LA FORTUNE SUPPOSEE DE LA FAMILLE BOZIZE
Les grèves sociales sont souvent révélatrices de la face cachée des princes qui nous gouvernent. Elles donnent l'occasion aux syndicats d'exprimer sur la place publique des revendications sociales, mais elles permettent aussi et surtout aux syndicalistes de fouiller dans les pratiques sociales de certains dirigeants politiques. Ainsi, les assemblées générales sont souvent l'occasion d'étaler sur la place publique, la fortune colossale supposée de la famille présidentielle au pouvoir depuis le 15 mars 2003. Mythe ou réalité ? Diffamation ou intoxication?
En tout cas, à la lumière de la dernière grève des travailleurs du secteur public, l'affaire paraît avoir pris une dimension rocambolesque et défiant toute la morale publique. Tellement rocambolesque, que c'est avec une certaine assurance que certains syndicalistes dépeignent au grand jour la famille présidentielle comme une race de prédateurs sans foi ni loi qui ne se préoccupe que des intérêts familiaux, catégoriels, claniques et égoïstes. La conséquence de la gestion familiale, clanique et patrimoniale ?
On peut le penser, nous ne sommes pas fondés sans enquête préalable à croire que le président de la République et sa famille puissent être ainsi rapidement à la tête d'une fortune colossale qui commence à défier la concurrence sur le continent et dans le monde. Car, une information balancée lors de la dernière assemblée par des syndicalistes sûrs de leur information, a laissé croire que le Président de la République et certains membres de sa famille comme la Première Dame, Francis Bozizé (son fils) , Sylvain Ndoutingaï (son neveu) …., seraient aujourd'hui à la tête d'une fortune colossale de plus de 300 milliards Fcfa largement supérieur (trois fois plus) au budget déficitaire de la République Centrafricaine. La « nouvelle »,si nouvelle il y a, a créé l'émoi au sein des travailleurs et on peut supposer ce qu'ils pensent désormais de leurs dirigeants en général et du Président de la République et sa famille en particulier. Des prédateurs sans foi ni loi ?
Rien ne permet pour l'heure de conclure de cette manière. Car en principe sans enquête préliminaire, on n'a pas droit à la parole dans une situation aussi précaire et sensible qui peut conduire à l'échafaud. Nous sommes en Afrique où la vérité blesse profondément. Mais pour l'heure, c'est ‘‘l'effet de bombe'' qu'a fait que cette information supposée qui nous intéresse et intéresse l'analyse, quand bien même aucun chef d'Etat au monde n'est au dessus du soupçon quant à sa gestion des affaires de l'Etat. En effet, très souvent, nos dirigeants plus affairistes que jamais, confondent allègrement leurs poches aux caisses de l'Etat. Ils arrivent parfois à faire main basse sur les principales richesses du pays (café, or, diamant, bois…). L'ex-président Patassé l'avait d'ailleurs démontré en créant, tous azimuts des sociétés commerciales privées dans le secteur forestier, diamantifère, agricole, import-export et la prospection pétrolière souvent en accointance avec des personnalités étrangères ou des multinationales aux relents parfois mafieux. Il en va ainsi de CATADIAM, CENTRAFONDOR, OMAC, CAMCO, COLOMBE-FORET, COLOMBE MINES…. Des dénominations qui évoquent une véritable « OPA » sur les richesses nationales. Ses associés n'étaient autres que certains chefs d'Etat africains de la sous région, des libanais, des sud-africains et naturellement la pègre internationale. Rien que pour cela, le pays profond était mis en coupe réglée pendant que les caisses de l'Etat étaient désespérément vides. Les entreprises en question, fort du parapluie présidentiel, avaient plutôt une farouche vocation à ne jamais payer leurs taxes et redevances et échappaient ainsi au fisc au grand dam du Trésor Public centrafricain. Le résultat, c'est que pendant que le pays s'appauvrissait, la famille présidentielle s'enrichissait sous prétexte qu'un président de la République ne doit pas mourir pauvre. Déclaration tapageuse de Patassé à la presse internationale. La provocation !
Faut-il que le Général François Bozizé qui a pris prétexte de cet « affairisme politique » pour renverser son beau-frère par une rébellion armée, recommence à son tour cette gouvernance fortement prédatrice, corrompue, et boulimique ? L'on se pose la question !
C'était peut-être pour prévenir ce débordement affairiste que le Conseil National de Transition (CNT) avait cru devoir inscrire dans la Constitution de la République le principe de « déclaration préalable des biens » du Président de la République, du président de l'Assemblée nationale, du premier ministre, du président de la Cour Constitutionnelle, des ministres, des députés et des membres des hautes institutions de la République. De mémoire de Centrafricain, François Bozizé et son entourage n'ont jamais satisfait à cette disposition constitutionnelle. Une violation flagrante de la lettre constitutionnelle qui ouvre la porte à toutes les dérives politico administratives dont l'affairisme politique aux fins de servir une famille au lieu de servir l'Etat. Au-delà des chiffres qui pourraient se révéler fastidieux et surréalistes pour des personnes qui sortent pratiquement du néant, c'est la question du rôle dévolu au chef de l'Etat et à son gouvernement qui est ici posée : assuré le bien-être social de tous les Centrafricains sans discrimination ! Or, on ne peut pas valablement assurer le bien-être social de tout un peuple en ne privilégiant que ses intérêts familiaux, claniques et égoïstes. C'est au fond le procès qui est fait ici au général Bozizé et sa famille à la veille du dialogue politique inclusif. Un dialogue qui promet des déballages encore plus croustillants. Mais le pays entier gagnerait à étayer les accusations de preuves irréfutables. Car sans enquête, on n'a pas le droit à la parole ! Ce n'est pas non plus une raison de ne pas conseiller au Président de la République et à sa famille une gouvernance propre, intègre et dépouillée de prédation et de corruption. Le crédit du régime en place en dépend énormément.
Oscar Banalé
Source : http://www.leconfident.net - Mardi 16 Octobre 2007