L'Afrique des performances

La dernière livraison du magazine Jeune Afrique du mois de juin 2026 affiche la liste des 20 pays du continent les plus performants, au regard de trois critères : gouvernance économique et politique, pouvoir d’influence et capacité d’innovation (1). Le palmarès est établi à la suite d’une enquête annuelle portant sur 24 indicateurs, quantifiables ou mesurables, qui permettent de saisir les évolutions positives ou négatives des différents pays du continent. Le classement 2026 est riche d'enseignements.

1 – L'échec de l'Afrique francophone


Le premier est la division entre l'Afrique du nord, qui classe cinq pays dans le Top 20, dont l'Egypte et la Mauritanie, et le reste du continent noir.

Le second enseignement tient à la prééminence de l'Afrique anglophone sur l'Afrique francophone. A ce niveau, la Côte d'Ivoire et le Sénégal sont les deux seuls pays d'Afrique noire francophone à se hisser au dixième et quatorzième rang de ce classement, alors que le Nigeria, le Ghana et le Cap-Vert représentent l'Afrique de l'ouest dans ce Top 20, pendant que l’Afrique du Sud, la Namibie, le Botswana, l’Île Maurice, les Seychelles, le Kenya, la Tanzanie, l’Ethiopie, le Zimbabwe et le Mozambique, représentent l'Afrique australe et trustent le reste du palmarès. On mesure de ce fait l’effet d’entraînement qu’exercent le Nigeria et/ou l’Afrique du Sud sur leur environnement immédiat.

Le troisième et dernier enseignement concerne l'absence totale de l'Afrique centrale. Aucun pays membre de la communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC) ne figure dans cette liste. Il en va de même pour les six pays membres de la communauté économique et monétaire en Afrique centrale (CEMAC), dont la majorité est francophone, à l'exception de la Guinée équatoriale, lusophone ! Pourtant, cette majorité est constituée par des pays producteurs de pétrole (2).

On mesure de la sorte l'échec du modèle français de colonisation, fondé sur l'économie de comptoir et la pratique politique de la confiscation du pouvoir, en l'absence d'alternance politique : Paul Biya est au pouvoir depuis 1982, Obiang Nguema Bassogo depuis 1979, Denis Sassou Nguesso depuis 1995, etc.

2 – La régression


Bien plus, au rang de l'influence, ces pays n'ont aucun poids diplomatique au sein des organisations internationales, comme l'ONU, l'UNESCO, l'OMS ou l'OMC, etc.
Pis, la pauvreté de leur système éducatif se traduit par l'absence totale d'esprit d'entreprise et d'innovation, dans les domaines aussi essentiels que la santé, l'environnement, le développement durable, l'industrie, la finance, les arts et la culture, exception faite pour la musique... (3)

Pourtant, il y a soixante ans, l'Afrique noire s'affichait au firmament des Nations. En une génération, les pères du « soleil des indépendances » libéraient le continent noir de la servitude et de la misère. Ils avaient pour nom Barthélémy Boganda, Félix Houphouët-Boigny, Léopold Sédar Senghor, Amadou Ahidjo, Léon Mba, pour les francophones ; Kwamé Nkrumah, Milton Obote, Julius Nyerere, Jomo Kenyatta, côté anglophone.

Leur confiance dans l'avenir n'avait d'égale que leur crédulité ; ils pensaient faire confiance à l'occident pour sortir l'Afrique du sous-développement. Aujourd'hui, il faut déchanter. Ceux-là même qui proclament, « l'Afrique est notre avenir », en sont les prédateurs et les fossoyeurs. A voir le nombre de jeunes qui meurent noyés en Mer Méditerranée ou dans l'Océan Atlantique, on mesure l'étendue des dégâts (4).

Entendre le président français Emmanuel Macron, parader sur les estrades du sommet Afrique-France de Nairobi prophétisant, sous les applaudissements de ses pairs africains : « Nous sommes les vrais panafricanistes », est une insulte à la mémoire des « baobabs abattus » du siècle dernier (5) et un défi à la jeunesse du continent, qui doit résolument combattre « ce retour à un stade antérieur du développement psychique » des peuples africains, une régression !





Paris, le 6 juin 2026





Prosper INDO
Economiste,
Consultant international.





(1)  – Vingt-quatre items ont été retenus pour analyser les performances des pays du continent et élaborer la liste des vingt premiers du classement, in Jeune Afrique N°3161, Juin 2026, pp. 75 à 89 : « L’Afrique redessine sa hiérarchie économique et stratégique ».

(2)  - Ces pays sont : Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad. Ainsi, la richesse en ressources naturelles n'est pas un gage de développement économique ni de performance sociale.

(3)  - On connaît la chute de la fable de Jean de La Fontaine, La Cigale et la Fourmi : « Vous chantiez ? Et bien dansez maintenant » !

(4)  - Alors que les migrations internationales africaines devraient être le souci premier de l'Union africaine, celle-ci s'en désintéresse. Bien au contraire, les pays d'Afrique du nord jouent les « espaces frontières » pour l'Europe contre rétributions, avec des conséquences souvent dramatiques. Bien plus, certains pays africains acceptent, contre rémunérations, d'être des « plateformes de retours » où pourraient être renvoyés les étrangers, déboutés du droit d'asile en Europe ou Amérique, refusés par leur pays d'origine. C'est le cas du Rwanda, de l'Ouganda ou de la République démocratique du Congo, etc. L'appât du gain interdit à ces Etats de s'interroger sur l'impact qu'auront ces populations allogènes sur leur pays, au plan démographique et anthropologique.