DECLARATION RELATIVE AU PUTSCH MANQUE DU 28 MAI 2001

Nicolas TIANGAYE (La Ligue Centrafricaine des Droits de l'Homme)

 

Dans la nuit du Dimanche 27 au Lundi 28 Mai 2001, à partir de 02h30 du matin, la résidence du Chef de l'Etat a été l'objet de tirs d'armes automatiques et de mortiers. Cette tentative de coup d'Etat a échoué grâce à la résistance d'abord des éléments de l'Unité Spéciale de Protection du Président de la République (U.S.P.) et ensuite des Forces Armées Centrafricaines (FACA) restées loyales au chef de l'Etat et aux institutions.

Dès les premiers jours, on dénombrera plusieurs victimes dont le Général de Brigade François BEDAYA N'DJADDER Directeur Général de la Gendarmerie et le Colonel Abel ABROU Chef d'Etat major de l'Armée de terre.

Cette épreuve de force foule aux pieds la volonté populaire, car elle vise avant tout à mettre un terme au processus de démocratisation conquis de haute lutte par le peuple Centrafricain. Elle sape la concorde et l'unité nationales. Elle aiguise les antagonismes tribaux à des fins bassement égoïstes . Elle ne représente aucune alternative politique et est de nature à conduire inéluctablement le peuple Centrafricain vers une guerre civile.

Pour les raisons sus - évoquées la Ligue Centrafricaine des Droits de l'Homme condamne sans fioritures cette tentative de conquête du pouvoir par la force.

Le suffrage universel,, expression irremplaçable de la volonté du peuple souverain demeure le seul mode valable d'accession au pouvoir de l'Etat.

La Ligue Centrafricaine des Droits de l'Homme relève que la gestion de la crise consécutive au coup d'Etat manqué du 28 mai 2001 comporte une triple dimension : militaire, judiciaire et politique.

 

I / AU PLAN MILITAIRE

Si les auteurs présumés de ce putsch avorté se sont évanouis dans la nature, la Ligue Centrafricaine des Droits de l'Homme est vivement préoccupée par les violations massives et répétées des droits humains dont la ville de Bangui est le théâtre quotidien : bombardement de quartiers à l'armement lourd entraînant de nombreuses victimes civiles et des déplacements de la population, exécutions sommaires de nombreuses personnes dont celles de Monsieur Léon BANGAZONI, de son fils et de son neveu, du député Théophile TOUBA, du magistrat Sylvère OMISSE membre de la cour constitutionnelle, du colonel KONZI etc.., les tortures, traitements cruels, dégradants et inhumains, arrestations arbitraires, enlèvements etc.

Les forces dites loyalistes ont, grâce à l'intervention des troupes libyennes et des " rebelles " du Mouvement de Libération du Congo (M.L.C.) de Jean - Pierre BEMBA, conquis après plusieurs jours de combat tous les points stratégiques de la ville de Bangui. L'usage des armes lourdes a causé d'innombrables victimes au sein de la population civile qui a payé un lourd tribut au cours de la confrontation militaire parsemée de règlement de comptes.

S'il est indéniable que les victimes se comptent en centaines, il est prématuré en l'absence d'un rapport détaillé et circonstancié fondé sur des témoignages précis et concordants, de donner en l'état actuel des choses un bilan définitif et ce, d'autant plus que les exécutions sommaires se poursuivent tous les jours et partout malgré l'appel au calme des pouvoirs publics et des organisations non gouvernementales.

Tirant avantage de leur triple supériorité numérique, tactique et en puissance de feu, les forces loyalistes semblent désormais viser un seul objectif : la destruction totale et définitive du potentiel militaire des putschistes et l'anéantissement de leur capacité de nuisance ainsi que celle de leurs complices civils réels ou imaginaires.

La Ligue Centrafricaine des Droits de l'Homme déplore les dérapages et condamne les exécutions sommaires, les pillages et la destruction délibéré des biens meubles et immeubles.

Ces actes sont contraires aux règles du droit international humanitaire.

La Ligue Centrafricaine des Droits de l'Homme exhorte les pouvoirs publics à faire respecter par les forces de l'ordre la Convention de Genève du 12 Août 1949 relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre et qui dispose en son article 3 qu' " en cas de conflit armé ne présentant pas un caractère international et surgissant sur le territoire de l'une des Hautes parties contractantes, chacune des parties au conflit sera tenue d'appliquer au moins les dispositions suivantes :

1) les personnes qui ne participent pas directement aux hostilités y compris les membres de forces armées qui ont déposé les armes et les personnes qui ont été mises hors de combat par maladie, blessure, détention, ou pour toute autre cause, seront, en toutes circonstances, traitées avec humanité, sans aucune distinction de caractère défavorable basée sur la race, la couleur, la religion ou la croyance, le sexe, la naissance ou la fortune, ou tout autre critère analogue.

A cet effet, sont et demeurent prohibées, en tout temps et en tout lieu, à l'égard des personnes mentionnées ci - dessous :

a) les atteintes portées à la vie et à l'intégrité corporelle, notamment le meurtre sous toutes ses formes, les mutilations, les traitements cruels, tortures et supplices

b) les prise d'otages

c) les atteintes à la dignité des personnes, notamment les traitements humiliants et dégradants

d) les condamnations prononcées et les exécutions effectuées sans un jugement préalable, rendu par un tribunal régulièrement constitué, assorti des garanties judiciaires reconnues comme indispensables par les peuples civilisés

 

2) les blessés et les malades seront recueillis et soignés ".

 

II / AU PLAN JUDICIAIRE

Les présumés auteurs du coup de force doivent être recherchés, arrêtés et traduits en justice.

Toute personne impliquée à tort ou à raison dans ces tristes événements a droit à la présomption d'innocence, jusqu'à ce que sa culpabilité soit établie par une juridiction compétente lui offrant toutes les garanties d'un procès public et équitable.

L'idéal de justice commande qu'en cette période de grave péril pour l'unité nationale, tous les efforts se conjuguent pour éviter à notre peuple de basculer dans l'horreur.

 

 

III / AU PLAN POLITIQUE

 La gravité des événements doit inciter tous les acteurs politiques à la retenue et à la modération, et constituer le substrat qui les unira autour des valeurs de paix, de justice et de démocratie.

Tous les patriotes doivent ouvrer pour que les libertés individuelles et collectives soient sauvegardées.

Les institutions républicaines doivent être renforcées dans l'intérêt général.

L'aventure sans lendemain du 28 Mai 2001 ne saurait servir de prétexte à la diabolisation, à la marginalisation et à l'exclusion d'une ethnie.

Seuls les présumés coupables doivent répondre de leurs actes devant la justice.

La Ligue Centrafricaine des Droits de l'Homme propose la tenue urgente d'une table ronde de toutes les forces vives de la nation pour panser les blessures occasionnées par le putsch avorté et donner à notre peuple meurtri, des raisons d'espérer.

 

Pour le Conseil Exécutif

Réuni à Bangui le 12 Juin 2001

Le Président

Nicolas TIANGAYE


Actualité Centrafrique - Dossier 5