi eux que l’on dénombre le plus de partisans de l’unité africaine en
Afrique centrale.

Bê Afrika ou
République Centrafricaine
Barthélemy BOGANDA, le père de
l’indépendance de la RCA, pour qui le peuple voue une admiration sans borne,
milita ardemment avant les années 60, pour une Afrique Equatoriale Française
(AEF) érigée en un seul Etat auquel le Cameroun, le Congo-Belge et l’Angola
étaient appelés à s’y rattacher à leur sortie du joug colonial[1].
Les Centrafricains se retrouvèrent
dans les idées et le combat de Kwamé KRUMA pour l’unité africaine d’autant plus
facilement que le leader panafricaniste, à défaut d’implanter ex nihilo la
capitale du futur Etat continental à Gambô, épicentre de l’Afrique, suggéra
adroitement la ville de Bangui aux confins de la RCA et du
Congo.
Tous ceux qui ont eu le bonheur de
sillonner la RCA, même après l'avènement du président Félix Patassé et du régime
MLPC, sont unanimes pour témoigner que jamais le désir du Centrafricain de vivre
en paix dans son pays n'a été aussi grand et ce, malgré la chasse aux sorcières
et le pogrome des Yakomas. Partout, l'adage : « Il n'y a pas plus grand
bonheur que la venue d'un hôte "savanien" ou "oubanguien", dans la paix et
l'amitié » est répétée de village en village comme un leitmotiv, pour
signifier aux dirigeants de circonstance des palais d'état à Bangui et leurs
obligés, l’indéfectible attachement des gens du peuple aux valeurs profondes
d’unité du pays de Barthélemy BOGANDA.
Dans le même temps l'attrait
exercé par la capitale centrafricaine sur le pays tout entier en particulier sur
les jeunes, au cours des 33 premières années d'indépendance n'est plus qu'un
souvenir. A quelque chose malheur est bon, dit-on. En effet, l'effondrement de
la ville de Bangui depuis 1996 avec la faillite économique et sociale, les
mutineries à répétition, les simulacres de coup d’état ou des coups d’état
préfabriqués suivis de génocide et des interventions militaires étrangères
meurtrières ont fini par réjouir quelque part les anciens et, en tout état de
cause, les ont persuadés dans leur conviction d'attachement aux valeurs de la
terre et à l'idée, que la ville de Bangui, œuvre des envahisseurs étrangers avec
les munzu vukos, leurs hommes de main, « doit s'écrouler totalement pour que
renaisse véritablement le pays réel et l'Afrique ».
Pour ces anciens souvent diserts
pour peu qu'on se donne la peine de les écouter, le pays réel est celui de
Barthélemy BOGANDA, c'est à dire la République Centrafricaine dans son ensemble,
la terre indivisible de leurs aïeux, patrie de tous les Noirs sans exception et
sans discrimination aucune.
« Bangui capitale
souillée » doit céder le pas à une ville nouvelle dans un élan de
renaissance nationale.
Pourquoi changer la capitale de la
RCA ? Où en implanter la nouvelle ? Avant de formuler ici cette idée
qui me tient à cœur depuis toujours, dont les amis et compatriotes m’ont souvent
entendu parler, jetons un regard dans le passé de ce pays qui n’est pourtant pas
si lointain.
3. 1 Bangui : bref
historique, un lieu, un non-choix
La localisation des villes dans
les colonies et plus singulièrement en Afrique résultait pour les conquérants de
la nécessité de disposer de têtes de pont pour contrôler d’abord militairement
ensuite administrativement et économiquement les pays conquis. En résumé,
l’envahisseur étranger ressentit le besoin de points d’appui lors de la prise de
contrôle de territoires souvent plus vastes que le sien.
En Afrique centrale, « le bassin
hydraulique du Congo-Zaïre offre un tel réseau naturel de pénétration dans le
continent noir que les tentatives de communication par voie de surface autre que
fluviale sont très vite abandonnées. Le réseau disponible est en effet très
dense :
- 1600 kilomètres le long du
fleuve jusqu’à Kisangani,
- 1200 kilomètres au fil de
l’Oubangui jusqu’à Bangui,
- 650 kilomètres sur le Kasaï
jusqu’à Ilébo, sans compter les multiples affluents et sous affluents de moindre
importance.
Au terme amont de plusieurs de ces
biefs navigables, là où les chutes et les rapides soulignent les passages aux
roches dures du pourtour de la cuvette, et témoignent sans doute de la
persistance tardive de certains mouvements tectoniques, des postes
administratifs furent très tôt fondés. Le site est particulièrement
spectaculaire à Bangui, dominé par des collines d’une hauteur relative de 350
mètres ; ici, les barres de quartzites coupent obliquement le cours de
l’Oubangui et lui imposent plusieurs changements d’orientation
successifs »[2].
La route du «Nord » (3)
confirma le centre administratif, issu d’une fonction primitive de
transbordement de la voie d’eau. La fonction économique se manifesta d’autant
plus rapidement que les ravitaillements des troupes de la mission Marchand,
lancées à la conquête du Nord, venaient du Sud. Bangui devint rapidement le
point de passage obligé de la «voie fédérale» vers le Tchad dans une Afrique
Equatoriale Française. L’infrastructure politique et administrative profite de
la fonction de transit. L’encadrement colonial officiel s’accommode d’une
localisation aux points de rupture de charge à partir desquels sont tracées peu
à peu les voies de transport qui permirent un accès aisé dans tout le
territoire. Ainsi est né Bangui en 1889.
Ci-après une reproduction de
manuscrit de la main de l’explorateur E. PONEL, datant de 1891. Original
archivé à l’ex ministère français des colonies.

3. 2 Bangui capitale de
l’Oubangui-Chari
Plus d’un demi-siècle plus tard,
Jean Dresch, un géographe français de passage à Bangui en 1946, tombe sous le
charme de cette ville. Il écrit : « Plus importantes que ces deux
villes côtières, Pointe-Noire et Libreville, si violemment contrastées, Bangui
et Brazzaville sont les vraies villes congolaises, villes de fleuve. Le site de
Bangui est magnifique : l'Oubangui s'échappe du pays des collines et va, en
s'infléchissant vers le Sud pénétrer à la fois dans la grande plaine et dans la
grande forêt. Sur la rive droite une haute croupe allongée nord-sud s'avance
jusque dans le fleuve où ses roches provoquent des
rapides ».
« Elle est couverte d'une
forêt dense. La plaine l'entoure de tous les cotés, immense et marécageuse à
l'Ouest, limitée par une ligne de collines vers l'amont. Les limites
administratives de la ville englobent collines et plaines, une surface immense
où Bangui se cherche curieusement ».
« Bangui est une ville assez
extraordinaire qui répond mal aux définitions traditionnelles. Les urbanistes
prévoient qu'elle occupera la colline. On devine en effet le parti qu'ils en
pourraient tirer pour l'aménagement des quartiers résidentiels. Mais elle n'est
encore occupée que par des singes et par des panthères qui parfois se hasardent
dans les rues de la ville. La ville blanche de Bangui vit dans l'avenir qui, du
reste, parait assuré »
« La population de Noirs est
déjà imposante, puisqu'on
dénombrait plus de 25 000 individus à la fin de 1945. Mais la répartition
des indigènes n'est pas moins curieuse et incertaine. Bangui ne compte pas de
gros villages groupés. Seize agglomérations, souvent désignées par le nom du
chef de canton ou de quartier se dispersent dans le périmètre urbain. Certaines
ne sont souvent que de vrais villages de ruraux intégrés dans la ville. Aucune
n'est complètement coupée de la vie rurale. »
« Ainsi la ville blanche
s'entoure, à distance respectueuse, d'une série de villages. Il y en avait un
autre tout près, sur l'emplacement de la future gare ; on l'a fait déménager,
bien que certains de ses habitants aient construit en dur. Mais un village
d'"évolués" et d'ouvriers est en cours de construction, au sud du terrain
d'aviation. Les cases sont en dur et soignées ».
« Curieuse ville, en somme,
semi-rurale encore, puisqu'elle contient non seulement des planteurs blancs,
mais aussi et surtout des agriculteurs noirs qui ne sont pas "détribalisés".
Réserve de main-d'œuvre pour la ville future ».
« Attirés à la fois par le
fleuve et par la colline, les blancs se sont établis d'abord sur la berge,
ombragée par de vénérables manguiers, le long de ce qu'on appelle le port, digne
de ce nom seulement depuis qu'un quai, pendant la guerre, a été aménagé.
Au-dessus, des rues en damiers grimpent, toujours bordées de manguiers, sur les
pentes inférieures de la colline : factoreries et cases administratives sont du
vieux type colonial. Mais à partir de la place du marché, la ville s'est étendue
dans trois directions : le long du fleuve vers l'aval, vers les marais où
conflue la M'Poko où s'esquisse un quartier portuaire et industriel, aux abords
de la future gare du Bangui-Tchad, le long de la route de M'Baïki où se sont
établis quelques petits planteurs blancs, enfin au contact de la colline et de
la plaine où se succèdent missions, hôpital, logements, locaux administratifs,
cité de l'aviation, tous bâtiments qui n'ont plus rien de
colonial ».
« Quant à la population
indigène, elle se répartit dans seize agglomérations qui se dispersent dans le
périmètre urbain. En contournant la colline, on rencontre d'abord, en amont de
la mission Saint-Paul, un groupe de villages nouvellement installés et occupés
par des pêcheurs et cultivateurs appartenant aux races avoisinantes, Sangho à
N'Zengué, Yakoma à Gremboutou, Banziri à Sao [entendez : Sayo], auxquels se
mêlent des employés. Vers le Nord, après de petits "quartiers" où résident des
boys ou des prostituées attirées par le camp militaire, le village de N'Garsoué
est un village de paysans N'Drè englobé dans la ville. Kaïmba et Boy-Rabé sont
deux agglomérations jointives,
peuplées d'anciens tirailleurs et de Baka-Mandjia. A la pointe du périmètre
urbain, Bafio et Magoambala sont peuplés de Baya et de Mandjia, tous plus ou
moins agriculteurs. Les villages situés au-delà du terrain d'aviation sont, au
contraire, des villages de commerçants et artisans, étrangers au pays et
musulmans, villages jointifs installés là sur plan en damiers, tandis que les
autres s'aménagent au gré des occupants : Sénégalais à Ibrahim Sow,
Bornouan à Mustapha, Haoussa à Mamadou-M'Baiki, concessions bien closes qui
rappellent le Soudan et l'Islam contrastent avec les cases de leurs voisins,
Banda de Malimaka, Sara d'Assana, anciens gardes de Yakété… »[3].
3. 3 Urbanisation à la sortie de
la 2ème guerre mondiale
On l’a vu, la ville n’était point
construite pour les autochtones ou les colonisés, considérés au mieux comme un
gisement de main d’œuvre bon marché, au pire comme sujets de révolte
potentielle, à tenir bien à l’écart. Les autochtones étaient souvent conduits à
Bangui de gré ou de force et regroupés par affinité ethnique dans les quartiers
périphériques ou des «villages». Et comme si l’éloignement ne suffisait pas, des
zones tampons furent érigées entre les villages et le centre ville pour la
sécurité des Blancs. Le centre de la ville était réservé à l’administration, aux
infrastructures scolaires, sanitaires, aux commerces et aux demeures exclusives
des Blancs[4].
Les premières mesures
d’assainissement intervinrent dans la foulée de la défaite du régime nazi en
Allemagne ; la France se sentant obligée à l’égard des colonies qui, du
reste, avaient porté l’essentiel des efforts de guerre. Le territoire de
l’Oubangui Chari bénéficia de 4 milliards de crédits au titre du 1er
plan quinquennal (1947-1952). Plus de 3 milliards de francs CFA devaient être
consacrés à l’infrastructure et 365 millions réservés aux équipements sociaux.
L’architecte Fanny Joly établissait en 1951 un plan d’urbanisme pour Bangui[5].
La croissance démographique de la
ville fut rapide malgré les entraves dressées par le pouvoir colonial (laisser
passer, impôt de capitalisation ou impôt per capita). L’électrification de la
ville fit de Bangui l’eldorado dans cette masse glauque de la forêt équatoriale.
Les lumières de la ville étaient en effet irrésistibles, les contraintes y
compris d’ordres tribaux moins fortes à Bangui. La colonie mit en chantier des
travaux pour l’habitat de ses serviteurs dits « les évolués ».
Quatre lotissements furent lancés respectivement en 1953-1954 : La Kouanga,
en 1960 : SICA I, II, III. Bangui enchanta des poètes et musiciens[6].
Il est vrai que l’électricité était inconnue d’autres villes et villages du pays
que la capitale de l’Oubangui-Chari.
A noter cependant pour ceux qui
ont eu le bonheur d’avoir parcouru le monde dans les années 50, la ville de
Bangui offrait, à l’indépendance de la RCA intervenue le 13 août 1960, plus
l’image d’une sous-préfecture languissante, à l’écart de toute émulation
culturelle, industrielle, et commerciale que d’une capitale d’Etat digne de ce
nom.
Très vite, les nouvelles
autorités, toutes aussi mal préparées à leurs nouvelles tâches que le pays tout
entier, durent faire face à des problèmes d’intendance tels que l’installation
des ministères, de l’administration centrale, du parti unique, du parlement.
Elles s’en préoccupèrent si fort qu’elles « oublièrent » l’essentiel
de leurs devoirs : le bien être du peuple qui résulte du développement
économique et la prospérité de la nation.
3.4 Bangui capitale de la RCA
Bangui est situé à l’autre bout de
la RCA, totalement excentré par rapport au vaste territoire centrafricain.
Centre administratif issu d’une fonction primitive de transbordement par voie
d’eau, Bangui offrit au colonisateur français l’avantage du point d’appui pour
la conquête des terres du Nord en particulier le Tchad. Concomitamment cette
garnison fut un verrou par rapport aux prétentions de la Belgique sur la façade
oubanguienne. Plus tard Bangui devint l’entonnoir par lequel la richesse du pays
passa pour être avalée par des navires en partance pour Brazzaville et
Pointe-Noire où d’autres plus vastes attendaient pour la France et l’Europe.
Assurément Bangui n’a pas été édifié dans l’intérêt du pays réel et entier. Que
les hommes politiques qui se sont succédés aux colonisateurs ne l’aient point
perçu dénote de leur cécité, de l’idée qu’ils se font ou ne font pas du pays
centrafricain et du développement.
3.5 Quatre décennies
d’indépendance, quatre décennies de piétinement et
d’anéantissement
Développement au sens strict
d’accroissement des biens matériels et immatériels, il n’y en eut guère en 42
ans d’indépendance.
Les rares immeubles implantés çà
et là dans la ville l’ont été au gré des étrangers, non point dans le cadre
d’investissements à but lucratif qui eussent pu contribuer à la création de
richesses mais le plus souvent, de dons, d’actions de coopération nord-sud, de
siège de structures inter états. Il en est ainsi du building administratif à
Lakouanga, des logements des coopérants non loin de Relais SICA, du bâtiment de
l’E.N.A–E.N.A.M à Saïdou, du collège de SICA II rebaptisé lycée des Martyrs, de
l’université de Bangui, des 2 hôpitaux et centres de santé, du siège de la
C.E.M.A.C. à Benzvi, du bâtiment de la B.E.A.C. en lieu et place du cimetière
des premiers colons tombés en Oubangui !
La ville est une somme de
réalisations particulières (de rares Centrafricains, entrepreneurs dits self
made men, qui se comptent sur les doigts d’une seule main) et principalement
étrangères, ainsi que précisé ci dessus.
Le peuple des quartiers est
abandonné à son triste sort. L’aménagement des infrastructures et son cadre de
vie ne fait l’objet d’aucune attention, d’aucun investissement. Bangui ne
possède aucun parc, aucun aménagement floral, aucune place agencée, agréable à
vivre.
Les nombreuses réalisations de
l’ère coloniale y compris une administration de qualité ont été sabordées
lorsqu’elles n’ont pu être détournées au profit des nouveaux gouvernants. On ne
dénombre hélas aucun projet de développement durable conçu et réalisé par les
autorités locales sur le budget propre de la nation. L’Etat centrafricain ou
plus exactement ses gouvernants des 42 dernières années ignorent tout lien entre
investissement et développement.

source :
Citadins et quête du sol dans les villes d’Afrique Centrale, op. cité,
p.119
Une lecture sommaire et rapide de
la carte ci-dessus peut donner l’illusion d’une croissance importante de
l’espace bâti de la ville de Bangui entre 1959 et 1972. En vérité il n’en est
rien. En effet,
1°) Le bâti en Centrafrique n’a
rien de comparable à ce qui se fait en Europe par exemple. Il s’agit ici et pour
la plupart du temps, de constructions précaires, en semi-dur qui tiennent plus
du bidonville que d’une architecture, d’un urbanisme
maîtrisé.
2°) L’exode rural et l’explosion
démographique qui s’en sont suivis à Bangui et la corrélative pression sur le
sol ont conduit, plus qu’une volonté politique, à ce qui a pu paraître comme une
expansion spectaculaire de la ville.

source :
Citadins et quête du sol dans les villes d’Afrique Centrale, op. cité, p.239
Cette figure démontre de manière
indiscutable que les initiatives de création de sol urbain à Bangui de 1960 à
1981 ont été essentiellement du fait des populations d’en bas, selon
l’expression consacrée et des chefs de quartiers.
|
Bangui,
artère centrale |
Quartier
populaire de Bangui |
Les photographies ci-dessus,
centre ville et quartier populaire de Bangui, tirées de la revue Architeca n°1
mai 1999, p.6, résument à elles seules la décrépitude de la ville et le malheur
des Centrafricains.
Le pays réel est complètement à
genoux. Les produits de traite : caoutchouc, coton qui assuraient autrefois
l’essentiel des rentrées de devises ont peu à peu été délaissés par un paysannat
misérable, en bute tout autant avec leurs propres coreligionnaires ou munzu
vuko[7],
parvenus au sommet du pouvoir de l’Etat qu’avec le colonisateur d’antan. Les
immenses plantations de café des colons tombées aux mains des caciques du
pouvoir après le repliement forcé des propriétaires sont parties avec la fumée
des incendies plus ou moins involontaires ou conquises par la nature sauvage
exubérante, faute d’entretien. Les mines d’or et de diamant ont failli suivre le
même sort si ce ne fut la perspicacité des anciens ouvriers reconvertis à leurs
comptes, des ruraux et des paysans soutenus dans leur nouvelle quête par des
artisans astucieux, des intermédiaires non moins perspicaces et des trafiquants
redoutables.
Le bilan de la promotion
immobilière depuis l’indépendance du pays en 1960 est
affligeant.
|
Période
d’observation |
Lieu |
Promoteur |
Pales
réalisations |
Nombre de
logements | |
|
|
|
|
|
par
an |
total |
|
1960-1963 |
Bangui |
S.I.C.A. |
SICA I, II,
III |
90 |
370 |
|
1960-1963 |
Autres |
Autres |
Autres |
06 |
022 |
|
1963-1981 |
Bangui |
S.N.H. |
Maisons
Sowéto |
25 |
460 |
|
1963-1981 |
Autres |
Autres |
Autres |
00 |
000 |
Source :
Citadins et quête de sol dans les villes d’Afrique centrale, op. cité, p.
308

Relevé cadastral
de la ville de Bangui, source : Citadins et quête de sol dans les villes
d’Afrique centrale, op. cité, p.193
La seule croissance au bénéfice de
Bangui fut l’explosion démographique de la population de 1946 à
1995
|
Années |
superficie en
ha |
population
estimée |
densité pop. par
ha |
Extension an (ha)
(pop/ha) |
Moyenne |
|
1946 |
784 |
26.000 |
33 |
|
|
|
1959 |
1.384 |
80.000 |
58 |
46
|
90 |
|
1972 |
2.297 |
254.000 |
111 |
70
|
214 |
|
1985 |
3.200 |
480.000 |
150 |
69
|
250 |
|
1998 |
3.600 |
410.000 |
113 |
31
|
175 |
Source :
Citadins et quête du sol dans les villes d’Afrique Centrale, op. cité, p.119,
complétée par nous.
Un premier reflux de la population
intervint brutalement en 1996 – 1997 à la suite des 2 mutineries de l’armée
centrafricaine qui ne supportait plus, ainsi que les fonctionnaires et les
étudiants, des arriérés de salaire, de pension, de bourse et des conditions de
travail difficiles alors que les dignitaires du pouvoir n’en finissaient pas de
fêter leur victoire aux élections présidentielles de 1993. Si l’armée française
sous la houlette de Jacques Chirac n’eût renoué avec ses pires traditions
coloniales, s’en était fini du régime de Patassé.
Patassé en a conservé une rancune
farouche. Depuis, il n’a jamais été aussi fort que dans la division ethnique, le
népotisme au plan intérieur et la recherche des appuis militaires extérieurs
pour contenir la révolte du peuple centrafricain et écraser toute velléité de
démocratie et de bonne gouvernance. Il puise régulièrement dans les pierres
précieuses notamment le diamant, pour s’assurer les bonnes grâces des dirigeants
des pays étrangers et des organisations internationales qui comptent pour la
RCA. En fidèle serviteur de Jean-Bedel Bokassa, cet autre dictateur qui tint la
RCA sous ses griffes de 1966 à 1979, il s’est employé, dès la sortie des
mutineries militaires de 1996–1997, à créer et à entretenir une milice armée,
composée des éléments de sa tribu, des machines à tuer totalement dévouées à sa
cause.
De crises militaires en crises
économiques, sociales le pays était au bord de l’implosion au début de l’année
2001 lorsqu’un coup d’état dont on n’a pas fini de découvrir les vrais auteurs
et ramifications, éclata le 28 mai. « Une occasion rêvée et préparée de
longue date par le président Patassé, sa milice et les siens pour enfin donner
la chasse aux Yakomas, aux Oubanguiens et assimilés, de régler leurs comptes à
tous les gens qui les empêchaient de piller tranquillement l’Etat et de
gouverner en rond ». Le bilan est effroyable : des milliers de morts,
80.000 personnes se sont enfuies de Bangui, ont investi la brousse, la forêt
afin d’échapper à leurs poursuivants armés de coutelas, de kalachnikov. Beaucoup
sont morts épuisés de famine, de malaria, de maladies infectieuses, de morsure
de serpents, de noyade pour ceux qui tentèrent de s’enfuir par le fleuve. Les
miliciens ont décimé des centaines de pirogues chargées de femmes d’enfants et
d’hommes en fuite.
Patassé n’a pas hésité un seul
instant à recourir une nouvelle fois aux légions étrangères constituées des
chiens de garde du colonel Kadhafi de Libye et de Jean-Pierre Bemba, rebelle du
Congo-Kinshasa, pour déloger par les armes de Bangui en novembre 2001 et octobre
2002, ses partisans : « soldats et miliciens du Nord »
qui lui prêtèrent main forte dans sa haine contre les populations du Sud ou
Oubanguiens, en mai et juin 2001.
Le peuple centrafricain est plus
traumatisé que jamais. La colère gronde des quatre coins du pays. Le dénouement
ne saurait tarder si colère et révolte étaient canalisées dans un mouvement de
libération véritable.
Bangui[8],
ville souillée par les barbares, ville martyrisée ne peut en tout état de cause
espérer renaître de ses cendres d’autant qu’elle porte en elle d’innombrables
facteurs défavorables à un développement harmonieux.
La carte suivante, tirée du livre
de Piermay, déjà cité, page 253, détaille les facteurs les plus
répulsifs.

En résumé, les handicaps sont
indubitables :
- Au Nord-est, la colline de
Gbazanbangui coupe la ville de Bangui en 2. Son classement en site militaire
accentue sa répulsion d’autant plus que les constructions coloniales : la
route de la corniche, le zoo, les points d’attractions touristiques se sont
écroulés faute d’entretien.
- Au Sud et Sud-ouest, la zone
allant de Bimbo à Mamadou-Mbaïki, en passant par Malimaka, Benzvi, Lakouanga et
Pétévo, soit plus du tiers de la ville est marécageuse. Elle subit assez souvent
des inondations, des drames humains. Les moustiques y trouvent des conditions
idéales de prolifération.
La zone n’a pas connu de travaux
d’assainissement ni de campagne d’insecticide depuis l’indépendance en 1960. Les
populations vivent dans des conditions d’hygiène effroyables. Il en est ainsi
également des quartiers dits Boy-Rabe, Kilomètre12, Kilomètre22, Galagbazia et
Ouango.
Le sous-sol de Bangui est parsemé
de cavités. Le lac des Sorciers, les plans d’eau et autres mares aux grenouilles
géantes et aux crocodiles des environs de la ville, attractions touristiques du
temps où la capitale centrafricaine et le pays étaient encore fréquentables, ne
sont en fait que la conséquence des effondrements karstiques. « Des
affaissements sont provoqués notamment par le passage d’engins lourds de
terrassement, au cours de la construction des pistes d’aviation [de
Bangui-Mpoko], de Bobangui, du ranch de la Mbali. L’un d’eux s’est même produit
naturellement en pleine ville de Bangui » (1), entre les « 36
villas » et les services de la main d’œuvre en 1977.
« A la construction de
l’usine UCATEX, des chutes directes d’outils ont témoigné des cavités
importantes. A Fatima, les forages recoupèrent de nombreuses cavités dont une
supérieure à 25 mètres, indiquant une karstification importante »[9].
Les périodes de fortes et longues
sécheresses font courir des risques non négligeables à la ville. La résorption
de la nappe phréatique accentue les risques d’affaissement de
terrain.
A noter que le déboisement sauvage
de Gbazabangui constitue un autre danger. Les Banguissois courent non seulement
le risque de voir la terre se dérober sous leurs pieds mais de subir des
éboulements d’une montagne pelée par des coupes d’arbres et des
débroussaillements sauvages, à la barbe du président Patassé dont la résidence
est toute proche.
La figure de la page ci-après,
extraite de l’ouvrage d’Yves Boulvert, directeur de recherche à l’ORSTOM,
retrace la morphologie de la région de Bangui. Une morphologie déprimée,
marécageuse qui porte notamment les dépressions karstiques
ovoïdes.

Morphologie de la
région de Bangui : Source : Notice explicative, carte morphologique de
la République Centrafricaine à 1/1000 000, ORSTOM, Bangui, février 1990, tome 1,
op. cité, p 105
- A l’Ouest, l’aéroport
Bangui-Mpoko implanté en 1967 par les intérêts français à l’orée des quartiers
populaires, en dépit de toute prévision et de bon sens, est aujourd’hui
pratiquement circonscrit. Clin d’œil ou comble d’ironie ? Le quartier
construit en bout de piste de l’aéroport se nomme Boeing ! Deux accidents
d’avion au décollage et à l’atterrissage ont causé de nombreuses victimes,
passées sous silence en pure perte par l’Etat.
- Sur le plan de stratégie
militaire et c’est le handicap irréductible, chacun sait que la capitale
centrafricaine est très mal située. Bangui fait face à Zongo, territoire
congolais. Nous connaissons tous les pérégrinations politiques du président
Patassé qui n’a de cesse, depuis son entrée en politique de jouer l’unique
partition qui lui accorda de rôle exclusif.
Il est capable de s’allier avec le
diable pour le pouvoir. On l'a vu dans les alliances de circonstances nouées au
cours des neuf dernières années.
Le pays n’est pas assuré que ses
trahisons successives ne dégénèrent jamais en confrontations armées avec un pays
voisin. Ses gesticulations tantôt à la frontière avec le Cameroun, tantôt à la
frontière avec le Tchad, tantôt à la frontière avec le Soudan pour détourner
l’attention sur ses déboires internes révèlent l’instabilité de ce président
pour le moins atypique. Si par malheur ses dérapages devaient dégénérer en
conflit armé avec par exemple la République Démocratique du Congo, Bangui et sa
population en payeraient un très lourd tribu. Des obus et mortiers tirés depuis
les hauteurs du village Zongo, situé de l’autre côté du fleuve Oubangui formant
la frontière avec ce pays, pourraient anéantir la capitale centrafricaine en
quelques minutes.
En plus de ces facteurs physiques
défavorables il convient d’ajouter un autre plus grave : la corruption qui
a profondément gangrené les rouages de l’Etat et détourné l’essentiel des fruits
de dur labeur de tout un peuple. Les tentacules de la pieuvre ont totalement
enserré les rouages de l’Etat et la ville de Bangui. Rompre avec la corruption
implique, au-delà d’actions spectaculaires et symboliques, la détermination
politique la plus forte, une gestion transparente toujours dans l’intérêt
supérieur de la nation, une égale attention aux quatre coins cardinaux du pays,
une éducation citoyenne.
![]()
Patassé n’est pas éternel.
Sa chute est inéluctable, l’échéance tient plus de la détermination d’une élite
éclairée, prête au combat, dans l’union véritable et en symbiose avec les
populations, que de toute autre cause ou raison. L’autre question qui fait
problème est la nature de la relève. On en est préoccupé à juste titre car en
dehors de Barthélemy BOGANDA et de ses intrépides compagnons décimés par une
mort violente, la RCA est dirigée depuis 1960 par ce que mère TABOUTOU
qualifiait « de sous hommes indignes de porter le noble nom d’homme en
raison de l’idée qu’ils se font de la RCA et de leur pratique sociale ». A
son avis, le pays avait suffisamment souffert de la colonisation et le peuple de
la négation de ses droits, pour que les nouvelles élites ne se conduisent jamais
en vils mercenaires.
Aussi, il devrait être acquis que
les compatriotes qui aspirent à quelque poste de responsabilité que se soit dans
notre pays, doivent avoir fait non seulement la preuve de leurs capacités
professionnelles dans les domaines qui sont les leurs mais de leurs pratiques
sociales, de leur volonté de rompre avec le passé douloureux ; qu’ils aient
été mêlés, même de loin en tant que fils, filles et parents de « tous ceux
qui ont contribué, même au niveau de l’administration, à ruiner la RCA depuis
l’indépendance ».
Un acte fort, un acte de grande
portée politique : annoncer, prendre l’engagement dès à présent de
transférer la capitale de la RCA en un autre lieu, dans les 6 ans à compter de
la date de liquidation du régime de Patassé, le plus grand mal que le pays ait
jamais connu. Les gens manquant de vision, de courage et tous ceux qui n’ont
jamais vécu qu’aux dépens des autres, en particulier de l’Etat, des subsides de
l’étranger et des organisations internationales trouveront l’entreprise
pharaonique, comme si les premiers pharaons, bâtisseurs d’empire n’étaient point
des hommes et des Noirs, comme si la création, la production de la richesse
était totalement et définitivement inaccessible à nous autres
Centrafricains.
La RCA dispose pourtant d’énormes
potentialités à commencer par la terre, l’eau[10]
et le soleil. Viennent ensuite des ressources agricoles, pastorales,
cynégétiques, hydrauliques et enfin, minières. Il ne tient qu’à nous de les
transformer en richesses, au profit de tous les Centrafricains, pour la grandeur
de notre pays et de l’Afrique.

Source :
Milieux et paysages, C. BLANC-PAMART, Y. BOULVERT etc. éd. MASSON, Paris, 1986,
p.89
A ceux dont la tâche pourrait
paraître insurmontable en raison du coût des investissements, la première série
de réponse à livrer de suite est que :
- l’argent est une création
humaine. L’argent fuit les inactifs, les imbéciles et tous ceux qui attendent
que tout leur tombe du ciel.
- certains de nos aïeux ont su
frapper monnaie : nguénza, procéder à des échanges commerciaux dans un
espace géographique plus peuplé que la RCA. Lorsque les Centrafricains se seront
mis résolument au travail, lorsqu’une gestion rigoureuse et démocratique de
l’Etat aura été instituée, appliquée sans faiblesse et lorsque l’Etat aura
inspiré confiance, l’argent (y compris les devises étrangères) se portera à
leurs guichets.
- nos ascendants ont su bâtir des
cités en utilisant la main d’œuvre nombreuse, disponible, toujours généreuse. A
nous de savoir renouer avec le passé glorieux tout en puisant dans les
techniques de notre temps et du monde en mouvement.
Mais avant de suggérer toute
localisation de nouvelle capitale pour la RCA, essayons de définir les critères
objectifs qui concourent à la fondation d’une ville agréable, belle et bonne à
vivre.
3.6 Sites et facteurs favorables
pour la création d’une ville bonne à vivre
Une grande rivière ou mieux encore
un fleuve étale majestueux, ses flots et éclats dans la plaine surmontée de
superbes vallées, elles-mêmes ponctuées de collines et montagnes qui s’observent
au loin, de pic en pic et ou se répondent en écho. De tels sites ont été courus
de tout temps par des bâtisseurs en raison de leurs caractéristiques
hospitalières et stratégiques.
Les belles et grandes villes
historiques du monde qui nous enchantent ont été érigées sur de tels
sites : Paris, Budapest, Moscou, Madrid, Prague, Rome, pour ne citer que
celles-là. Des sites similaires jalonnent la République Centrafricaine, de
Baboua à Obo et de Mbaïki à Birao. La diversité de la nature et du paysage
centrafricain est éblouissante.
Le triangle Mbrés - Bria - Bambari est de toute beauté. Tout y
est :
- une des plus belles densités humaines du
pays,
- la terre et l’eau à
foison,
- une agriculture et un élevage qui ne
demandent qu’à s’intensifier pour faire prospérer les
hommes,
- des gisements et matériaux nécessaires
pour des constructions durables et de qualité.
De surcroît ce fameux triangle
(Mbrés-Bria-Bambari) se situe au centre de la République Centrafricaine. Il est
tout indiqué pour recevoir une ville centrale. Y implanter la capitale serait
une avancée déterminante pour le pays tout entier.
Bambari est le haut lieu de tous
les carrefours du pays centrafricain, de l’Est à l’Ouest et du Nord au Sud.
Situé à équidistance de Bouar, dernière ville de l’extrême Ouest, à la frontière
avec le Cameroun et d’Obo, ville de l’extrême Est, à la frontière avec le
Soudan, Bambari occupe sur le plan géographique et économique une place de
premier plan.
Avant de tracer, à grands traits
ce qui peut être une vision d’avenir, voici, tout aussi brièvement tracé, des
aperçus historiques, démographiques et économiques de la ville de
Bambari.
A ce stade d’étude, j’observe
d’ores et déjà que la RCA ne manque pas d’intellectuels et de techniciens
talentueux. Si quelques-uns, je pense notamment aux urbanistes, architectes,
ingénieurs, géomètres, économistes, artistes, sociologues, voulaient bien
travailler ensemble et plus en détail ce sujet, les résultats seraient autrement
pertinents. Je ne doute pas que le peuple ainsi pleinement éclairé, fasse sienne
ce projet.


4.1 Bambari, bref aperçu
historique, humaine et géographique
Implanté aux bords de la Ouaka en
1906 par un détachement militaire colonial dirigé par Seguin, lui-même envoyé
par Henri Buchon, administrateur adjoint du Territoire du Haut Oubangui[11].
Le poste de Bambari fut érigé en chef lieu de la circonscription militaire six
ans plus tard en 1912.
Bambari prit véritablement son
essor à la fin de la deuxième guerre mondiale en 1945. Il connaît depuis un
développement remarquable jusqu’à la crise économique et politique de 1989.
Certes nous disposons moins de données sur cette ville et la littérature est
moins prolixe que sur Bangui mais les informations accessibles ne sont pas moins
intéressantes.
-
superficie/population
|
Années |
superficie en
ha |
population
estimée |
densité pop. par
ha |
Extension an
(pop/ha) |
Moyenne (ha)
|
|
1940 |
- |
6.000 |
|
|
|
|
1945 |
- |
9.363 |
|
|
|
|
1959 |
800 |
19.382 |
24 |
|
|
|
1971 |
1200 |
29.008 |
24 |
33
|
24 |
|
1980 |
2000 |
41.986 |
21 |
89
|
16 |
Source :
Placide BALENGONDJI, Analyse d’un cas de ville en doublement de population
depuis l’indépendance : 1960-1980, Bambari en République Centrafricaine.
Thèse de doctorat de 3ème cycle de géographie, Rouen, 1983, p 17 à 22
Centre multi ethnique
contrairement aux autres villes de province, qui sont mono ethniques, Bambari se
flatte de son microcosme melting pot. C’est en effet, après Bangui, la ville à
avoir compté 28 ethnies au recensement de 1959 effectué par les services
français de l’INSEE. Cette particularité ne s’est pas démentie après
l’indépendance de la RCA.
Les Bandas, ressortissants de la
région de la Ouaka sont certes plus nombreux : 87% de la population de la
ville 1959. Mais cette proportion est tombée à 72% au recensement de 1982, signe
caractéristique s’il en est, d’une ville ouverte qui se développe sans
accros.
-
recensements 1959-1982, évolution
de la population par ethnie
|
Ethnies |
Recensement
1959 en
% |
Recensement
1982 en
% |
Evolution
+ - en
% |
|
Banda |
87, 03 |
71,84 |
-
15,19 |
|
Mandja |
3,
60 |
3,90 |
+
8,33 |
|
Yakoma |
2,
03 |
3,28 |
+
1,15 |
|
Banziri |
0,
81 |
1,79 |
+
0,98 |
|
Zandé |
0,
71 |
2,11 |
+
1,40 |
|
Nzakara |
0,
67 |
1,
48 |
+ 0,
81 |
|
Gbaya |
0,
41 |
1,
23 |
+ 300,
00 |
|
Ngbaka |
0,
14 |
0,
08 |
+ 0,
06 |
|
Autres
ethnies |
0,
76 |
9,
63 |
+ 126,
71 |
|
Etrangers |
3,
84 |
4,
06 |
+ 19,
68 |
|
Total |
100,
00 |
100,
00 |
|
Source :
Analyse d’un cas de ville en doublement de population depuis
l’indépendance : 1960-1980, Bambari en République Centrafricaine. Thèse de
doctorat de 3ème cycle de géographie, op. cité, p. 28 à 30 et notes
de J Bouvier
Une approche plus fine de la
population fournit des informations intéressantes. Ainsi, en 1975, sur 28.645
résidents recensés à Bambari, 14.196 étaient nés ailleurs soit 49,55 % contre
50,45 natifs de la ville.
Bambari est en effet à l’image du
pays : jeune. Outre une importante population scolaire (11.557 élèves en
1980/1981, ce qui situe Bambari au 4ème rang des villes du pays sur
ce point), la proportion des jeunes de moins de 20 ans : 55,20 % de la
population urbaine en 1975 est toute aussi importante. La ville a su faire la
place à tous même si elle n’a jamais eu les moyens d’offrir à cette jeunesse un
avenir.
L’enquête réalisée en 1982 par
Placide BALENGONDJI pour sa thèse de géographie déjà citée est assez
significative. Sur 139 élèves âgés de 11 ans à 18 ans fréquentant les
établissements scolaires primaires et secondaires de Bambari sur lesquels il
s’est penché :
|
Classes |
Nés à Bambari
effectifs |
Nés ailleurs
effectifs |
Total |
|
Cours
moyens |
23 |
68 |
91 |
|
Classe de
3ème |
17 |
41 |
58 |
|
Classe
terminale |
88 |
32 |
40 |
|
Total |
48 |
141 |
189 |
|
En
% |
25,40
% |
74,60
% |
100,0
% |
Source :
Thèse de doctorat de 3ème cycle op. citée, p 35
La ville draine un bassin de
population importante, en provenance de la région et bien
au-delà.
Par ailleurs, Bambari a toujours
accueilli des étrangers. Parmi ceux-ci, outre les Européens, les Africains, on
compte un grand nombre d’Africains aussi bien des pays limitrophes : Tchad,
Cameroun, Congo, Zaïre, Soudan, que l’Afrique de l’ouest : Nigeria,
Sénégal, Mali. Une petite communauté d’Africains du Nord : Algériens,
Libyens y résida dès les années 1950.
A Bambari comme partout ailleurs
sur toute l’étendue du territoire de la RCA, la langue Sango symbole de l’unité
nationale, est parlée par toutes les communautés, de la tribu majoritaire ici
Banda, à la plus minoritaire en terme d’effectif.
L’administration coloniale
française et les commerçants européens des années 40 et 50 ont pourvu cette
ville des infrastructures de base qui en ont fait la 2ème
agglomération de l’Oubangui-Chari et de la République Centrafricaine.
Contrairement à Bangui, les centres de décision et lieux de pouvoirs ne furent
point concentrés en centre ville, à l’écart des populations
autochtones.
Ville bercée par la Ouaka, une
grande et belle rivière qui n’a rien à envier à la Seine par exemple, et coiffée
par quatre collines harmonieusement disposées: kaga[12]
Broto à l’Est à la sortie vers Alindao, kaga Kidjigra à l’Ouest à la sortie vers
Grimari et Kouango, kaga Secteur IV, suivi de Wangaï vers le « petit
marché » au Nord-est, à la sortie vers Yppi et Bria. Laméndré marque le
périmètre urbain de Bambari au Sud.
Les centres administratifs et
lieux de pouvoir ont été assez bien implantés dans les années 1940 –
1950.
L’aérodrome est à 20 Km de la
ville, non loin de l’Institut de recherche du coton et textile[13].
Bambari offre en sa sortie Nord,
vers Ippy et Bria et vers sa sortie Est, vers Bokolobo et Alindao, de superbes
plateaux où des tendres prairies à l’image de la pampa d’Amérique du sud
réservent le meilleur accueil aux troupeaux de bovins. Les populations de Peuls
venues du Sahel, s’y sont fixées depuis des générations pour faire prospérer
leurs cheptels.
Les gorges profondes dans
lesquelles serpente par moment la Ouaka en amont de Bambari, sont toutes
indiquées pour encrer un bel et solide ouvrage en vue de produire l’électricité
dont la ville a besoin au lieu du groupe électrogène obsolète actuel, en panne
depuis des lustres, dont les nantis du centre ville sont mécontents à juste
titre.
Mais on serait certainement mieux
inspiré d’exploiter la richesse dont la nature a généreusement pourvu la RCA. En
effet, à 200 Km de Bambari les chutes de la Kotto déversent chaque jour, des
millions de mégawatts en pure perte sur des rochers et crevasses. L’exploitation
de cette merveille de la nature aurait plusieurs
avantages notamment :
Le plan d’urbanisme de Bambari
conçu dans les années 50, à l’époque de la loi Defferre ou loi cadre pour le
développement économique et social des territoires d’Outre-mer, fut en avance
sur tout ce qui s’élaborait à l’époque dans la zone. Les quartiers populaires
étaient sillonnés de routes, souvent bien droites, à l’américaine. Cinquante
années plus tard on est toujours frappé à Bambari, par la rectitude des
quartiers, une certaine propreté, héritage d’un passé d’ordre et de discipline.
Ce plan actualisé en 1966 par JF Bouvier architecte, figure à la page ci-après,
suivi de celui des réseaux d’eau et d’électricité élaboré en
1981.


Bambari est au cœur du réseau
routier de la RCA. Cette ville au carrefour de toutes les transactions et
importantes migrations centrafricaines fut longtemps desservie par voie
fluviale. Des bateaux à vapeur français remontaient ou descendaient l’Oubangui
jusqu’à Kouango et s’engageaient sur la Ouaka, à destination de Bambari distant
de 120 Km environ de l’embouchure de ce qui était alors la voie
royale.
Les investissements et
potentialités rappelés ci-dessus peuvent être réactivés avec la meilleure
volonté d’autant plus facilement que les populations y trouveront pour une fois,
l’occasion de s’investir pour le compte de leur pays et pour leurs propres
comptes.
A bien des égards, la ville de
Bambari offre aujourd’hui plus d’attraits et d’opportunités que Nouakchott,
oasis érigé en capitale d’un pays, la Mauritanie en 1960 ou même Ouagadougou,
devenue capitale de la Haute-Volta (Burkina-Faso) à la même
époque.
Encore une fois, tout est dans la
volonté des hommes et des moyens qu’ils veulent bien se donner. L’attente du bon
vouloir des bailleurs de fonds étrangers, de la banque mondiale et autres a
donné les résultats que l’on sait.
Le pillage systématique des
faibles ressources de la Nation par une classe politique corrompue qui a érigé
le crime en système de gouvernement, a fini par rendre exsangue en 42 ans
d’indépendance un des pays d’Afrique Noire qui avait des atouts non négligeables
et un réel avenir. Il ne faut pas pour autant désespérer de la RCA et des
Centrafricains. Le peuple
dont la générosité, l’ardeur au travail ne s’est jamais démentie est prêt à
relever le défi. Il est prêt à se mettre à l’ouvrage, à créer la richesse vraie
par le travail. Il ne demande qu’une juste rétribution, les outils nécessaires
pour accomplir la tâche et la considération.
Construire une ville et prendre
plaisir à l’habiter participe d’un défi merveilleux. Construire une nouvelle
capitale en un lieu choisi par le peuple souverain est un challenge, une
aventure dont une, deux, voire plusieurs générations de femmes et d’hommes
peuvent rêver légitimement. Je suis persuadé que le peuple engagé derrière des
leaders intègres, travailleurs, à cœur de construire leur pays, Centrafricains
mais citoyens du monde, ouverts aux progrès et au monde en mutation, se sentira
partie prenante dans cette belle et grande aventure. Le peuple sera à juste
titre fier d’une oeuvre dont il sait qu’elle portera ses marques et qu’il
consent de laisser en fier héritage aux générations
futures.
La République Centrafricaine n’est
pas le Sahel. Son sol et sous sol recèle de richesses ; le diamant, l’or et
l’uranium n’en sont que l’infime partie qui brille dans la nuit. Une nuit qui la
recouvre d’un manteau si épais que d’aucun voudrait l’y tenir prisonnière et
pour cause. La ville de Bambari est pratiquement au centre de toutes les
richesses[16].
Y implanter la capitale du pays participe de la stratégie de remettre le pays
réel au travail, de l’éveiller à la vie, de le réintégrer dans le concert des
Nations libres et dignes.
Voici donc un projet à la mesure
des rêves d’un peuple. Les Centrafricains doivent débattre de cette idée de
transférer leur capitale dans les 4 à 6 ans qui suivront la chute de Patassé et
de son régime, considérés à juste titre comme des
vampires.
Bambari réunit tous les atouts
possibles pour abriter le siège du gouvernement et devenir capitale de la
République Centrafricaine réconciliée, entreprenante, prospère, solidaire.
Il faut expliquer les enjeux, le
caractère profondément national, unitaire du challenge pour engager un débat
public et serein.
Je suis heureux et honoré d’ouvrir
ce débat.
Jean-Bosco
PELEKET
Paris, novembre 2002 (3ème
édition, ndagba mbéti 3)
A mon retour des vacances de l’île
d’Oléron cet été 2002, pendant lequel je me suis attelé à la rédiger, j’ai remis
cette réflexion à certains amis, souhaitant recueillir quelques avis avant de la
soumettre complètement à la sagacité de tous les compatriotes. Les réponses qui
me sont parvenues jusqu’ici peuvent être classées en 3
rubriques :
L’argumentation développée ici
tourne généralement autour de la sempiternelle critique des occidentaux
concernant la décision légitime de certains pays en développement de transférer
la capitale politique de leur Etat en un lieu généralement plus central, pour
affirmer la renaissance nationale, la foi dans l’unité, l’avenir et dans un
développement maîtrisé.
Cette critique tendrait à faire
croire en quelque sorte à l’incapacité des ex colonisés de bâtir de nouvelles
capitales et de mieux les faire vivre en lieu et place des ex chefs lieu de
colonie, laissés par les puissances coloniales européennes. L’exemple de
« l’échec » de Brasilia (1957) au Brésil, d’Abuja (1975) au Nigeria et
de Dodoma (1976) en Tanzanie est régulièrement cité. Mais ces critiques évitent
soigneusement de relever que la Turquie des temps modernes inaugura sa nouvelle
capitale Ankara en 1923, l’Etat de Panjab en Inde : Chandigarh en 1951,
l’Etat d’Israël : Tel Aviv en 1960. Le même Israël choisit plus tard
Jérusalem pour des raisons éminemment politiques.
Par ailleurs ces critiques se
gardent bien d’expliquer les « échecs » d’Abuja, de Dodoma ou de
Yamoussokro dont pourtant les plans d’urbanisme et l’architecture ont été
assurés par les expatriés, Européens essentiellement. Je ne m’attarderai donc
pas sur ces critiques dont on perçoit bien qu’elles reposent sur une certaine
idée que certains occidentaux se font notamment de l’Afrique, de la
négation de l’émergence de nouvelles identités et nations. Mais dans la bouche
de Centrafricains qui s’affichent par ailleurs progressistes et panafricains,
cela dénote de cette aliénation profonde qui paralyse le cerveau. Pire lorsque
Barthélemy BOGANDA est appelé à la rescousse, pour la défense de « Bangui
capitale éternelle de la RCA », cela tient alors de la méconnaissance de
cet homme, éternel rebelle, qui ne s’embarrassait point d’icône et pour qui le
seul sacrifice qui valait, était l’intérêt supérieur de ses compatriotes et de
la nation en construction.
A noter que le caractère plus
multi ethnique de Bangui a valu la faveur de certains de mes interlocuteurs
immédiats. Ils craignent que tout changement de capitale ajoute aux relents
tribalistes que le président Patassé s’est attaché à inoculer aux
Centrafricains. Mais là encore, je réponds que c’est mal connaître la RCA et les
Centrafricains d’une manière générale que de soutenir cet argument. Précisément
le pays entier résiste à la « rwandacisation », au cataclysme ethnique
parce qu’il est profondément « métissé ». Très rares sont les familles
centrafricaines où les membres ne se sont mariés qu’entre gens de même village
et de même tribu.
Enfin, l’avenir d’un pays ne peut
être construit sur des bases d’alliances ethniques pas plus que sur un
repliement culturel. Les gouvernants et tous ceux qui aspirent à quelque poste
de responsabilité que se soit au niveau de l’Etat doivent être sans équivoque à
ce sujet. Si l’élite ne tire pas des leçons de la déchéance actuelle de l’Etat
et des malheurs du peuple, si elle est incapable de proposer des solutions
hardies et réalistes de reconquête, si elle ne travaille pas à la refondation de
la Nation, alors le monde de globalisation qui se construit à grande vitesse
sous nos yeux aura vite fait au mieux de maintenir la République Centrafricaine
en vassal et au pire de la satelliser.
Je veux espérer que le débat[17] qui s’ouvre avec cette proposition, sera rigoureux et profitable.
Pour une nouvelle capitale de la
République Centrafricaine est une prospective, argumentée,
construite avec rigueur par Jean-Bosco PELEKET. Elle est livrée à la
réflexion des Wakodro, des Centrafricaines et Centrafricains. Un véritable
plaidoyer pour une renaissance. La radiographie de la capitale actuelle de la
RCA démontre principalement deux choses : tout d'abord, la ville de Bangui bâtie
sur un terrain poreux, à la frontière avec le Congo, court un risque majeur
d'effondrement. Elle est à la merci d'éventuel va-t-en guerre. Par ailleurs, la
ville de BANGUI, s'étale sans volonté politique, construite sans plan
d'urbanisme approprié, sombre dans une situation inextricable. Il devient donc
urgent de lancer un SOS et d'installer la capitale politique de la RCA sur un
site nouveau.
Pour Jean-Bosco PELEKET, la ville
de BAMBARI est mieux indiquée pour devenir le siège du gouvernement de la
République Centrafricaine en raison de ses atouts notamment économiques et
stratégiques. Une nouvelle capitale voulue, bâtie par les Centrafricaines et les
Centrafricains qui doivent compter avant tout sur leurs propres forces, sur les
atouts et les potentialités du pays. Une ville entreprenante, prospère,
solidaire, réconciliatrice et belle qui répond à leurs aspirations.
Le débat est lancé. Puisse ce
projet inspirer notre communauté entière : Centrafricains de l'intérieur et
Centrafricains de la diaspora, pour un débat serein et réellement
profitable.
Victor BISSENGUE
http://www.sangonet.com/bambJBP/caprca.html
Mbi séngba a séwa kuè. Mo moléngé
ti Bê Afrika so mo yèkè na kodro wala mo, moléngé ti Bê Afrika so mo yèkè na li
baga wala na kodro ndin.
Ala mingi a wala mbéti so. A mbèni
mingi a maa tèné ni nga.
Ala so a yèkè na ordinateur si a
léngbi ti lii na internet, ala mingi ala wala mbéti so. Ala diko ni zoni. Mingi
a yé ndani.
Ala mingi a tokua na mbi maboko,
ala wounda mbi a tènè : mbi zia zoni kôdè so, a ti
pèpè.
A mbèni nga a yéda mè a wounda mbi
a tènè : é kou kété Bê Afrika a londo na ya ti passi so Patassé a bi lo
daasi
Na a siwa so kuè mbi yé ti mou na
ala singila kuè kuè kuè.
Mbi wounda na ala nga. Ala ngba
lakuè maboko na maboko na mbi, na a ita kuè. Ala faa mbéti so na a zo mingi
mingi a wou. Kodè so a yèkè fadéso kodè ti a séwa ti Bê Afrika kuè kuè
kuè.
E bombi si wala é lèkè Bê Afrika
péndéré
E bombi si wala é lèkè kota
likodro ti Bê Afrika
Likodro ti Bê Afrika a lingbi ti
douti tongana mama. Mama a yé a moléngué ti lo kuè, Mama a bata a moléngué ti lo
kuè si fami ti lo a loti, si a alé ti lo amaï, a goundou na santé wala na kodè,
si a alé ti lo a ya fami, a ya kodro na ndozou.
Tonga na é yèkè mingi mingi ti ya
kodè ti zi likodro ti Bê Afrika na Bangui, ti zia na Bambari fadé a kotagbia ti
Bê Afrika ni a lingbi ti gbo liti ala. So taa ténè là biani !
Patassé na a wazi ti lo, na a
munzu vuko so a yèkè ne tèrè ti lo, ala bouba kodro ti é biani. Ala faa zo mingi
mingi, ala bouba Bangui kpolélé. Ti ya kotalikodro so na ndozou, ti lèkè gi lo
oko, fadé a yèkè kota koua na passi mingi. Mbi unda na ala kuè kuè kuè, ala gbo
li ti ala, ala unda : ndowa si, a léngbi tidou zoni kotalikodro ti Bê
Afrika ?
So taa kestion
là biani ! *
Je dédie ce travail à chaque
Centrafricaine et à chaque Centrafricain. Je demande à tous de s’en emparer
véritablement et de le nourrir. Les appels, courriels ou mails et notes qui me
sont parvenus depuis la première publication sont de plus en plus enthousiastes. Presque tous attendent la
refondation de notre pays par un acte fort qui, au-delà du rêve, renvoie
concrètement les Centrafricains à leur devise : Unité Dignité
Travail.
Depuis le coup d’état du 15 mars
2003, le régime Patassé appartient désormais au passé et à l’histoire. Une histoire si
épouvantable que la page doit être tournée rapidement mais jamais oubliée. Comme
tous les Centrafricains, j’en ai été profondément affecté. Mes compatriotes
voudront bien ne pas me tenir rigueur du
sentiment qui a pu transpirer dans ce travail mené avec rigueur malgré
tout.
Au fond de lui-même Patassé ne
doutait plus de la fin de son règne. Aussi avait-il pris des dispositions pour
nettoyer par le feu la trace de ses turpitudes, malversations et crimes. Ainsi
quelques heures après la prise du pouvoir par les insurgés sous la conduite du
général François BOZIZE, le dernier carré de la garde prétorienne et hommes de
main du dictateur prirent d’assaut les ministères, administrations centrales et
sociétés d’état. Méthodiquement : ordinateurs, archives, coffres forts
furent mis à sac, les bâtiments saccagés et incendiés. Ce qui reste de Bangui
doit le salut au courage des compatriotes en lutte, à la détermination de leurs
chefs et aux troupes tchadiennes venues à la rescousse, sur les ordres du
président Idris DEBIT. Plus que jamais, Bangui n’est ville et capitale que de
nom.
Le cyclone Patassé a tout dévasté
sur son passage !
La question du bien fondé de la
localisation de la capitale centrafricaine est donc plus que jamais d’actualité.
En effet, est-il approprié de mobiliser, d’engloutir les ressources de la nation
toute entière pour reconstruire Bangui au détriment de l’ensemble du pays ?
Au fond, qu’est ce que Bangui a apporté à la République Centrafricaine depuis le
13 août 1960 ?
* J’ai usé sciemment d’un sango
plus courant pour me faire comprendre de tous les compatriotes que la langue des
livres et de certaine académie.
[1]
Pierre Kalck, Barthélemy
Boganda, Elu de Dieu et des Centrafricains, éditions Sépia, Saint-Maur, 1995, p.
166 et 171
Se
référant à l’histoire tragique de l’Afrique B. Boganda plaida de toute sa force
et toute sa vie durant pour la constitution d’un seul Etat en Afrique
Centrale : « L’indépendance dans l’isolement est une dangereuse
illusion. Notre unité sera la condition sine qua non de notre indépendance. En
partant de ce qui a été déjà fait par l’administration coloniale, nous ferons de
l’A.E.F. une nation moderne. Voilà ce que la jeunesse et le peuple aéfien tout
entier attendent de leurs élus responsables désormais de leur pays. Et puisque
cela est réalisable, nous devons le réaliser, sinon nous serons jugés et
condamnés par la postérité comme traîtres à notre mission. Car à l’époque où les
grandes nations sont dépassées et cherchent à s’unir, le tribalisme et la
balkanisation de l’Afrique seraient un crime contre la race
noire… »
« La division, le tribalisme,
l’égoïsme, l’absence de sentiment national nous ont valu quatre siècles de
servitude… C’est le siècle des grands ensembles. L’heure a sonné, Africains. Il
faut détruire les cloisons des clans. Il faut démolir les limites des tribus. Il
faut renverser les barrières des frontières artificielles et
arbitraires. »
« Vouloir créer au vingtième
siècle des poussières d’Etats, c’est une politique rétrograde à courte vue et
d’intérêt immédiat dont le résultat sera la disparition à brève échéance de ces
mêmes Etats et la perte de leur indépendance »
[2] Villes
congolaises -Etudes de géographie urbaine et sociale-, Jean Dresch, cité par
Yves Boulvert, Bangui 1889-1989, Points de vue et témoignages, Ministère de la
coopération et du développement Paris, 1989
[3]
Ibid.
[4] Jean-Luc
Piermay, Citadins et quête du sol dans les villes d’Afrique Centrale, éditions
l’Harmattan, Paris, 1993, p 92
[5] Pierre
Kalck, Histoire de la République Centrafricaine, éditions Berger Lerault, Paris,
1974, p 282.
[6] Cf. les
œuvres des musiciens tels que Dominique Eboma, Jean Magalé, Prosper Mayélé, de
la poétesse Marie-Jeanne
Caron
[7] Munzu vuko, traduit
littéralement = blanc à la peau noire, est le sobriquet dont les Ngbandis
ont affublé les miliciens et les supplétifs Noirs au service des colons dans les
années 1910. Les munzu-vukos étaient aussi brutaux et arrogants à l’égard des
populations autochtones que les colons en quête de caoutchouc, de l’or ou du
diamant.
Ce sobriquet fit fortune dans la
bouche de Barthélemy BOGANDA dans ses campagnes pour le respect des droits de
l’homme et la dignité des Noirs en Afrique Equatoriale
Française.
Albert LONDRES, Barthélemy BOGANDA
pour ne citer que ces deux là s’en retournent sûrement dans leur tombe. Les abus
qu’ils dénoncèrent naguère sont encore en vigueur de nos jours,
«Service – service ! Vociférait
le tirailleur.
Dès que le Noir représente
l’autorité, il est féroce pour ses frères. Il frappe, saccage leur case, mange
leur mil, ingurgite leur bangui, exige leurs filles. La chéchia a de belles
vertus sur les bords du Niger !» … y compris sur les bords du Chari et de
l’Oubangui. Cf. une série d’articles sur « Quatre mois parmi nos Noirs
d’Afrique » d’Albert Londres, parus dans Le petit parisien entre le 12
octobre et le 11 novembre 1928, repris par l’auteur sous le titre Terre d’ébène
puis La traite des Noirs, collection 10/18, Paris 1984, p.
246
Les « Sowéto » ou maisons
en plastique importées d’Afrique du sud en 1979–1980 au moment le plus fort de
l’apartheid n’ont pas soulevé de protestation ou la moindre indignation d’une
élite empêtrée dans ses contradictions et plus préoccupée par sa part de gâteau
(kobè ti yanga) que par une conscience politique.
Le programme des Sowéto n’a pas été
entièrement réalisé. Une bonne partie des fonds empruntés à l’Afrique du sud fut
tout simplement détournée par les gouvernants.
Sur 502 maisons prévues au départ,
des éléments préfabriqués pour édifier 392 « sowéto » sont parvenues à
Bangui. En fin de compte 291 ont été montées soit une perte de 42 %
!
[8]
Je ne puis passer sous
silence la description que l’écrivain Vassilis Alexakis a faite en 2002 de
Bangui. Dans son dernier roman, « Les mots étrangers » aux éditions
Stock, Paris, il a dressé sans le vouloir, un bilan implacable de ces présidents - rois
fainéants qui continuent de régner sans partage sur la République Centrafricaine
depuis l’indépendance nominale de ce pays en 1960.
p.195 « … J’ai remarqué un
bâtiment très quelconque, à deux étages, en béton. Cent mètres plus loin, Yves a
éteint le moteur du véhicule et m’a invité à descendre.
- Nous sommes au centre ville, m’a-t-il
annoncé avec une certaine emphase comme pour enlever un doute de mon
esprit.
En dehors de l’immeuble que j’avais
repéré, aucune autre construction n’émergeait de la foule qui nous entourait,
nous pressait, nous empêchait d’avancer. Où donc logeaient tous ces
gens ?
p.196 … Bangui est pourtant une
grande ville. Elle s’étend sur douze kilomètres et compte un demi-millionn
d’habitants. Mais elle n’est pas bâtie en hauteur. Elle forme un labyrinthe de
petites cases. Malgré ses cent ans, elle a toujours la taille d’un enfant. C’est
un enfant perdu dans la foule.
p.205 On ne songe pas habituellement, quand on
dispose de quatre pieux d’un mètre et demi à deux mètres de long, de quelques
planches et carton d’emballage, qu’on possède une maison. On en a une pourtant.
Le long des rues de Bangui, bien des familles, des milliers de familles sans
doute, habitent dans des abris aussi sommaires. Un tissu ou une bâche leur tient
lieu de façade. Ce sont des maisons où l’on ne peut que faire de petits rêves.
Elles ne servent que de dortoirs. Leurs occupants vivent en fait à l’extérieur.
Ils se lavent dans la rue, font la cuisine dans la rue, mangent dans la rue. La
rue est une espèce de cour intérieure…
p. 206… Derrière des cases de fortune qui ressemblent étrangement à la bicoque de Caragouizis, le héros affamé et rusé du théâtre grec, et qui me rappellent l’indigence dont la Grèce a souffert jusqu’aux années 1950, il existe des habitations plus solides, en terre sèche, en briques ou en ciment. Les plus cossues sont coiffées de tôle ondulée. C’est dire qu’elles ne donnent pas l’impression de richesse. Elles ont cependant des barreaux aux fenêtres et sont surveillées par des gardiens. Tous les murs d’enceinte sont piqués de tesson qui perpétuent le souvenir de la colonisation française : ce sont des débris de bouteilles de bordeaux ou de bourgogne. Il faut être bien démuni pour songer à escalader ces murs et à dévaliser ces maisons. Bangui se méfie énormément de ses habitants. C’est une ville où la misère convoite la pauvreté ».
[9] Yves Boulvert, Notice explicative,
carte géomorphologique de la République Centrafricaine à 1/1000 000, ORSTOM
Bangui, février 1990, tome 1, p 104
à 109 et p 112
[10] Le XXI ème siècle sera probablement
celui de l’eau. Les pays en manque de fleuves et de rivières et les peuples sans
eau sont condamnés. A moins que les autres, dans leur grande sagesse et
magnanimité, acceptent de partager le précieux liquide. Les Centrafricains
ont-ils conscience d’avoir été particulièrement bien pourvus dans ce domaine
?
[11] A BIRAS, érigé capitale du Haut
Oubangui par décret du gouvernement
français en date du 13 juillet 1894, se situait non loin de Bémâ, en face de la
localité de Yakoma occupée par les Belges de l’autre côté du fleuve
Oubangui.
[12] Le terme kaga en Banda
signifie : colline ou montagne
[13] L’IRCT de Bambari était « la
plus importante station de l’Afrique Equatoriale Française. Etudes sur le coton,
sisal, ramie et plantes à filasse. Etudes techniques et économiques de la
mécanisation des cultures. Centre génétique et section d’entomologie et de
phytopathologie » cf. R. Gauze, guide touristique et cynégétique de
l’Oubangui-Chari, imprimerie Ozanne, Caen 1958, p. 190
[14] L’amnésie
semble être le mal profond des gouvernants et apparatchiks centrafricains à
moins que le pillage des archives nationales dont l’opération barracuda révéla
l’ampleur en septembre 1979, ne soit qu’une technique rodée de lavage de cerveau
de tout un peuple pour mieux l’asservir.
L’or fut décelé dès 1912 au nord de
Bambari. Aussitôt se constitua la société concessionnaire du Kuango français,
puis vint le tour du CMOO, six ans plus tard en 1928 et une multitude d’autres.
La plus grosse pépite d’or de l’Union Française fut découverte dans cette région
avant la deuxième guerre mondiale. Ces sociétés se sabordèrent avant et/ou peu
après la proclamation de l’indépendance de la RCA. Il faudra attendre les années
Patassé pour qu’une escouade de trafiquants en tout genre investisse la région
de la Ouaka pour exploiter de l’or, le diamant dans le Nord et, sous cape,
l’uranium à l’Est du pays.
[15] Je voudrais insister sur centre
Afrique. Dans mon esprit, un investissement de la nature et importance de celui
projeté ci-dessus, ne saurait s’effectuer sans lien avec l’Etat du Congo–Zaïre
voisin, situé à moins de 100 kilomètres des chutes de la Kotto par la route. Les
régions Est de Centrafrique, Nord Congo ou/et l’Equateur sont directement
concernées.
Voici un bel exemple de coopération
régionale et inter étatique. A contrario, le barrage hydraulique construit sur
l’Oubangui par le Maréchal Mobutu alors président du Zaïre, apparaît comme
autant un gâchis économique qu’une atteinte grave à l’écosystème fragile de la
région.
[16] Je préfère en fin de compte le terme
potentiel à richesse. Chacun sait en effet que les potentiels ne se transforment
pas automatiquement en richesses. C’est le travail de l’homme qui crée la
richesse. L’exemple centrafricain est assez significatif à cet égard. Voilà un
pays où le sous-sol recouvre par exemple : or, diamant, cuivre, fer,
mercure, calcaire, uranium, titane, pétrole (des indices de ce fameux liquide
ont été décelés dans le Nord et à l’Est) et dont l’Etat attend après les
subsides de la banque mondiale pour payer les salaires de ses fonctionnaires.
Ces derniers accusent 36 mois d’arriérés de salaire !
[17] Le débat est ouvert bien sûr et avant
tout aux Centrafricaines et aux Centrafricains notamment sur des sites
Internet : Sangonet, Kodro en général et plus particulièrement
sur un spécifique qui sera bientôt accessible, en tous lieux : ndô ti bombi
so a wa kodro ti Bê Afrika a yèkè téngbi dà, na a kota dâmbéti wala université
ti Bangui ngâ.
Mais le débat concerne également tous
ceux qui, en Afrique et dans le monde, sont préoccupés par le développement
inégal de la planète, la marginalisation de l’Afrique noire et qui suivent avec
intérêt les réflexions, initiatives et expériences de réduction de la pauvreté,
la promotion de la dignité de tout homme sur ses propres terres.
Awè / Fin
Jean-Bosco PELEKET, économiste
de la santé, directeur d’hôpital,
s’est illustré par une gestion saine
jamais égalée du Centre Hospitalier
National de Bangui de 1969 à
1971.
Exilé en France, il est de tous les
combats pour les droits humains et
la bonne gouvernance dans son
pays.
Ne concevant la politique que
comme le moyen majeur d’engager
un processus global, continu
d’amélioration des conditions de vie
de ses concitoyens et de leur
émancipation, il a fini par prendre
ses distances par rapport aux partis
politiques de son pays, tout en
nourrissant un travail de fond.
Jean-Bosco PELEKET livre ici un aperçu de ses réflexions sur Bangui, la
capitale
centrafricaine et une autre possible. Il ouvre ainsi un grand débat sur
la refondation de la
RCA,
42 ans après l’indépendance.
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