RCA :
Les fossoyeurs de la République et de la démocratie sont à
l’œuvre (Billet d'humeur)
On prétend qu'un leader charismatique se reconnaît dans le choix de son
entourage, de ses collaborateurs.
En Centrafrique cette assertion ne se vérifie pas.
1 – Un
président omniprésent qui s'incarne par phagocytose
Le président Faustin-Archange Touadéra, professeur de mathématiques de
son état, continue de donner des cours à l'université au lieu d'accomplir, avec
rigueur, les devoirs de sa charge.
Mieux, il est de tous les déplacements à l'étranger,
même pour des réunions subalternes. Il est de tous les conclaves nationaux,
qualifiés de réunions de « haut niveau », dès lors qu'elles reçoivent
quelques personnalités étrangères. C'est par exemple le spectacle offert au
dernier Caucus 2025 consacré à la création des entreprises. On aurait pu penser
qu'à l'aune de toutes ces occupations, le président Touadéra s'entourerait de
femmes et d'hommes compétents, intègres et irréprochables.
Las ! Il préfère s’entourer de ses parents et des
membres de son clan, phagocytant ainsi tout l’espace démocratique, de sorte que
3% de la population vit aux dépens de 97% des habitants du
pays !
2 – Des
griots, ménestrels et autres bouffons
En Afrique, les griots ont une place spéciale dans la société
traditionnelle où ils jouent un rôle très important.
Le
griot n'est attaché à personne : il est à la fois l'anthropologue,
l'historien et le sociologue de la société, bienveillant lorsqu'il s'agit de
replacer un mort dans sa famille et dans la société ; acrimonieux lorsqu'il
s'agit de fustiger un prétentieux ou un usurpateur.
Fidèle Gouandjika, le ministre conseiller spécial du
président de la République s'y est essayé, mais n'a ni la prestance, ni les
compétences, ni la bienveillance, et encore moins les
codes.
C'est le cas lorsqu'il entretient la confusion entre un
bâtard et un enfant adopté, en parlant du professeur Nguérékata, et dévoilant
malicieusement la vie privée de M. Zanifei Touabona et Mme Franck, violant ainsi
leur intimité. Il n'est plus dans le rôle du « sherpa », sauf celui de
jouer au bouffon du Prince, chargé de faire le pitre.
L'autre visage de l’homme de main du président Touadéra est celui de
Doneng Héritier, actuel ministre chargé de la promotion des sports, de la
jeunesse et de l'éducation civique. Le titre laisse augurer un intellectuel
philosophe, capable de discernement et de pédagogie. Erreur! Dans un tweet
vengeur adressé à un rival, le nommé Doneng l'abreuve de menaces
caractérisées : « Vous voulez
ou non, il sera candidat et je peux vous garantir de son victoire au premier
tour. Après quoi, un nettoyage complet des virus comme toi sera effectué pour
éviter les contaminations dans le 7ème République », dit-il à propos du
président Touadéra, dans une langue française châtiée.
Mais le farfadet va plus loin : « Je t'écris en ma qualité de
coordonnateur des Requins et non celui du ministre de la
jeunesse » ! Ainsi, M. Doneng qui est ministre, se prévaut d'une
organisation légalement dissoute et ignore donc la loi. En se réclamant d'une
structure illégale – les milices sont interdites par la constitution du 30 août
2023 – il pense être à l'abri de toute sanction, comme tout criminel qui prétend
que son corps est étranger à son crime !
Ces
deux exemples démontrent la capacité malfaisante d'un régime corrompu et
pourri.
3 – A ce
compte, que nous réserve l'avenir
La RCA vient de fêter, ce mercredi 13 août 2025, le soixante-cinquième
anniversaire de son indépendance. Cependant, pour garder le pouvoir, le
président centrafricain compte sur une garde rapprochée de ministres
conseillers, qui hier s'autoproclamaient révolutionnaires, lisaient
Afrique-Asie, combattaient le défunt président André Kolingba au nom d'une
confiscation du pouvoir, sautaient dans le char du général Bozizé pour effacer
les affres de leur collaboration dans les gouvernements successifs du président
Ange Félix Patassé, etc.
Pour perdurer au pouvoir le régime Touadéra n'a rien
trouvé de mieux à faire que de violer l'esprit de la démocratie. Tenant coûte
que coûte à être élu avant le terme de son mandat, le 30 mars 2026, ce dernier a
convaincu le président de l'Autorité nationale des élections d'élaborer un
chronogramme restreint, qui fixe la date des élections groupées au 28 décembre
2025, pour les premiers tours !
Afin d’atteindre ce décompte, des mesures sont prises
pour raccourcir les délais, au mépris des actes constitutionnels. Ainsi, après
avoir suspendu l’article 18 qui fixe le délai de publication des listes
électorales une année pleine avant les scrutins, c’est au tour de 16 articles du
code électoral d’être supprimés par le ministre de l’administration du
territoire, sans débat à l’assemblée nationale et sans consultation préalable du
Conseil constitutionnel ! Un acte délibéré d’abus de
pouvoir.
L’une des dispositions la plus stupide et la plus
imbécile prise par le ministre consiste à déterminer, c’est-à-dire à augmenter,
le nombre d’électeurs présents en même temps dans un isoloir pour voter !
On oublie ainsi que le vote est acte secret, sauf à vouloir imposer un
garde-chiourme dans chaque isoloir afin de guider le choix des
électeurs.
L’Autorité nationale des élections, supposée
personnalité morale indépendante, est dépouillée de son rôle et sert de caution
à un acte de sabotage constitutionnel. On dit son président docteur en droit et
avocat de profession. Sauf à avoir fait l’école buissonnière du droit de Bangui,
un vrai juriste aurait dû démissionner de tant d’entraves. Paradoxalement, M.
Mathias Morouba acquiesce sans broncher.
Qu’il se rassure, je ne lui laverais pas les pieds,
n’étant pas Jésus !
4 – Il est
temps de mette fin à cette mascarade
Il reste quatre mois aux différents soutiens extérieurs et amis de la
République centrafricaine pour faire entendre leur
réprobation.
L’ANE avait jusqu’à ce vendredi 15 août 2025 pour
abonder les besoins de financement et réunir les fonds indispensables à
l’organisation de ces élections groupées.
En premier, il appartient aux membres du Comité stratégique de pilotage
des élections (CSPE) d’exprimer leur refus de couvrir de telles opérations et de
retirer tous soutiens, politiques, diplomatiques, logistiques et financiers, à
cette pantalonnade.
En second, il revient à l’Union africaine, par la voix du président de
l’Autorité exécutive, de prévenir les autorités centrafricaines de la suspension
de la RCA de toutes les instances de l’organisation continentale, si elles
persévèrent dans leur tentative de « coup d’Etat constitutionnel »,
conformément à la charte de l’Afrique unie.
En troisième lieu, enfin, l’Organisation des Nations unies (ONU), représentée sur place par la
Minusca (mission intégrée des Nations unies en Centrafrique) et sa cheffe, la
Rwandaise Valentine Rugwabiza, doit s’interroger très sérieusement sur son
engagement dans le pays de Barthélémy Boganda. Dans les conditions actuelles, sa
présence est juste « un cautère sur une jambe en
bois » !
Le
seul service que les uns et les autres peuvent rendre à la RCA et au peuple
centrafricain, en ce lendemain du 13 août 2025, soixante-cinquième anniversaire
de l’indépendance du pays, c’est de dénier au président Touadéra d’organiser des
élections dans ces conditions ; elles ne seront ni sincères, ni
transparentes, ni équitables.
Paris, le 15 août 2025
Prosper INDO
Economiste,
Consultant international.